J’aurais p’tête dû apprendre l’anglais, moé.
Denis Laroche portrait
Denis Laroche
Vivant

Denis Laroche revenais de La Nouvelle-Orléans lorsqu'il à appris que Louisville avais fermé toutes les routes.

“Motel”

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J’te jure que si j’attrape le gars qui m’a piqué mon char, y va passer un sale quart d’heure. Pas une petite chicane là… un vrai règlement de comptes.

En attendant d’avoir d’autres instructions du central, je m’étais arrêté dans un p’tit motel miteux sur la route qui mène vers Brandenburg. Rien de bien fancy : un vieux néon qui grésillait, un comptoir en faux bois pis une réceptionniste qui avait l’air aussi fatiguée que la bâtisse.

Pendant que j’étais en train de louer la chambre, j’ai entendu le moteur de mon camion partir dehors.

Au début j’ai pas trop réagi. Je me suis dit que j’avais peut-être mal entendu… mais non. Par la fenêtre j’ai vu mon propre camion s’éloigner sur la route.

Là j’peux te dire que le sang m’a monté à la tête.

J’suis sorti en trombe… mais c’est là que tout a viré au bordel.

Les gens se sont mis à courir dans tous les sens. Y’avait des cris, du monde qui trébuchait dans le stationnement. Pis là j’ai compris pourquoi : des morts-vivants sortaient du bois derrière le motel.

Pas deux ou trois. Une gang.

Heureusement que je me débrouille un peu en anglais, parce que sinon j’aurais été dans la marde solide. J’ai fini par faire équipe avec deux gars qui traînaient dans le coin : un grand gaillard qui devait peser facile deux cents livres, pis un autre type qui disait venir d’une famille mormone. Pas trop jasants, mais dans ce genre de situation, ça prend pas un doctorat pour se comprendre.

On a sécurisé le motel comme on pouvait mais on est vite arrivés à la même conclusion : rester là, c’était une mauvaise idée.

Un peu plus loin sur la route, y’avait une station-service. On s’est dit qu’on aurait peut-être une chance d’y trouver de la bouffe, de l’essence… pis idéalement quelque chose pour se défendre.

On a pas perdu de temps.

La route était étrangement silencieuse, sauf pour les gémissements qu’on entendait parfois sortir des arbres. Arrivés à la station-service, on a fouillé chaque recoin. Pis là, pour une fois, la chance était de notre bord.

On a trouvé de quoi se ravitailler comme du monde : conserves, bouteilles d’eau, quelques outils… pis même des armes ! Assez pour tenir tête à ces affaires-là.

Heureusement que j’suis un habitué de la chasse. Un fusil, j’sais comment m’en servir.

Ce qui est drôle — enfin, drôle… façon de parler — c’est qu’on s’est compris assez vite, même sans trop parler. Les priorités étaient claires pour tout le monde :

de la bouffe, des armes, pis de quoi survivre une autre journée.

On a aussi trouvé des cartes routières derrière le comptoir. Le problème, c’est que j’comprends pas grand-chose aux indications écrites. Mais les routes, ça… ça je les reconnais.

Pis une chose est sûre :

Faut vraiment que je sacre mon camp de ce pays infernal.