Bruce Brass portrait
Bruce Brass
Vivant

Bruce Brass était un forgeron stagiaire au chômage avant l'apocalypse zombie.... et après aussi...

“Un trop grand prix a payer pour un fragment de savoir. (Part2)”

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Je suis de nouveau sur la route,

Le gribouillage d'Ünthrr sur la carte ressemblait à rien de précis. Juste un trait au crayon, hésitant. Un endroit au milieu de nulle part, presque sur ma route. Autant jeter un œil.

Je me suis regardé dans le rétroviseur à un feu rouge qui ne servait plus à rien.J'ai mis un moment à reconnaître le type en face de moi.

La barbe sale, inégale, tachée par endroits de sang séché qui avait viré brun-noir. Le reste du visage pareil. Des yeux qui avaient l'air d'appartenir à quelqu'un de plus vieux que moi, ou peut-être juste à quelqu'un qui avait dormi deux heures en quatre jours.

Il me restait dans un fond de sac en plastique de la station service de Muldraugh, des barres chocolatées ramollies et périmées que je mâchonnais sans conviction. Mon estomac réclamait autre chose quelque chose de chaud, de vrai, de consistant.

La ville poubelle

Je sais même pas comment l'appeler autrement.

C'était une ville neuve, flambant neuve, le genre de construction récente qui explique pourquoi elle apparaissait pas sur la carte. Et visiblement les habitants avaient eu le temps de réagir, un peu, suffisamment pour, cloisonner la ville en une sorte de forteresse de bric a brac, de monter un camp de réfugiés, de barricader, colmater, bricoler. Le résultat était un truc impossible à catégoriser. Une ville moderne et un bidonville superposés, du béton propre et neuf recouvert de rajouts en bois, des planches clouées en travers des fenêtres, des passerelles improvisées entre les bâtiments, des barricades qui bloquaient les rues dans une logique que j'arrivais pas à reconstituer. Un capharnaüm monumental construit par des gens qui essayaient de survivre et qui avaient visiblement échoués.

On ne vous à jamais appris a ranger votre chambre ?

J'ai laissé la Mercedes dehors. Trop d'obstacles, trop de barricades en travers des routes — impossible de circuler en voiture là-dedans. J'ai pris la batte, le strict nécessaire, et je suis entré à pied.

Mauvaise idée numéro un : l'endroit était un labyrinthe. Les rajouts en bois créaient des angles morts partout, des couloirs qui débouchaient sur des impasses, des passages qui se ressemblaient tous et qui menaient nulle part de façon cohérente.

Mauvaise idée numéro deux : les zombies adoraient ça. Ils se planquaient dans les recoins sans le vouloir, immobiles dans les ombres, surgissant au détour d'une barricade avec cette façon qu'ils ont de presque te surprendre même quand tu t'y attends.

La librairie était là par miracle, nichée entre deux bâtiments reliés par une passerelle en bois. Une vraie, cette fois. Des rayonnages corrects, des livres en quantité, de la diversité.

... Pas le béton réfractaire, jamais le béton réfractaire, évidemment... Mais des livres utiles quand même, que j'ai fourrés dans le sac sans trop regarder.

J'ai aussi pu faire le plein de jerky et de cochonneries sucrées dans une épicerie qu'il fallait traverser pour changer de rue.

C'est le bruit qui a tout déclenché.

Une étagère métallique branlante est tombé dans un vacarme lorsque je faisais demi tour , mon sac a du le pousser... Sauf que juste après, quelque chose a résonné plus loin dans le silence de la ville morte avec une clarté absolument catastrophique. Et puis le son s'est multiplié... des cognements contre les barricades, des crissements de main sur les fenêtres de partout, de loin d'abord puis de moins loin, la ville entière qui se réveillait par vagues successives comme des dominos qu'on renverse.

J'ai couru avec mon sac sur l'épaule en cherchant la sortie dans ce labyrinthe de bois et de béton, en prenant des décisions à chaque carrefour sur la seule base de l'instinct, en me trompant deux fois avant de trouver le bon chemin. Derrière moi le bruit enflait, cette espèce de rumeur sourde et collective qui annonce un nombre de zombies qu'on préfère pas imaginer.

La Mercedes était là où je l'avais laissée.

Je suis monté, j'ai démarré, elle a démarré, cette fois, immédiatement, comme si, elle aussi, avait envie de se barrer au plus vite. Et je suis parti sans demander mon reste.

Cap sur Riverside

“Un trop grand prix a payer pour un fragment de savoir. (Part 1)”

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Du béton réfractaire...

De l'argile cuite, broyée, mélangée dans des proportions précises avec du ciment alumineux et du sable réfractaire. C'est ça, le béton réfractaire. C'est ça qui permet à un fourneau de tenir à mille degrés sans se désintégrer. Sans ça, ma forge est une jolie sculpture de pierres et de glaise qui fondra sur elle-même à la première vraie chauffe comme un château de neige sous le soleil

Sauf que je ne savais absolument pas comment m'en procurer ou le fabriquer avant d'écrire ces lignes...

Je le savais vaguement. Je l'avais lu quelque part, une ligne dans un manuel de métallurgie générale, une mention en passant. Je m'étais dit que ça se trouverait, que quelqu'un aurait ramené quelque chose d'utile, que dans cette bibliothèque de survie improvisée que le groupe avait constituée au fil des expéditions, forcément, il y aurait bien un bouquin qui en parlerait...

J'ai tout épluché...

Deux fois..

Des livres sur la chasse, la pêche, la conservation des aliments, les plantes médicinales, la radio amateur, la mécanique des moteurs diesel, l'agriculture biodynamique, les nœuds marins, la psychologie de crise, trois BD et une bible.

Pas un mot sur le béton réfractaire. Pas une ligne. Pas une recette. Rien.

Mon projet est au point mort.

J'ai passé deux jours à tourner autour de ça, à regarder ma forge inachevée avec cette impuissance sourde qui te ronge les molaires. Tout ce travail. Les murs. Le soufflet de Webediah. Les moules en céramique ratés et recommencés. Les avant-bras en feu. Le demi hectare de forêt que j'ai abbatu derrière le terrain...

Tout ça bloqué par l'absence d'une recette d'un matériaux que n'importe quel fournisseur de construction pouvais commander avant l'apocalypse.

Le troisième matin, j'ai pris ma décision.

J'ai annoncé au groupe que je partais en expédition. Que ça prendrait peut-être du temps. Que je cherchais un livre spécifique, un seul, mais que je savais pas où il était ni combien de temps il faudrait pour le trouver.

Ils m'ont regardé avec cet air, ce mélange de surprise et d'interrogation polie que je commence à bien connaître ici.

En même temps, c'est ma première vraie expédition.

Ünthrr a proposé de venir. Denis aussi, presque immédiatement, ce qui m'a touché plus que je l'aurais voulu. Webediah a rien dit mais il s'est levé, ce qui chez lui, je crois, signifie la même chose.

J'ai décliné.

Peut-être que c'était de l'orgueil. Probablement. Ce livre, c'est mon problème, mon projet, mon entêtement. Les entraîner dans une expédition à durée indéterminée pour un bouquin de métallurgie qui ne servira qu'à moi... non. Ils ont mieux à faire. Le groupe a mieux à faire.

J'ai pris la Mercedes classe A.

L'autre, la GLC, est devenue une épave de plus dans le jardin depuis l'histoire de l'arbre dont je préfère ne pas reparler en détail. La classe A est en mauvais état mais elle roule, et c'est le minimum.

Je suis parti tôt, avant que la lumière soit vraiment levée.

Webediah était debout dans la cour quand j'ai démarré. Il m'a regardé partir sans un mot, les mains dans les poches de sa chemise, ce regard tranquille qu'il a et que je comprends toujours pas entièrement. J'ai levé deux doigts du volant en guise d'au revoir.

Il a hoché la tête.

Je sais pas où je vais exactement. Une librairie technique. Un lycée professionnel. Une bibliothèque municipale. Une université s'il y en a une dans un rayon raisonnable. Quelque chose qui aurait pu abriter un manuel de construction de fours industriels, de métallurgie artisanale, de céramique haute température.

Ce livre existe. Quelque part, il existe.

Je vais le trouver.

Et je rentre pas sans lui...

J'ai un mauvais pressentiment...

Cap sur Ekron...

La carte d'Ünthrr m'a sauvé la mise.

Je m'attendais pas à ça. Il m'avait tendu le truc la veille du départ, une feuille pliée en huit, couverte de son écriture serrée et d'annotations dans les marges, des petits symboles dont j'ai mis dix minutes à comprendre le système. Un cercle plein, Un cercle vide, Une croix, Et des commentaires partout, laconiques, précis, parfois cryptiques. Odeur suspecte côté est. Maison instable. Animaux errant agressif. Attention horde.

L'endroit supposée de la librairie d'Ekron avait un cercle vide avec une étoile à côté.

Une dernière annotation que je ne comprenais pas attira mon oeil

train brulé, à contourner.

Au fil de la route, La ville s'est dessinée au loin dans la bruine de fin de matinée. Petite. Tranquille dans sa façon d'être abandonnée. Moins de cadavres sur les routes en approche, moins de cette tension sourde qu'on ressent parfois avant même d'entrer quelque part, cette intuition animale que l'endroit est mauvais.

Ünthrr avait raison. C'était la bourgade la moins dangereuse de son répertoire... En théorie...

En pratique, un train calciné barrait l'axe principal, avec ses wagons éventrés en travers de la route. Comme un animal mort de taille démesurée. Je suis resté arrêté, ébahi, devant, volant a la main, une bonne minute à calculer. Pas de passage à gauche. Pas à droite non plus, trop encombré. Il fallait remonter, trouver une rue parallèle, chercher.

et ton clignotant batard ?

J'ai cherché.

Les zombies étaient là, épars, sans conviction particulière. Ils se tournaient vers le bruit du moteur avec ce mouvement lent qui leur appartient, cette rotation de la tête qui précède tout le reste. J'ai zigzagué entre eux, doucement, sans accélérer inutilement, sans les provoquer. J'apprends. Avant, j'aurais écrasé l'accélérateur par panique. Maintenant je comprends que le bruit attire, et que la discrétion vaut mieux que la brutalité quand tu peux te la permettre.

Le temps avait décidé de se liguer contre moi. Un crachin froid, insistant, le genre qui s'infiltre partout jusqu'à ce que tu réalises que t'es glacé jusqu'aux os sans l'avoir vu venir. Le pare-brise s'embuait. Le chauffage de la classe A fonctionnait à peu près comme le reste de la classe A, c'est à dire mal.

La planque me manquait déjà.

J'ai trouvé une maison à l'écart en fin d'après-midi. Propre, vide, porte de derrière pas fermée à clé. J'ai fait le tour des pièces méthodiquement avant de poser mon sac, ça aussi c'est nouveau, ce réflexe, et j'ai mangé froid des barres de céréales assis sur une chaise de cuisine dont le motif à fleurs orange détonnait avec la fin du monde.

après avoir fermé tout les rideaux, je m'enferme dans la chambre, me préparant a dormir dans un lit qui n'est pas le mien, dans l'inconfort et le noir d'une maison froide sans électricité

La nuit a été longue.

Des bruits dehors que j'arrivais pas à identifier. Le vent, probablement. Sûrement. Le genre d'incertitude qui tient jusqu'à trois heures du matin.

et si je me réveillais au beau millieu de la nuit cerné par ces choses qui doivent continuer a me chercher inlassablement...

Le lendemain, la bibliothèque.

Elle était exactement à l'endroit marqué sur la carte d'Ünthrr, ce qui m'a inspiré pour lui une gratitude silencieuse et sincère. Façade en brique, volets fermés, une enseigne municipale à moitié décollée qui pendait d'un seul côté.

La porte était verrouillée.

Avant, j'aurais pris le marteau et réglé la question en brisant la vitre. Vite, bruyant, efficace dans le mauvais sens du terme. Mais j'ai passé des semaines à apprendre à démonter, assembler, comprendre comment les choses tiennent ensemble. Démonter proprement une serrure, ça prend plus de temps. Ça fait moins de bruit. Et ça me prouve que je suis encore vivant dans ce monde de désolation.

Je suis entré dans le silence. J'ai cherché méthodiquement, rayon par rayon. lampe torche dans la bouche.

J'ai trouvé quelques bouquins intéréssant mais pas ce que j'étais venu chercher.

Maigre butin...

Je suis reparti dans l'après-midi, sous le même crachin froid, avec mes livres sur la banquette passager et cette question qui recommençait à tourner : si c'est pas ici, c'est où.

La route s'étirait devant moi, grise et longue.

J'ai croisé fugacement un fourgon. Énorme. D'un seul tenant, pas un de ces semi-remorques articulés que Denis manipule avec une aisance indécente et que je ne maîtriserai probablement jamais de mon vivant. Non, celui-là c'était du solide, du trapu, du massif, le genre de truc qu'une entreprise de déménagement ou de livraison industrielle aurait eu dans son parc.

J'ai pensé au coffre tordu de la classe A.

J'ai pensé aux rotations au lac, à la glaise laissée sur place parce que je pouvais pas tout prendre, aux pierres abandonnées en bord de route.

J'ai regardé le fourgon autant que je pouvais avec une envie presque physique.

Autour : trop de zombies, ça grouillait entre les véhicules garés. Et c'était pas mon objectif. J'avais un objectif, et ce n'était pas celui la.

J'ai repris la route.

Cap sur Rosewood

C'était beaucoup plus loin qu'Ekron.

La carte d'Ünthrr devenait moins précise dans ces zones-là, les annotations plus rares, les symboles moins assurés. Rosewood avait juste un nom encerclé au crayon avec un point d'interrogation à côté. Le genre de notation qui veut dire je suis jamais allé mais ça pourrait valoir le coup. Merci Ünthrr.

La ville se méritait déjà rien que par la route. Plat, gris, des champs de part et d'autre qui s'étiraient jusqu'à un horizon bas et sans intérêt. Le genre d'endroit qui devait être triste avant et qui avait pas eu besoin de grand-chose pour finir comme ça.

La station service à l'entrée de Rosewood. Et derrière...Les zombies.

Pas quelques-uns**.** Pas une poignée dispersée qu'on contourne en zigzaguant. Une horde. Compacte, dense, qui bouchait la rue principale d'un trottoir à l'autre comme une marée de mauvaise humeur. Ils bougeaient pas vraiment, ils existaient, plutôt, en masse, dans cette façon qu'ils ont de ne rien faire en particulier jusqu'à ce qu'il y ait quelque chose à faire.

J'ai éteint le moteur. Je les ai regardés un moment. Ce genre de situations allait se multiplier, et au coup d'un moment il faut savoir se mouiller, les autres sont des Vétérans sur ce sujet, moi je vais faire mon baptême.

Il fallait déblayer.

Je sais pas exactement combien de temps ça a duré. Trois jours, peut-être quatre. Le temps a cette texture étrange quand tu fais la même chose en boucle jusqu'à l'épuisement, il s'étire et se compresse en même temps, les heures deviennent cotonneuses, les journées perdent leurs sens.

Le protocole s'est installé toute seule, par nécessité. Presque instinctivement. Dès fois j'avais l'impression que ce n'était pas moi qui faisait cette sale besogne. Que j'était juste un spectateur.

  • Sortir de la voiture.
  • Prendre une des battes de Webediah (il en avait taillé une série avant mon départ, sans que je lui demande, posées contre le mur de la forge comme s'il savait).
  • Avancer vers eux.
  • Frapper.
  • Frapper en reculant parce qu'ils avancent et que si tu recules pas tu te retrouves dedans.
  • Frapper sans regarder où tu marches parce que si tu regardes tes pieds tu regardes plus devant.
  • Frapper sans te retourner parce qu'un seul angle mort, une seule seconde d'inattention, et c'est fini d'une façon que je préfère pas détailler.
  • Frapper jusqu'à ce que les bras lâchent. Pas la volonté, les bras. Physiquement. Les muscles qui refusent de continuer, qui envoient un signal clair et sans appel : terminé pour maintenant.
  • Regagner la voiture en reculant toujours, ne jamais leur tourner le dos complètement.
  • Démarrer. Prier pour que le moteur réponde, il a répondu, toujours, de justesse parfois, avec cette toux caractéristique qui me donnait des sueurs froides.
  • Rouler jusqu'à être hors de portée.
  • S'arrêter.
  • Souffler.
  • Reprendre des forces.
  • Y retourner.
  • Sortir de la voiture.
  • Prendre la batte .
  • Avancer vers eux .. - Frapper...

il n'y a pas de dieu ici

La nuit, je dormais dans la voiture au milieu de l'autoroute. Suffisamment loin pour qu'ils ne m'atteignent pas même en marchant jusqu'à l'aube. Recroquevillé sur le siège passager rabattu, le dos en compote, une batte posée sur les genoux par réflexe. Le ciel était immense au-dessus de l'autoroute déserte. Parfois des étoiles. Parfois juste du noir.

Je mangeais ce que j'avais trouvé à la station service. Des trucs dans des emballages plastique, des cochonneries sucrées et caloriques qui avaient l'avantage de ne pas pourrir. Je me lavais avec ce qui coulait encore du robinet des toilettes, un filet d'eau froide, rouillée, mais de l'eau. Le miroir au-dessus du lavabo m'a renvoyé un visage que j'ai mis un moment à reconnaître.

J'avais l'impression de voir un zombie au travers du miroir.

Dès fois c'était pas la fatigue qui me faisais arreter, juste les nerfs, juste cette envie d'hurler, de jeter la batte et de taper les zombies a mains nues, juste l'envie d'en finir avec ce cauchemar fiévreux.

Et puis au matin du troisième jour, ou du quatrième, les rues étaient praticables. il n'y avais plus rien a tabasser... que cette sourde odeur de chair en déliquescence

Je suis entré dans Rosewood.

La librairie était dans la rue principale, elle se batait en duel avec un restaurant et un genre de cabinet comptable.

Petite. Vraiment petite. j'ai presque été étonné qu'ils ne fassent pas bureaux de tabac. c'est ce genre de boutique qui vivotait sur les best-sellers de l'été et les cartes postales locales. La porte était ouverte, arrachée depuis longtemps visiblement. À l'intérieur, des rayonnages à moitié vides, pillés ou effondrés, les livres restants gonflés d'humidité, certains collés ensemble en blocs informes.

J'ai cherché quand même.

Méthodiquement, rayon par rayon, comme à Ekron. Les genoux dans la poussière, la lampe torche entre les dents pour avoir les deux mains libres.

Rien.

Pas de technique industrielle. Pas de construction. Pas de métallurgie. Trois romans, un guide touristique régional, un livre de recettes de cuisine, et deux revues érotiques.

J'ai pris les deux revues par réflexe. J'aurais même pas su dire pourquoi.

Je suis ressorti dans la rue principale de Rosewood, dans la lumière fade de cet après-midi sans qualités, avec mon porno sous le bras et trois jours de fatigue dans les jambes et un vide dans la tête qui ressemblait à rien de particulier.

L'esprit embrumé. C'est le mot juste. Pas de colère, pas de désespoir dramatique. Juste cette espèce de brume épaisse qui s'installe quand le corps et la tête ont donné tout ce qu'ils avaient pour un résultat qui ne vient pas.

J'ai regardé les rues déblayées derrière moi.

Tout ce travail. Ce massacre. Ces jours... Pour une librairie minable au milieu de nulle part qui vendait des cartes postales.

J'ai repris la voiture. La route était longue et plate et grise. Comme le temps..

Quelque part sur l'autoroute, j'ai réalisé que je n'avais même pas de destination suivante.

Cap sur March Ridge.

J'avais vu le nom sur la carte d'Ünthrr, sans annotation particulière. Juste le nom, encerclé mollement, avec une flèche qui pointait vers quelque chose d'illisible dans la marge. J'aurais dû prendre ça comme un signe.

La ville est apparue progressivement,

Des maisons. Des dizaines, des centaines de maisons identiques, petites, carrées, sans âme, alignées avec une précision qui avait quelque chose d'obsessionnel. Le même toit. Les mêmes fenêtres. Le même carré de jardin devant. Comme si quelqu'un avait appuyé sur copier-coller jusqu'à remplir toute la surface disponible et avait appelé ça une ville. Dans un autre contexte j'aurais trouvé ça déprimant. Dans celui-ci c'était carrément sinistre.

March Ridge existait parce que la base militaire existait. Point. Des centaines de familles qui vivaient là parce que quelqu'un, quelque part, avait un uniforme et un salaire et avait besoin d'un endroit où mettre les siens. Le centre communal était à la mesure de l'ambition de l'endroit, un restaurant, une poste, une épicerie, une station service. Le strict nécessaire pour cocher la case village sur un formulaire administratif et passer à autre chose.

Franchement déprimant.

J'ai longé la base militaire de loin, très de loin, en restant du côté opposé de la route. Elle se dessinait à l'horizon comme une menace tranquille. L'endroit me faisait froid dans le dos d'une façon que j'arrivais pas à rationaliser complètement. Pas de zombie visible de loin. Pas de mouvement apparent.

Ça rassurait pas vraiment. Les endroits trop calmes font pas confiance.

J'ai gardé le pied sur l'accélérateur.

Les zombies dans le village en lui-même, c'était gérable. Clairsemés, lents, désorientés entre les rangées de maisons identiques, peut-être qu'ils arrivaient plus à se repérer non plus, je leur en aurais pas voulu. Je me suis faufilé sans trop m'arrêter.

La bibliothèque...

J'avais osé me moquer de celle de Rosewood.

Celle-ci était dans ce qui ressemblait à une salle polyvalente reconvertie, une grande pièce aveugle qui avait dû accueillir des réunions de copropriété et des cours de gym pour seniors avant de devenir, par nécessité ou manque d'imagination, le dépôt culturel de March Ridge. Trois rangées d'étagères métalliques. Des livres de poche cornés. Des magazines people de l'année d'avant. Des manuels scolaires du niveau collège.

J'ai quand même cherché.

J'ai cherché avec le même sérieux que partout ailleurs, à genoux sur le lino, la lampe torche dans une main, l'espoir en veilleuse dans l'autre.

Rien. Moins que rien. C'était pathétique... celle de Rosewood était une grande bibliothèque universitaire comparée à ça.

Je suis resté debout au milieu de la pièce un moment, à regarder les étagères, à écouter le silence particulier de March Ridge. Une malédiction, j'avais pensé en entrant. Je maintiens. Il y a des endroits qui semblent avoir été oubliés avant même que le monde s'effondre. Et March Ridge faisaient partie d'entre elles.

J'ai perdu une journée. Je me suis tiré.

La route de retour avalait les kilomètres dans un silence insupportable. Même la voix dans ma tête qui trouve toujours quelque chose à commenter était dégoutée. Les bras posés sur le volant. Le paysage plat qui défilait. March Ridge qui disparaissait dans le rétroviseur me hurlant silencieusement de ne plus jamais revenir.

La ville était déja cauchemardesque avant l'épidémie

Mais bordel comment les gens de l'ancien monde pouvaient avoir envie de vivre dans un endroit pareil ?

Quelque part entre nulle part et encore nulle part, j'ai commencé à faire les comptes.

Ekron. Rien. Rosewood. Rien. March Ridge. Rien.

Le béton réfractaire n'existe pas dans cette partie du monde, apparemment.. En tout cas il était très réfractaire à l'idée que je le trouve.

Je n'avais plus envie de penser à ça ce soir. J'avais envie de rentrer.

Cap sur Muldraugh

Muldraugh était censée être la bonne.

Plus grande. Plus prometteuse. Ünthrr avait plusieurs annotations sur cette page-là, des vraies, avec des étoiles et tout. Une bibliothèque correctement dimensionnée, apparemment. Des commerces. De la ressource.

J'y étais presque... presque ...

Je ralentis sur l'autoroute voyant ce qui pointe vers l'horizon...

Des épaves de véhicules ... beaucoup..

Le carambolage se voyait de loin. Une accumulation de véhicules calcinés qui bloquait toutes les entrées de la ville comme une barricade que personne avait planifiée mais qui était parfaitement efficace quand même. Des carcasses entassées, tordues, fondues les unes dans les autres par la chaleur d'un gigantesque incendie du passé, certaines encore debout sur leurs jantes, d'autres couchées sur le flanc dans des positions qui évoquaient des choses désagréables.

J'avais pris une torche à propane. J'étais content de ma prévoyance, J'ai regardé l'étendue du carambolage. La torche à propane n'allait rien résoudre du tout...

Impossible de faire passer la voiture là-dedans. J'ai garé la Mercedes à distance raisonnable en plein millieu de l'autoroute, j'ai pris ma batte, et j'ai décidé d'y aller à pied.

Les épaves formaient un couloir étroit par endroits, un labyrinthe de métal mort. Je progressais lentement, les sens en alerte, en posant les pieds avec soin sur le bitume jonché de débris. Le silence avait cette qualité particulière des endroits où il devrait pas y avoir de silence.

Une main putréfiée à surgi de sous une carcasse.

Des doigts qui se refermaient sur ma cheville avec une force que j'anticipais pas, dans un endroit où je regardais pas, au moment exact où je pensais à autre chose. Mon cerveau a traité l'information une demi-seconde trop tard. Ce demi-seconde pendant laquelle mon corps, lui, avait déjà pris une décision autonome et irrévocable.

J'ai hurlé.

Un cri qui venait de loin, du fond de quelque chose de primitif et de pas du tout fier de lui. Pas un cri de guerre. Un cri de terreur pure, de gamin surpris dans le noir, de quelqu'un qui réalise en une fraction de seconde que l'endroit qu'il croyait vide ne l'est pas du tout.

Les rangers ont tenu. Solides, épaisses. Pas de blessure.

Mais le hurlement.

Le hurlement avait fait son travail.

Les épaves s'animaient. De partout. Sous des carcasses, entre des portières, derrière des camions renversés - ils étaient là depuis le début, immobiles, planqués sans le vouloir dans les recoins de métal, et ma voix venait de leur annoncer que le déjeuner était servi.

Trop c'est trop...

Je suis retourné en courant vers la Mercedes.

J'ai ouvert le coffre. Le fusil, Le sac de munitions. Les boîtes de cartouches, j'avais pris large cette fois, j'avais appris, Le fusil déjà en main.

Et là, bouillonnant de rage et d'adrénaline et de trois jours d'Ekron et de Rosewood et de March Ridge et de ce foutu béton réfractaire qui n'existe nulle part - là, j'ai fait feu.

C'était idiot. Je le savais même au moment où j'appuyais sur la détente en hurlant ma colère.

Le premier tombe. Le deuxième. Le cinquième. Le dixième... le vingtième...

Ils avancent...

Le bruit en appelle d'autres, toujours, ça j'avais pourtant compris, ça j'avais intégré, mais la rage a ses propres circuits et ils court-circuitent la raison sans effort. Je recule en tirant. Je recharge. Je tire encore. Trentième peut-être, je compte plus. Pour chacun qui tombe, trois arrivent de quelque part que j'avais pas regardé.

Ils se resserrent.

Je recule encore.

Mes talons heurtent quelque chose de solide.

La Mercedes.

J'avais déjà reculé jusque-là ? Déjà ?!!

l'enfer sur terre

Ils étaient à trois mètres. Deux. Les bras tendus, la bouche ouverte, ce bruit qu'ils font et qu'on s'habitue jamais vraiment à entendre. Des mains qui commençaient à effleurer l'air devant moi.

Je me suis engouffré dans la voiture.

La portière claquée. Le verrou. Les vitres qui se salissaient instantanément de leur toucher tout autour.

La clé dans le contact.

Rien.

Le moteur a rien dit. Pas même une tentative. Juste ce silence mécanique qui est la chose la plus terrifiante qui existe dans ce monde ou dans l'ancien.

Des paumes qui cognaient contre les vitres. Régulièrement. De tous les côtés.

J'ai réessayé.

Un soupir. Un toussotement. Puis plus rien.

- ALLEZ PUTAIN !!!

Ma voix était bizarre. Un hurlement implorant. Presque un sanglot.

J'ai tourné la clé à en arracher le contacteur, les dents serrées, les yeux fermés une seconde, la main qui tremblait sans que je lui aie demandé de trembler.

La voiture a toussé. Puis elle a démarré.

Je suis pas sûr d'avoir respiré entre le moment où le moteur a pris et le moment où j'étais suffisamment loin pour que les derniers zombies disparaissent dans le rétroviseur. Mes mains tremblaient encore sur le volant. Mes yeux étaient trop ouverts, je sentais l'air froid sur mes globes oculaires et j'arrivais pas à les refermer normalement.

Muldraugh rétrécissait derrière moi.

Demi-tour définitif.

Je conduisais vite, trop vite, sur une route que je regardais à moitié. Quelque part les dents avaient commencé à claquer sans prévenir, un tremblement réflexe que je ne contrôlais pas. Le genre de chose qui arrive quand l'adrénaline commence à se retirer et que le corps présente la facture.

Il faisait nuit

J'ai roulé toute la nuit, l'esprit vide, comme dans un rêve lucide dont on arrive pas à sortir. Le mal de tête battait en sourdine. Et puis la planque est apparue dans le noir, à cent mètres, avec cette fenêtre faiblement éclairée qui aurait dû me suffire. J'ai ralenti. J'ai regardé ce rectangle de lumière jaune un long moment. Et j'ai continué à rouler. Je pouvais pas rentrer comme ça, pas après une semaine à risquer ma peau pour du papier, pas les mains vides pendant que les autres reviennent toujours avec quelque chose. La station service était juste après. J'ai fait le plein en silence dans le froid de cinq heures du matin, les yeux dans le vague, puis je suis remonté dans la voiture. De la fierté mal placée, sûrement. De l'entêtement, certainement. Mais c'était mien, et dans ce monde qui m'avait tout pris, c'était pas rien. Je suis reparti. Un doigt d'honneur levé haut dans le noir, pour personne, pour tout le monde, pour ce monde misérable qui nous avait tous mis là... j'ai continué ma route

“GoGo Gadgeto Marteau”

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En fait au petit matin je me suis rendu compte que ma blessure cicatrisait... les morsures des Z ne cicatrisent pas, c'est Denis et Web qui me l'ont dit en parlant de leur ancien camarade Chuck, dont la tombe est encore visible au fond du terrain.

C'était pas une morsure, une simple éraflure... un véritable miracle. Les dents ont du érafler la chair sans la pénétrer. La morsure n'a tout simplement pas été suffisamment profonde.

Je mesure pleinement l'immense chance que j'ai eu, c'est comme si un Dieu miséricordieux m'avais donné un coup de pouce. le genre de coup de pouce qui te dit "je t'aide une seule et unique fois , après tu te démerde".

Les jours se ressemblent maintenant...

C'est juste un constat. Avant, chaque journée était une surprise, et pas le bon genre. Maintenant il y a un rythme. Quelque chose qui ressemble à une vie, si on plisse les yeux.

Le matin : la forge. L'après-midi : la forge. Le soir : les bras qui brûlent, le dos qui tire, et un truc qui avance.

Webediah m'a fabriqué un soufflet.

Je sais toujours pas comment il fait. Il regarde un problème, il disparaît une demi-journée, et il revient avec la solution taillée dans du bois et du cuir. J'ai essayé de le remercier correctement. Il a haussé les épaules et est retourné s'occuper des cultures. Il y a des cultures maintenant. Un carré de terre retourné derrière la planque. Webediah sait faire ça aussi. Webediah sait tout faire et n'en parle jamais.

Denis m'a montré le générateur.

On était là tous les deux, à genoux dans la poussière, les mains dans le cambouis, et il m'expliquait patiemment en désignant les pièces une par une. Je comprenais pas tout avec son accent. Je notais quand même.

Ünthrr m'a appris à cuisinier.

Quand Ünthrr est en expédition, quelqu'un doit s'y coller. Alors c'est moi. Je suis pas à sa hauteur, loin de là... mais j'arrive à faire des trucs chauds qui ont du goût et qui nourrissent. Et les voir rentrer épuisés, poser leurs affaires, et trouver quelque chose qui attend sur le feu… je sais pas. C'est con mais ça compte.

En plus comme mes deux voitures sont aussi froissées que du papier crépon, j'ai appris a chercher de la glaise dans la nature, je suis du coup devenu très doué pour la cueuillette, ça remplit le frigo

Mais la forge....

La forge m'a appris quelque chose que personne m'avait dit : c'est pas un métier, c'est dix métiers.

Pour construire l'atelier, il faut être maçon. Calculer l'épaisseur des murs, doser la glaise, choisir les pierres qui tiendront la chaleur sans éclater. Foirer. Recommencer.

Pour le toit et l'armature, il faut être charpentier. Comprendre comment le bois travaille, comment les assemblages tiennent, où mettre les renforts. J'ai des livres. Je lis le soir à la lumière vacillante et au ronronnement du générateur, jusqu'à ce que les mots se brouillent.

Et pour forger il faut fondre du métal , et pour fondre du métal il faut un haut fourneau, un four a charbon , des moules en céramique, dans lesquels je coulerai le métal un jour, si j'arrive jusque-là... il faut être potier. Travailler l'argile avec une précision que j'ai pas encore. Les premiers ont craqué à la cuisson. Les deuxièmes aussi. Les troisièmes aussi...

J'ai les avant-bras qui ont doublé de volume depuis un mois. Couper du bois, casser de la pierre, malaxer de l'argile. éclater la tête d'un zombie errant en un seul coup...

Parfois je pense à avant. À commander une pizza. À appuyer sur un interrupteur et avoir de la lumière. À acheter un marteau au magasin sans avoir à le fabriquer moi-même. La société moderne, c'était des milliers d'années de savoir-faire que quelqu'un d'autre portait à ta place, et tu t'en rendais même pas compte. Tu appuyais sur des boutons et le monde entier travaillait pour toi dans l'ombre... les magasins, ça me manque les vrais bon magasins...

Maintenant c'est moi l'ombre. Et y'a personne derrière le bouton. mon projet m'occuppe tout mon temps, je suis pas très proche du reste du groupe, ils partent très souvent en expédition sans moi. j'imagine que quelque part ça les arrange que quelqu'un garde la boutique quand ils partent des jours entiers.

....Et puis il y a eu les deux zombies.

J'en parle pas facilement.

Les murs de la forge n'étaient pas finis... ils sont toujours pas finis, mais là c'était vraiment pas fini... Et deux d'entre eux sont passés par une ouverture côté nord, la nuit. Le bruit a réveillé Denis en premier. Ensuite tout le monde.

D'habitude on a pas de ces saloperies a des kilometres a la rondes, j'ai du finir par en attirer a force de donner des grands coup de marteau sur la charpente.

Ça a duré trois minutes peut-être. Ça m'a semblé beaucoup plus long.

Quand c'était réglé, personne a crié, personne m'a fait de scène. Mais les regards… les regards m'ont suffi. Webediah qui reposait son outil sans un mot. Ünthrr qui regardait le sol. Denis qui fixait la brèche.

Mon chantier avait mis le groupe en danger.

Je me suis pas excusé. Les mots auraient sonné creux. J'ai juste pris ma truelle le lendemain à l'aube, avant que les autres soient levés, et j'ai commencé à monter le mur nord.

Il est fini maintenant.

Les trois autres suivront avant la fin de la semaine. Après ça, le toit.

Après le toit... le reste.

“Deux cadavres”

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La Mercedes commence a faire des bruits qui semblent couter cher

Je lui en veux pas. Je lui avais fait faire des choses pour lesquelles elle était pas conçue. Ramener des kilos de glaise dans une route boueuse et pleine de débris, c'était pas le meilleur pour une citadine haut de gamme.

Donc il me fallait autre chose. Quelque chose de plus gros, de plus haut, de plus solide. Quelque chose qui rigole des chemins forestiers et des charges lourdes

Je suis allé explorer vers l'ouest.

J'ai trouvé une ferme au bout d'une heure. Une vraie, avec du bétail encore vivant qui errait dans les enclos, des vaches qui me regardaient comme si j'allais leur expliquer ce qui s'était passé.

J'avais pas de réponse pour elles.

j'ai trouvé ce que je cherchais, le dieu de la bagnole est avec moi, Une magnifique GLC Noire intact avec la clé sur le contact et encore du carburant, quel hasard ! décidément, le survivant Bruce Brass roule en Mercos de mafieux !

J'ai fait le kéké, enorgueilli par ce que je croyais être de la chance, qui n'était en fait que la lanterne d'un dieu sombre m'attirant vers une fin certaine...

A côté de la ferme, un bâtiment long et bas que j'aurais pu ignorer. J'aurais dû l'ignorer.

J'ai ouvert la grande porte coulissante du bâtiment... Une usine à œufs. Des dizaines de milliers d'œufs. Des millions peut-être, Tous pourris. dans leurs alvéoles en plastique verdâtre, gonflés par les gaz de putréfaction, avec les asticots et des mouches par poignées. De la pourriture à perte de vue dans la pénombre.

AAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHHHHHH

Avant que je ne réalise ce que je voyais, L'odeur m'a assommé net à l'entrée comme un coup physique, quelque chose de chaud et de sucré et d'absolument innommable. tout mon être avait envie de dégueuler J'ai reculé en titubant et en fermant les yeux. sous le choc et traumatisé.

Et c'est là que j'ai fait une erreur.

Un zombie dans l'angle mort du bâtiment, que j'avais pas vu, que j'aurais dû voir si j'avais gardé les yeux ouverts. Faux mouvement en reculant, le pied qui glisse sur quelque chose, le bras qui part dans le mauvais sens au mauvais moment.

Sa bouche sur mon avant-bras.

J'ai senti les dents.

J'ai hurlé, je crois. Ou peut-être pas. Peut-être que j'ai juste repoussé et couru et claqué la portière et appuyé sur l'accélérateur du GLC sans vraiment réfléchir, le cerveau en mode panique pure, les mains qui tremblaient sur le volant.

J'ai roulé jusqu'au bâtiment de la forge...

Celui que j'avais commencé à construire, pierre par pierre, les jours d'avant. Pas terminé. Pas grand chose encore, en vérité. quelques murs à mi-hauteur et beaucoup d'ambition. qui deviendront sans doute des rêves brisés

Je me suis pris un arbre, le GLC s'est arrété net. je m'en branle.

Je suis entré en courant, j'ai même pas pris le temps de dire bonjour a Denis qui m'a vu détaler les yeux fous, Je me suis enfermé, j'ai posé mon dos contre la maçonnerie fraîche, et j'ai regardé mon bras.

Une éraflure. La peau légèrement ouverte sur deux ou trois centimètres. Du sang, pas beaucoup. Les dents avaient pas traversé vraiment. Ou si ? Je sais pas. Je sais plus. Je distingue plus ce que j'ai senti de ce que j'ai imaginé sentir, j'ai envie de pleurer.

Est-ce que c'était une morsure ?

Je sais pas.

Je pleure pour de vrai

Je sais pas et c'est la phrase la plus terrifiante que j'ai jamais pensée.

Je vais sans doute crever.

J'ai attendu là, dans la pénombre de ma forge inachevée, à regarder mon bras comme s'il allait me donner une réponse. À me demander combien de temps ça prend. Si ça fait mal. Si on le sent venir ou si ça arrive comme un sommeil...

“A l'Aise Glaise !”

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Le problème avec une forge, c'est que c'est pas un truc qu'on improvise.

J'avais vaguement imaginé que ce serait… je sais pas. Rapide. Tu empiles des pierres, tu balances de la glaise, et hop, t'as un atelier. Comme dans les jeux vidéos. Comme dans ma tête..

Ma tête raconte n'importe quoi...

Ünthrr m'a emmené au lac ce matin et j'ai compris assez vite que cette sortie l'arrangeait autant que moi, peut-être plus. Il y a quelque chose entre lui et Denis en ce moment... Je sais pas quoi. Personne me dit rien. Mais y'a ce silence gêné entre eux. Peu importe. Il voulait partir. J'avais besoin d'y aller. On a pas eu besoin d'en discuter. En plus on a eu une coupure d'eau, j'ai pas compris l'origine du probleme , mais ça avais l'air préoccupant, Les autres avaient visiblement mis beaucoup d'effort pour qu'on ait de l'eau potable, Unthrr me bassinait avec son système de filtre a charbon révolutionnaire auxquel j'ai jamais rien compris. Pour moi le charbon, c'est dans une forge. Bref..

Je viens de réaliser que l'évier de la cuisine avais plus d'utilité que moi...

...

Le trajet avait été une expédition à part entière.

La végétation reprend. Vite. Trop vite. Des ronces partout, des branches basses qui ont décidé que les routes leur appartenaient, des troncs en travers qu'on contourne ou qu'on franchit au jugé. Sans entretien, la nature referme ses plaies en quelques semaines. Dans six mois, certaines routes seront inaccessibles. Dans deux ans, certaines villes disparaîtront sous le vert.

Ça m'a traversé l'esprit pendant qu'on avançait à quinze à l'heure en écrasant des buissons. On joue les survivants mais c'est la forêt qui gagne.

...Il est loin ce lac...

De retour à la planque, j'ai posé les sacs sur le sol de la cour et j'ai regardé ça un moment. Quelques dizaines de kilos de glaise. Pas encore grand-chose. Il en faudra dix fois plus, peut-être vingt. Sans parler des pierres. Avec Ünthrr et son fourgon ça a été facile, mais le coffre de ma mercos risque d'être trop petit, tant pis je salirait les sièges en cuir en mettant les sacs dessus.

Webediah passait par là et a regardé mes sacs avec cet air qu'il a. Pas moqueur. Pas admiratif non plus. Puis il a hoché la tête

Je sais pas ce que ça voulait dire. Mais j'ai pris ça pour un compliment.

Ce soir j'ai dessiné sur du papier le plan approximatif de la forge. Rien de précis. Juste pour que ça existe quelque part en dehors de ma tête. La chambre de combustion. Le soufflet. L'enclume... ça va être très compliqué a trouver en fait, dans le monde moderne ce genre de choses étaient relativement antiques et rares, maintenant avec l'apocalypse, la moindre ressource est un coup de chance... il faudra un énorme coup de bol pour trouver ça, ou alors fabriquer une ?

Je crois que Webediah pourrait me faire ça...

“Le grand centre commerchiale rempli de rien.”

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Ce matin, c'était Noël avant l'heure !

Denis était là, et Denis avait quelque chose. Une Mercedes. Noire. Vieille, mais belle ! Le genre de voiture qui a de la gueule même après la fin du monde. Il me l'a cédée comme ça, simplement, parce que les autres en avaient pas besoin et que visiblement, ma relation chaotique avec la Ford avait été remarquée.

J'ai essayé de pas avoir l'air trop content.

J'ai eu l'air trop content.

Mais franchement. Fini les trois pannes au kilomètre. Fini la négociation permanente avec un moteur qui décide de sa propre humeur. Ce truc démarre. Il roule. Le coffre est plus petit, certes, ce qui va compliquer le glanage, mais il est rapide, silencieux comparé à la Ford, et surtout il me donne pas l'impression de jouer à la roulette russe chaque fois que je tourne la clé.


Les autres sont repartis en expédition. Encore. Je me demande parfois si c'est une coïncidence ou si y'a un planning que personne m'a montré.

Peu importe. J'avais un objectif.

Le centre commercial.

J'ai pris la batte avant de partir, une de celles que Webediah fabrique en série, je sais toujours pas comment il fait ça aussi vite et aussi bien, mais c'est un outil formidable. Simple, solide, sans chichis. Le genre de chose qu'on sous-estime jusqu'au moment où on en a besoin.


L'autoroute était dans un état… difficile. C'est le mot poli. Les cadavres jonchent la chaussée par dizaines. J'ai slalomé as bien que possible. La Mercedes a pas aimé certains passages. Moi non plus d'ailleurs.

Mais j'y suis arrivé.

Et là, la grille.

Haute. Très haute. Le genre de clôture qui dit clairement : t'as pas été invité. J'ai laissé la voiture à distance raisonnable, j'ai escaladé, en laissant tout ce qui était trop lourd de l'autre côté, ce qui m'a déjà mis de mauvaise humeur et j'ai atterri dans le parking.

Quelques zombies erraient par là, sans conviction particulière. J'ai sorti la batte.

C'était pas propre propre. Mais efficace.


Et puis j'ai poussé les portes du centre commercial.

Immense. Vraiment immense. Les plafonds hauts, la lumière naturelle qui filtrait encore par les verrières, les allées larges…

... Un Magasin d'ameublement.

....... Un putain de magasin d'ameublement.

Nouvel arrivage de SÈRVÀRÏEN et de KELPERTDETÂN au rayon literie

Des canapés. Des tables basses. Des bibliothèques en kit. Des coussins décoratifs dans des tons "naturels et apaisants". Des cadres avec des citations sur le bonheur imprimées dessus.

J'ai regardé ça un long moment en silence.

Rien de tout ça nous sert à court terme. Pas une boîte de conserve. Pas un litre d'eau. Pas une cartouche. Juste du mobilier pour un appartement qui n'existe plus, dans une vie qui n'existe plus, pour des gens qui n'existent plus.

J'ai le seum, comme dirait personne dans ce groupe à part moi.


J'ai quand même fouillé la réserve avant de repartir. Toujours fouiller la réserve — c'est la leçon numéro un que j'ai apprise tout seul. Les gens pillent ce qu'ils voient, oublient ce qui est caché.

trois pauvres outils, du matériel de manutention et d'installation.

Retour à la grille. Re-escalade. Re-mauvaise humeur.


La Mercedes m'attendait où je l'avais laissée.

J'ai posé les outils dans le coffre, j'ai regardé une dernière fois le centre commercial derrière moi.

Tout ça pour des outils et une immense déception. j'ai tué 50 de mes semblables en décomposition pour trois tournevis et une serpillere....

Le chat du voisin ramène des tournevis

Putain c'est ouf je sert tellement a rien

Je rentre. Je suis seul a la planque, comme toujours mais cette fois ci ça m'arrange, j'ai vraiment l'air con.

“Trouelle caraïl pastes de nata”

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Ce matin, Wedediah m'a donné quelque chose.

Une truelle. En bois. Taillée à la main, visiblement. Pas parfaite, légèrement asymétrique, le manche un peu plus épais d'un côté, mais faite avec soin. Avec intention. Il me l'a tendue sans cérémonie, sans discours, juste un regard tranquille et un petit hochement de tête.

J'ai failli pleurer.

Je dis bien : failli. J'ai serré les dents, j'ai regardé ailleurs une seconde, et j'ai dit merci d'une voix à peu près normale. Mais j'étais pas normal. Personne m'avait rien offert depuis… depuis que tout s'est effondré. Et là, cet Amish sorti de nulle part, avec ses mains calleuses et son silence de cathédrale, il avait pris le temps de fabriquer un truc pour moi.


Je suis reparti explorer. Seul, comme d'habitude. C'est devenu le rythme ici, chacun sort, chacun glane, chacun rentre avec quelque chose ou pas. Le groupe survit par accumulation. D'ailleurs c'est vraiment le foutoir cette planque quand j'y repense.

J'ai pas voulu toucher aux réserves de munition des autres. Déjà que je me sens comme une pièce rapportée dans ce puzzle… m'emparer de leurs munitions, ça les aurait achevé de me convaincre de ma propre inutilité. Alors je suis repassé par une armurerie que j'avais repérée quelques jours avant. La devanture était déjà explosée, mais il restait au fond quelques boites.

J'ai récupéré des balles, le bon calibre cette fois, j'apprends, il y a des tonnes de livres dans la planque.. et j'ai pris un fusil. Pas le plus beau. Pas le plus neuf. Mais le plus simple et surtout, le mien. Personne m'en redevra rien.


Et puis j'ai roulé.

La Ford toussait, calait, repartait dans un sursaut d'orgueil mécanique avant de recaler trente secondes plus tard. Conduire ici, c'est une négociation permanente entre toi et ton ex toxique sur le partage des affaires après un divorce.

Mais je l'ai vu au loin.

Le centre commercial.

Énorme. Immense, même. Un de ces temples du consumérisme d'avant, trois étages, parking à perte de vue, enseigne à moitié tombée qui se balançait dans le vent comme une vieille dent. Mon premier réflexe, c'était l'excitation. Les ressources qu'il pourrait y avoir là-dedans…

Mon deuxième réflexe, c'était les zombies.

Des tonnes de zombies droit devant.


Je sais pas ce qui m'a pris. L'adrénaline, peut-être. L'envie de pas rentrer les mains vides encore une fois. Ou juste un coup de folie douce, va savoir.

J'ai sorti le fusil.

Et j'ai tiré.

C'était pas propre. C'était pas précis. C'était surtout bruyant — et évidemment, le bruit en attire d'autres, je le sais maintenant, mais j'ai tenu. J'ai reculé, j'ai rechargé, j'ai bougé, j'ai tiré encore. Une sorte de danse très moche avec des partenaires très moches.

J'ai failli mourir dix fois. Je compte plus vraiment. Il y a eu le moment où j'ai trébuché sur un plot d'autoroute. Le moment où j'ai cru la voiture morte pour de bon. Le moment où un zombie était déjà a côté de la denetre passager.

. La Ford a calé, j'ai juré, j'ai relancé, on s'en est sortis elle et moi, dans une espèce de solidarité mécanique désespérée. Comme un grand père qu'on ne laisse pas mourir même après sa 7 eme crise cardique.

Je suis pas entré dans le centre commercial. Pas aujourd'hui.


Je suis rentré à la nuit tombante.

La planque était silencieuse. Les autres pas encore là, je sais jamais vraiment ou ils sont. J'ai posé le fusil. J'ai posé la truelle à côté, sur le rebord de la fenêtre.

Le silence pèse. J'ai l'impression d'être le chat du voisin dans ce groupe...

On me nourrit, on me tolère, on me remarque à peine. Peut-être que c'est provisoire. Peut-être que ça changera rien.

Mais demain, il y a un centre commercial à explorer.

“Je suis un horrible monstre”

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Bon… visiblement, j’ai commis un crime.

J’ai mangé des corn flakes.

Ce matin, Ünthrr m’est tombé dessus comme si j’avais saboté toute leur opération. Il parlait vite et j’ai juste retenu deux mots : métabolisme lent. Apparemment, ces céréales étaient pas juste des céréales. C’était… stratégique ?

J’ai rien capté. À un moment, il a commencé à me faire un discours sur les apports, l’énergie, le corps… j’te jure, j’avais l’impression d’écouter une version post-apocalyptique de jujufitcats. Dans une maison remplie de munitions, de flingues et de types qui parlent avec 15 accents, le problème, c’est les corn flakes...

D’accord.

Bref. Ils se sont barrés très tôt en expédition. Encore. Et Denis… ça fait un moment que je l’ai pas vu. Trop longtemps. J’espère qu’il va bien. Même si je pige rien à ce qu’il raconte, sa présence rassurait un peu. Un repère dans ce chaos. Aujourd’hui, je suis ressorti. Et pour une fois… j’ai pas été inutile. Je suis tombé sur un ancien magasin de sport. Dévasté, mais pas vide. Et là, jackpot : un banc de muscu encore en bon état, démonté mais récupérable. J’ai aussi pris des outils. Des vrais. Solides. Pas juste du bricolage de fortune. Ça, au moins… ça me parle. Le retour a été… compliqué. J’ai calé six fois avec leur foutue bagnole. Six. Je commence à comprendre pourquoi je préfère marcher. Et disons que… j’ai croisé quelques “cibles mouvantes”.

J’ai testé le fusil. C’était pas propre, pas élégant… mais ça a marché. Je commence à comprendre la logique de ce monde. Je suis rentré entier. C’est déjà une victoire.

Ensuite, j’ai monté le banc. Ça m’a pris du temps, mais ça m’a fait du bien. Travailler avec mes mains, assembler, comprendre… c’est là que je me sens le plus vivant. Puis j’ai essayé de Faire du sport. Comme Ünthrr disait... J’ai souffert... Mais je vois l’idée.

Dans un monde comme ça, faut tenir. Physiquement, mentalement. Peut-être qu’il a raison, au fond. C’est pas un mauvais bougre. Un peu taré sur les bords… mais pas mauvais.

Ce soir, j’ai lu un peu. J’arrive mieux à me poser maintenant. Et pour la première fois depuis que tout a commencé… j’ai l’impression d’avoir servi à quelque chose.

C’est pas grand-chose. Mais c’est un début.

“La Cabane”

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Toujours aucune idée de la date.

Aujourd’hui… rien de spectaculaire. Et c’est peut-être ça le pire. Je me suis réveillé dans la planque. Silence encore. Mais pas le même que dehors. Ici, c’est un silence habité. Des traces de vie : des outils, des restes de bouffe, des affaires posées un peu partout. Mais pas eux. Webediah, Ünthrr et Denis étaient déjà partis.

Expédition, j’imagine. Ils ont laissé aucune note. Rien. Je crois que je fais pas encore partie du groupe. Alors j’ai fait ce que je pouvais : j’ai attendu un peu… puis je suis sorti. J’ai pris un bouquin au hasard avant de partir. Mauvaise idée. J’ai essayé de lire deux pages dehors, assis contre un mur, mais j’arrivais pas à me concentrer. Chaque bruit me faisait lever la tête. Chaque ombre devenait suspecte.

J’ai quand même exploré un peu plus loin que hier. j'ai emprunté une voiture dans leur jardin, c'est a peine si elle roule....

Et je suis tombé sur une armurerie. La devanture était explosée, porte arrachée. À l’intérieur, un foutoir monstre. Mais encore pas mal de stock. J’ai hésité. Puis je me suis servi. Des balles, surtout. Beaucoup de balles. Et un fusil. Pas trop lourd, pas trop compliqué. J’ai essayé de me rappeler les bases… j’ai jamais été tireur, moi. Ça m’a fait bizarre, d’ailleurs. Tenir ça en main. C’est froid, direct, sans nuance. Rien à voir avec le marteau et l’enclume. Mais bon. On choisit pas le monde dans lequel on survit. Je suis rentré avant la tombée de la nuit. Fatigué. Plus que je l’aurais cru.

Et la maison… vide. Encore.

J’ai posé le fusil. J’ai rangé les munitions avec le reste. Y’en a déjà tellement… ça change rien, au fond. J’ai mangé un truc vite fait. Froid. des corn flakes

Je suis là… mais c’est comme si j’existais pas vraiment. Ils m’ont recueilli, ouais. Mais ils m’ont pas parlé. Pas vraiment. Pas intégré. Je suis une présence en plus. Une bouche à nourrir. Peut-être un poids. Même dans un monde rempli de morts… j’arrive encore à me sentir invisible.

Demain, je ferai peut-être plus.

“Le Motel”

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Je sais pas quel jour on est. Franchement, je sais même pas si ça a encore un sens.

Je me suis réveillé dans ce motel miteux, avec un goût de métal dans la bouche et le crâne fendu en deux. Le genre de réveil où t’as l’impression que ton cerveau a été passé à la forge. Sauf que cette fois, c’était pas la gueule de bois habituelle… c’était pire. Beaucoup pire. Le silence m’a frappé en premier...

Pas de voitures. Pas de télé. Pas de voisins qui râlent. Rien. Juste un silence lourd, presque vivant. J’ai ouvert la porte, encore à moitié défoncé par… je sais même plus quoi, et là… le vide.

Une rue morte. Littéralement.

J’ai compris assez vite. Trop vite.

Les corps. Les traces. Et surtout… ceux qui bougent encore sans être vivants.

J’ai pas réfléchi longtemps. J’ai marché. J’avais besoin de bouger, de rester en vie, c’est tout.

C’est là que je suis tombé sur lui.

Un type sorti d’un autre siècle. Barbe épaisse, chemise simple, regard calme. Il s’appelle Webediah. Amish. Oui, Amish. En pleine fin du monde.

Et le pire ? Il conduit.

Mal. Très mal.

Je suis monté dans sa carriole toute cabossée (je sais toujours pas comment ça tient), et j’ai cru mourir trois fois en dix minutes. Il roulait comme un dingue, et il s'est pris le premier arbre venu

À un moment, j’ai dit stop. Je préfère les zombies...

Je lui ai dit que je finirais à pied. Il a haussé les épaules, comme si c’était la décision la plus normale du monde.

Et c’est là que j’ai rencontré les deux autres.... Pas accueillants. (mais riches)

Le premier, un gars bizarre, en train de cuisiner comme si on était dans un resto cinq étoiles. Il m’a dit s’appeler… Ünthrr ? Un truc du genre. J’ai rien pigé à la moitié de ce qu’il racontait, mais il avait l’air sûr de lui.

Le deuxième, Denis. Canadien. Encore pire.

Entre les trois, j’avais l’impression d’être au milieu d’une radio mal réglée. Ça parlait, ça bougeait, mais j’étais complètement largué.

Pourtant… ils m’ont pas buté... C’est déjà ça.

Ils m’ont emmené à leur planque. Une maison paumée, loin de tout. Solide. Bien pensée. Et surtout… blindée.

Des armes. Des munitions. Des caisses entières. De quoi tenir longtemps. ET UN PUTAIN DE CAMTAR, METALLL

Et moi, au milieu de tout ça, je me suis senti… inutile.

Je suis forgeron. Enfin… stagiaire. J’ai passé des heures à frapper du métal, à apprendre à donner forme à des trucs qui servent… mais ici ?

Ils ont des flingues. Des balles à ne plus savoir quoi en faire.

Qui a besoin d’un type qui tape sur du fer quand tout se règle avec une détente ?

Mais au fond… peut-être que ça a encore une valeur. Réparer. Fabriquer. Adapter....

Dans un monde qui s’effondre… quelqu’un devra bien reconstruire.

On verra demain.

Si demain existe encore....