“en attendant godot”
Lire seul →La route a été longue depuis Valley Station. Père a disparu après le début de l'effondrement de la société. Et maman... Elle était pas faite pour ce qui nous attendait. Elle est certainement mieux là-haut.
La dernière fois que j'ai parlé à Tucker, il m'a dit que son père et son frère étaient toujours à Irvington. Ca fait des mois, mais au moins ça me donne une raison de continuer à avancer.
Il me reste personne de toute manière, les Willoughby ont toujours été ce qui se rapprochait le plus d'une famille pour moi.
Mon arrivée à Irvington ne s'est pas passée comme prévue. En évitant des Zeds au milieu de la route, ma voiture s'est encastrée dans une épave laissée à l'abandon à proximité de la station de train. Ma jambe droite s'est brisée sous l'impact de l'accident, j'ai du me traîner hors de la carcasse et me rapiécer comme je pouvais. La nuit tombant, je suis rentrée dans la station. J'avais pas la force d'aller plus loin. Au matin, la station était entourée des fantômes de ma jeunesse. Jean, la boulangère, Thomas, l'ébéniste, mon institutrice de primaire avec ses haillons fatigués. J'ai réussi à me défaire des corps à coup de talons avant de prendre la KY-79 vers le nord.
Dans mon état, ça aurait été inconscient de chercher à me rapprocher de la ville.
J'ai trainé ma patte derrière moi pendant une journée entière avant de tomber sur une maison. Avec ma jambe cassée, impossible d'aller plus vite. Après avoir vidé les lieux de ses anciens occupants, j'ai pu me rhabiller et passer une nuit tendue à guetter le moindre craquement de plancher. J'ai repris la route le lendemain, pareille, une journée de marche jusqu'à la prochaine maison. Je sais pas ce qui me fait tenir. Je sais pas pourquoi je continue à me battre. Mais j'avance. Après une autre nuit dénuée de repos, j'ai coupé à travers champ en direction des maisons en bordure d'Ekron. A proximité des lacs, j'aurais de quoi boire et je me débrouille pas trop mal en cueillette pour survivre jusqu'à ce que j'ai la force de repartir.
Finalement, mon périple s'est achevé quand je suis tombée sur une maison de survivants. Le portail en bois m'encourageant à passer mon chemin, même si les plaintes des animaux me poussaient à m'approcher. Un vieux monsieur étonnamment propre sur lui m'a proposé un bol de ragout si je l'aidais à nettoyer l'étable. Après trois jours de disette à manger les restes rances d'armoires poussiéreuses, l'idée d'un repas chaud passa sous silence toutes les inquiétudes que j'aurais pu avoir.
Peut-être que je pourrais lui donner un coup de main le temps que ma jambe soit rétablie.
