J’aurais p’tête dû apprendre l’anglais, moé.
Denis Laroche portrait
Denis Laroche
Vivant

Denis Laroche revenais de La Nouvelle-Orléans lorsqu'il à appris que Louisville avais fermé toutes les routes.

“Jed”

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L’hiver va être long c’t’année.

Chus pas vraiment certains comment qu'tout ça est arrivé, ça faisais que'que jour que j'me sentait ben mieux, pu de fievre, la cicatrice au cou devenais solide faque avec Jed on est parti pour Mapplewood, pour que'que provisions, des livres, de quoi passer l'hiver au calme pis au chaud.

Mapplewood c'est pas ben grand, une grande allée et quelque petites rues, mais pourtant ça grouillais de zombie pis au moment jeune me suivait pendant qu'on se frayais un chemin parmis les Walkers, il s'est fait mordre, juste ... comme ça. Entre deux zombies qui tombe raide, je le vois ce bandé le poignet.

Quand j'ai regardé et que j'ai vu la morsure, y'a eu comme un flottement, je l'ai tellement vu s'en sortir, comme à Floatopia, faque j'ai du oublier qu'il était pas immortel.

Je voulais qu'on s'abrite pour la nuit pis j'ai retourné la moitié de la ville pour lui trouver que'que chose de fort, mais on dirais ben que personne buvais dans ce trou...

Faque on est reparti en voiture, sans phare mais j'y voyais suffisament pis le soleil devais pu trop tardez à se montrer.

Une fois arrivé, on a descendu une bouteille de vodka chacun, j'en avais moins besoin que lui mais quand même un peu, puis on a attendu, il voulais mourrir la où il connaissais ...

Quand "l'autre" c'est relevé, je l'ai attiré loin de la maison, il faisais peur au bête, il y pouvais rien ... Il m'a suivi, lentement, ça m'a fait drole de voir Jed essayais de m'arracher la gorge, pis la dans un coin de verdure au bout de la route, je l'ai achevé.

Pardonne-moé mon chum… mais c’est pu toé qui reste là-dedans.

“Falling Leaves”

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Chus pogné à la base pour un bout, pis ça me fait royalement chier.

On était partis dans le sud chercher des chèvres — tranquille, routine — pis y’a un maudit bouc qui a décidé que j’étais son rival. Y’est parti à pleine charge, direct sur moi, les cornes en avant comme un bélier possédé. J’ai même pas eu le temps de sacrer qu’il m’avait déjà rentré dedans.

Pis pas n’importe où.

Dans le cou.

J’te jure, j’ai senti le choc jusque dans les dents. Pis là… le chaud. Le sang. Trop de sang. J’me suis dit : “OK Denis, là ça devient sérieux.”

On est remontés en urgence. Pendant le trajet, ma vue commençait à virer au gris, comme si quelqu’un fermait les lumières tranquillement. J’me tenais conscient à coups de volonté pis d’entêtement — pas question de tomber là-dessus.

Pis là, quelques jours plus tard… c’est pas beau.

Ça cicatrise mal. Vraiment mal. C’est enflé, chaud… ça sent pas la rose pantoute. Infection, c’est sûr. Pis l’endroit… oublie ça, tu coupes pas ça. Pas question de jouer au boucher dans le cou. Faque on fait avec.

La douleur, elle, elle lâche pas.

La nuit, j’me tourne, j’me relève, j’me recouche… rien à faire. Ça pulse, ça brûle, ça me garde réveillé comme si j’avais un moteur dans la gorge. Faque je dors pas. Ou presque pas.

Alors j’me rends utile.

J’m’occupe des bêtes — même celles qui ont des cornes de tueur. Sans rancune… mais j’les garde à l’œil en tabarnak. Je range, je réorganise, j’fais le tour comme un contremaître fatigué.

Pis Jed… ben je le supervise sur la mécanique.

Ça, c’est un spectacle.

Lui, avec sa cheville en vrac, qui boîte autour du char, pis moi avec mon cou scrap à lui dire quoi faire. On est beaux à voir.

J’ai essayé de conduire. Mauvaise idée. Juste m’asseoir au volant, j’ai senti le noir revenir.

“Nope. On oublie ça Denis.”

Lui peut marcher un peu, moi je peux penser un peu… ensemble, ça fait deux demi-hommes. Deux poids morts, comme on dit. Mais criss, on lâche pas.

Le bout drôle c’est que v’là pas si longtemps, j’étais à plat. Un p’tit coup de blues, le moral dans les bottes. Pis là ? J’suis à moitié cassé, pis j’déborde d’énergie.

Comme si mon corps savait qu’il avait pas le droit de lâcher.

Le bandage… ah, lui…

Y’est collé, dur, plein de sang séché. À moitié pris dans la peau. Quand je vais l’enlever, ça va arracher solide. J’le sais déjà.

Mais bon.

“Ça va faire mal, pis après ça va être correct.”

C’est pas beau à voir. Mais ça tient.

Comme moé.

Les nuits s’étirent de plus en plus. L’air devient plus frais. On s’approche de l’automne, ça se sent dans les os.

J’ai perdu le compte des jours… mais j’dirais qu’on doit être rendus vers octobre.

Le temps avance, même quand nous autres on est arrêtés.

“Riverside”

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Ça fait deux mois que le monde tient avec de la broche pis du duct tape.

Y’a quelques jours, avec Hunter, on est tombés sur une carte. Quelqu’un avait marqué une planque : un grand manoir perdu au sud, dans le fin fond des terres. J’comprenais pas toutes les marques, mais l’écriture… ça criait « fait à la main », pis j’te jure, ça avait l’air doux. Pas une trace de panique là-dedans. J’ai dit à Hunter : “Ça, mon chum, c’est pas un piège. C’est quelqu’un qui voulait être trouvé.” Faque on est partis, un peu crinqués à l’idée de tomber sur du monde encore vivants.

Sur la route par contre… ostie que c’était triste. Tout vidé. Les maisons, les garages, même les foutus fleuristes. Qui c’est qui pille un fleuriste, sérieux ? Y’a du monde qui ont viré complètement fous avant même de devenir des walkers.

Pis on est arrivés. Une longue allée, propre, presque invitante… pis au bout, un manoir comme din' film. Grand, beau, fier… pis plein de walkers qui se promènent comme si c’était chez eux. Faque là, pas de poésie : on a fait le ménage. Méthodique. Propre. Froid. À un moment, j’me suis arrêté deux secondes… j’me suis demandé si j’avais pas éclaté la tête de la fille de la carte. Pis ça, ça m’a laissé un goût bizarre.

Mais à l’étage… là, j’te jure, ça a changé le mood d’un coup sec.

Un rat.

Pas un rat dégueulasse qui détale. Non non. Un p’tit gars ben tranquille, qui me regarde comme si j’étais son coloc. J’me penche, je tends la main… pis BOUM, y’embarque dedans comme si c’était prévu. J’ai éclaté de rire.

“Ben voyons donc toi ! T’es ben smatte, toé !”

Je l’ai appelé Ratatouille sur le champ. Hunter m’a regardé comme si j’avais perdu la tête, mais j’te dis, ça faisait du bien de rire de même. Un vrai moment normal, en plein milieu du bordel.

On s’est installés un peu dans le manoir. J’ai bricolé une petite cage pour Ratatouille — rien de fancy, mais correct — pis après ça, on a sorti la carte. On a fait des croix partout. Là : vidé. Là : trop de walkers. Là : inconnu. Pis là, j’ai tapé Riverside du doigt. “Ici.” Pas parce que c’est safe — criss, rien l’est — mais parce que c’est plein de stock pis que personne a encore eu les nerfs de tout raser.

Le soir… ça, c’était un bon moment.

On s’est fait un ragoût. Pas un p’tit truc plate, non : un vrai, qui sent fort, qui colle aux côtes. Pis un gâteau en plus ! J’sais même pas comment, mais on l’a fait pareil. On s’est assis dehors, tranquille, la nuit qui tombe. J’avais pris une lampe chez Jed, pis j’l’ai allumée comme si on était en camping.

Pis là, la vodka.

J’me suis improvisé bartender — Denis Laroche, service de luxe — pis j’leur ai brassé un p’tit que'que chose. Pas trop compliqué, mais assez pour faire sourire.

On riait. Fort. Trop fort sûrement. Mais tabarnak que ça faisait du bien.

Le lendemain, retour à la réalité. Sur la route, on est tombés sur le char que Jed avait laissé. J’ai checké ça vite fait : moteur magané, mais la batterie était morte raide. Rien d’irréparable. J’me suis dit que j’y reviendrais.

À Riverside, le commissariat était encore debout. L’armurerie était barrée solide, impossible à ouvrir. Pis au loin, trop de walkers pour tenter le diable. On a contourné. En bordure, y’avait un vidéostore. On a pris des cassettes d’apprentissage. J’comprends pas tout, mais les images parlent assez. c'est comme apprendre avec un prof muet.

Après, on a fait un détour pour se laver à la rivière. J’étais couvert de sang, jusque dans les poches. Pis c’est là que j’ai vu ça : un camp bricolé avec des péniches et des cargos attachés ensemble avec des passerelles. On est montés.

Au début, rien. Vide. Trop calme. Pis d’un coup, Jed est passé à travers, un étage plus bas. Mauvais pas, bord de conteneur mal vu. Pis là, ils sont sortis. Cachés partout.

On a trouvé un escalier, sans trop savoir si on descendait ou si on le faisait remonter. Pas vraiment de plan. Juste l’idée de sortir de là vivants. Avec Hunter, on a retenu les walkers qui montaient, pis on a tiré quand y’avait plus le choix.

Quand Jed est remonté à notre niveau, on a reculé. Pis y’est retombé. Cette fois, sur la rive. Le bruit… un craque sec. Mauvais signe.

Pis avant même de réfléchir, y’a une gang qui est sortie du bois. Des centaines. Même derrière nous. On a poussé Jed devant, pis j’abattais ceux qui s’approchaient trop. À un moment, c’était clair : la rive, c’était foutu. J’ai crié de passer par la forêt.

C’était pas mieux là-dedans, mais au moins ils trébuchent. Nous autres aussi, remarque. On avançait à l’aveugle. Chaque fois que que'que chose m’agrippait, j’envoyais une claque. Des fois c’était un walker. Des fois un arbre.

En sortant din' champ, j’ai réalisé que j’avais semé les walkers.

Pis Jed aussi.

J’ai repris mon souffle, pis j’ai couru au char chercher des cartouches. Après ça, retour vers les cargos.

La rive était silencieuse. Trop. Au loin, des coups de feu. Le calibre… c’était Hunter.

J’ai avancé dans le bois, un par un, en descendant les walkers que je croisais. Chaque face que je voyais… j’espérais que ce soit pas celle de Jed.

Quand Hunter m’a rejoint, on a fouillé ensemble. Pis on l’a trouvé. Recroquevillé din' trou de souris, pas de mouvement. J’ai cru que c’était fini.

Hunter lui a donné un coup. Pis Jed s’est relevé.

Pas de morsure. Juste la cheville foutue.

J’sais pas quel seigneur y’a appelé, mais quelqu’un a répondu.

On est rentrés tout de suite. Plus sales qu’avant d’aller se laver.

“Ma nouvelle Vie”

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J’ai fini par remettre la main sur mon carnet. Y’était pogné dans le fond d’un char que j’avais pris pour une run de ravitaillement. Astheure, c’est juste ça qu’on fait… on ratisse les bâtisses autour, on nettoie les Z, on fouille dans leurs poches voir s’il reste de quoi d’utile… pis on laisse les corps là, sur le bord du chemin.

Ça me fait pu grand-chose. L’odeur. Le bruit des coups de feu quand ça sort en rafale dans une horde… c’est rendu comme du bruit de fond.

J’aurais jamais pensé m’habituer aussi vite à une vie de même. Depuis qu’on m’a volé mon truck au motel, ça a été la fuite. On a trouvé un spot pour se poser, mais dans ma tête, c’était temporaire… ça fait des semaines de ça.

Des fois, j’entends des coups de feu dans le bois. J’ai encore vu personne. Je sais qu’on est pas tout seuls… mais j’me demande dans quel état ils sont rendus. J’espère juste qu’ils ont pas viré fous.

J’comprends mieux l’anglais asteure. On s’organise plus. J’me suis même mis à m’entraîner un peu… j’ai perdu du poids. Mais faut que j’fasse attention. Dans ce monde-là, être solide, ça peut faire la différence.

Le Québec me manque.

Des fois, j’me dis que je devrais reprendre la route… foncer dans le barrage à Louisville pis continuer vers le nord. Peut-être que chez nous, ils ont réussi à tenir le coup contre les Z… Mais j'peux pas faire ça, c'est trop risqué pis les autres ... on est la pour chacun, on doit rester souder

J’pensais plus tant à la maison avant. C’est drôle comment ça revient.

J’espère qu’elle va bien… pis si jamais ça a pas tenu comme j’voudrais, j’espère juste qu’elle m’a pas attendu à la maison. Qu’elle a trouvé un moyen de s’en sortir.

Photo de Denis avec sa chienne

“La route”

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Quand Hunter est revenu à la cachette… j’te mentirai pas, le sang m’est monté direct à tête. À croire que passer la nuit sur mon truck, ça m’avait rien fait pantoute.

J’ai même pas réfléchi.

J’ai pris mon fusil pis j’ai tiré dans sa direction.

J’sais pas si j’voulais vraiment le toucher… ou juste lui faire comprendre. Mais calisse que ça m’a fait du bien sur le coup.

Lui, y’a pas hésité longtemps. Y’a détalé comme un lièvre pis y s’est réfugié sur le toit. Après ça, ça s’est mis à tirer dans tous les sens. Pas un vrai combat… plus deux caves trop en colère pour lâcher prise.

Pis là — CRAC.

Notre barrique d’eau.

Éclatée.

Le silence est tombé d’un coup. Pas besoin de se parler pour comprendre qu’on venait de faire une ostie de connerie. Dans ce monde-là, l’eau… c’est pas juste précieux. C’est la vie.

J’suis monté voir les dégâts. Y restait pu grand-chose. Notre chicane venait de coûter cher. Pas juste à nous deux… mais à Jeb pis à Bruce aussi.

J’suis redescendu sans dire un mot.

J’ai pris la bouteille de vodka qu’on gardait pour les “occasions”. J’ai servi deux verres. J’lui en ai tendu un.

On s’est assis.

On a bu.

Pis à un moment donné… on s’est mis à rire.

Un rire un peu nerveux, un peu fatigué. Comme si toute la pression des derniers jours sortait d’un coup. La mort de Chuck, les runs, la fatigue… tout ça nous pesait plus qu’on voulait l’admettre.

Après ça, on s’est repris.

Plan simple : retourner à Brandenburg, trouver un truck en bon état, pis filer à Oakshire pour vider l’armurerie comme du monde.

On a pris le pickup que j’avais rafistolé. Pas parfait, mais y faisait la job. La route était tranquille, presque trop. Brandenburg aussi… quelques Z qui traînaient, rien de bien méchant.

J’ai trouvé un truck. J’suis monté dedans pis j’l’ai démarré aux fils.

Le moteur roulait comme un charme.

Trop comme un charme.

Le bruit a attiré des zombies de partout. En quelques secondes, la rue s’est mise à bouger. Faque on a pas niaiser : j’ai embrayé pis j’ai roulé pendant que Hunter couvrait la sortie.

On s’était donné rendez-vous sur Otter Creek Road, en face d’un country club.

Pis on s’est retrouvés.

C’est là qu’on a eu notre “bonne idée”.

Le truck faisait trop de bruit. Trop risqué pour Oakshire. Faque on s’est dit qu’on allait le laisser là, le temps d’aller faire la run avec le pickup… pis revenir le chercher après.

Quelle erreur.

Quelques kilomètres plus loin, en essayant de bouger une remorque, on a réussi à embourber le char comme des champions.

Pris là.

Pas le choix : demi-tour. À pied pis de nuit.

On a retracé la route jusqu’au truck. Le pont ferroviaire était pas mal le seul passage… quelques silhouettes qui traînaient, mais rien d’ingérable.

Pour une fois… ça s’est bien passé.

Mais j’te cacherai pas que j’commence à trouver que chaque décision qu’on prend… elle nous coûte un peu plus cher que la précédente.

“Mon bercail”

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J’ai réussi à m’tirer d’Oakshire… pis j’peux t’dire que ça s’est joué serré en maudit. Si j’avais pas eu mon fusil sur moi, j’serais juste un autre corps à traîner dans la rue asteure.

J’longeais Riverside Road à pied, déjà brûlé raide, pu d’jus dans les jambes… pis là, comme si la journée était pas assez croche, j’me retrouve entouré. Une gang d'unee quarantaine facile. Peut-être plus !

Pas moyen de courir. Pas moyen de passer en douce. Faque j’ai fait c’que j’pouvais faire : avancer. Lentement. Pis tirer.

Chaque fois qu’y’en avait un qui s’approchait trop, bang. Dans la bouche. Pas d’hésitation. Juste… mécanique. Mais à chaque coup de feu, j’le savais ben que j’empirais l’affaire. Le bruit, ça les attire comme des mouches sur de la charogne.

Pis là, j’vois des phares.

J’te cacherai pas que j’ai pensé à Hunter en premier. Pis ça m’a pas fait du bien. J’étais pas mal prêt à régler des comptes sur-le-champ… Mais non.

C’était Jed.

Crisse que j’étais content de voir sa face.

Y m’a dit qu’y trouvait ça louche que Hunter rentre sans moi. Faque y’a pris son char. Pis j’dois lui donner ça : y s’est amélioré solide en conduite. Dans c’monde-là, conduire, c’est pu un luxe… c’est vital.

Y m’a ramassé juste à temps.

On est rentrés sans trop faire de bruit. Moi j’tenais à peine debout. Mais j’étais en vie.

Hunter, lui… pas là.

Pis honnêtement ? Tant mieux pour lui. Parce que si j’l’avais eu en face de moi à ce moment-là… j’pense pas que j’aurais pris le temps de jaser.

J’me suis écrasé en arrivant. Repos. Soins. Pis surtout… un bon coup à boire. J’dois ben avouer que j’en devais une solide à Jeb ce soir-là. Sans lui, j’écris pas ces lignes-là.

J’ai aussi croisé Bruce. Pis là… j’sais pas trop quoi en penser.

D’habitude, y part en expédition pis y revient comme si de rien n’était. On est habitués à ses allers-retours. Mais là… c’était pas pareil.

Y’est rentré en trombe. Pas un mot. Le regard weird.

Pis y s’est enfermé dans la remise au fond du jardin.

Depuis ce temps-là… y bouge pu de là.

Pis moi… j’aime pas ça pantoute.

“Oakshire ???”

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Tabarnak !

Hunter est parti ??

On était parti en convoit pour Westpoint pis on à fait une halte à Oakshire ... à mon reveil le char était plus la,

J'y crois pas, d'abord il me tire dessus, pis il me laisse la, les Z sont partout ... Faut je trouve une planque pour la nuit, ma blessure au ventre me fait un mal de chien

“Hunter ?”

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Hunter m'a tiré dessus !

Bon sang, la balle est resté dans mon ventre tout le long du trajet retour, on était parti à Brandenburg pour essayer de récupéré des pièces pour le camion. pis à moment, on s'est retrouvé à néttoyé un dépot de train, il avait dit que le secteur était sur mais un zombie m'y à lacéré le bras, pis alors que je me débattais avec mon couteau, Hunter m'a tiré dans le dos, la balle est resté logé.

J'te jure j'ai bien cru que j'allais y rester.

Je me dit que c'est peut-être de ma faute, un peu plus tôt on s'était arrété à un bar, pis j'avoue avoir cédé à un bon malt, faque je nous ai servi 2 bon verre ... peut-etre qu'il m'a confondu avec un Zombie ? Non je crois po, j'veux dire, j'sais que l'apocalypse nous à pas épargné, mais je ressemble po à un macabé vivant nan ?

Ou peut-être qu'il voulais gardez les pièces du camion pour lui ?

Raaah j'sais po, pis la fievre me fait surement déliré. J'vais allez démonté des voitures, ça va me passer les nerfs de toute cette affaire la

“Des balles”

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Je dois dire que j'suis pas un fana d'armes en temps normal, mais dans cette affaire-là va falloir se méfier des morts pis des vivants, pis rien de tel qu’un peu de plomb pour décourager les plus téméraires.

J'ai malgré tout eu du flair en voyant arriver ce G.I dans notre petite base, à Jedediah pis moi… et à Chuck si je peux dire.

Il se tenait tellement droit dans ses bottes que j’ai compris qu’il avait pas encore viré fou comme celui qui avait volé mon truck. Ah… si je l’attrape celui-là… Faque le nouveau s'appelle Hunter.

J’ai cru à une joke venant d’un as du fusil comme lui, mais nan… c’est vraiment son nom. Il avait déjà pris ses aises pis il nous a rencardés sur une bonne affaire qu’il avait repérée : une exposition d’armes à feu.

Pour sûr que c’était risqué, mais je pense qu’il valait mieux qu’on mette la main là-dessus plutôt que de laisser ça aux pilleurs ou autres bandits.

Comme j’avais le truck à rafistoler, je les ai rejoints plus tard au volant d’un char qu’on avait récupéré pour les pièces.

Quand j’suis arrivé sur les lieux, ils se battaient déjà au milieu de la rue. J’ai écrasé deux-trois walkers avant de laisser le char dans le fossé.

Faut dire que j’avais pas eu l’information que c’était une mission d’infiltration ou je sais pas trop quoi… faque j’ai tiré sur le premier Z qui s’est jeté sur moi. Après ça, y’avait plus vraiment de discrétion ...

On a réussi à dégager une bonne partie de la rue, mais la place en vomissait toujours d’autres.

On aurait pu continuer… mais la nuit approchait pis on voulait pas rester coincés là quand ça deviendrait noir.

Hunter pis Jedediah avaient repéré une petite ferme isolée pas trop loin, alors on s’est repliés là pour la nuit.

Jedediah avait l’air secoué.

J’pense que tout ça, c’est encore nouveau pour lui.

Le lendemain matin, on devais repartir à l'exposition. Mais rendu là, Jedediah est resté à la ferme pour garder un point sûr au cas où les choses tourneraient mal.

Moi pis Hunter on est retournés finir la job.

Le chemin qu’on avait ouvert la veille était encore relativement clair.

On a avancé prudemment jusqu’à la boutique de l’exposition.

À l’intérieur, y’avait encore pas mal d’équipement.

Des munitions surtout.

Des boîtes derrière le comptoir, dans les présentoirs, pis même dans des caisses encore fermées.

On a commencé à charger ce qu’on pouvait. Mais même pendant qu’on fouillait, on entendait les morts revenir dehors.

Le bruit des coups de feu, des vitres, des moteurs… ça attire toujours du monde...Pis pas le bon monde.

Quand on est repartis, j’les voyais encore dans le rétroviseur...

“Brandenburg”

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Chuck est mort.

2 jours plus tôt, on était tombés sur un truck de l’armée à une station-service. Le genre de machine que tu remarques tout de suite : gros, solide, avec masses d’armes et de munitions. C’était pas mon camion, mais maudit que ça faisait du bien de reprendre un vrai volant, pas juste ce p’tit char qu’on traîne depuis que'que jour.

J’ai accroché une remorque derrière pis on est partis vers Brandenburg. Officiellement pour faire un peu de reconnaissance… mais aussi pour inaugurer la bête, si on veut dire ça de même.

Le problème, c’est que l’axe principal était en travaux. Barré net. On a dû faire demi-tour pis passer par une petite route secondaire. C’est là qu’on s’est retrouvés coincés à côté d’une école.

Chuck nous a fait signe d’entrer dans le bâtiment. On l’a suivi mais les walkers arrivaient de partout. Des couloirs et des salles de classe… on entendait cogner et traîner les pieds. À un moment donné, on s’est séparés sans même s’en rendre compte.

Moi, j’ai enfoncé une porte de sortie de secours pour me sauver dehors… pis je me suis retrouvé face à face avec un zombie. À deux pieds de moi. Y m’a pas eu… mais c’est passé proche. J’ai fini par retrouver Chuck pis Jedediah dans la cour de l’école. On a fracassé des crânes pendant des heures, on dirait. Jusqu’à ce que la nuit tombe.

À un moment donné j’ai continué à me battre… mais eux, je les voyais plus. Je pensais qu’ils étaient partis en retraite.J’ai trouvé une petite maison pas loin pour me planquer pis attendre le jour. Mais dans la nuit, j’ai entendu un cri. Juste à côté. La maison voisine.

Alors j’ai couru.pis c’est là que je les ai vus.

Chuck était assis par terre, le dos contre un mur, une main sur la nuque. Jedediah était à côté de lui, en train d’essayer de lui mettre un bandage.

Chuck s’était fait mordre.

On sait tous ce que ça veut dire. On l’a tous vu arriver.

J’vais être honnête… pendant une seconde, j’ai pensé le laisser là.

Ça me fait mal de le dire, mais je voulais pas risquer qu’il se transforme dans le truck pendant qu’on roulait.

Mais au fond… j’étais pas capable de faire ça.

Je sais pas trop ce que Jedediah en pensait. Il a rien dit.

On est juste retournés au camion.

On est montés dedans rapidement… mais sans faire un bruit. Juste le son des roues sur l’asphalte. Rien d’autre.

Pis je sais pas si c’était la fatigue… ou le poids de la situation… mais j’ai pas vu une voiture stationnée sur le bord de la route faque qu'on l’a frappée.

Le truck a pris le choc, mais il a quand même roulé jusqu’à l’abri.

Va falloir que je le répare.

Quand on est arrivés, Jedediah s’est mis à creuser un trou.

Chuck, lui… y’a rien dit. Il s’est juste assis à côté pis il a attendu.

J’en ai rarement vu un aussi stoïque. J'pense qu'il était suffisamment reconnaissant qu'on l'abandonne pas la bas et quand c’était fini… on l’a enterré là.

Jedediah a planté une croix. Je sais même pas si Chuck croyait à ça… mais Jebediah, lui, ça comptait. Fait que j’ai rien dit.

À la fin, j’ai posé son béret dessus.

“Motel”

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J’te jure que si j’attrape le gars qui m’a piqué mon char, y va passer un sale quart d’heure. Pas une petite chicane là… un vrai règlement de comptes.

En attendant d’avoir d’autres instructions du central, je m’étais arrêté din' p’tit motel miteux sur la route qui mène vers Brandenburg. Rien de bien fancy : un vieux néon qui grésillait, un comptoir en faux bois pis une réceptionniste qui avait l’air aussi fatiguée que la bâtisse.

Pendant que j’étais en train de louer la chambre, j’ai entendu le moteur de mon camion partir dehors.

Au début j’ai pas trop réagi. Je me suis dit que j’avais peut-être mal entendu… mais non. Par la fenêtre j’ai vu mon propre camion s’éloigner sur la route.

Là j’peux te dire que le sang m’a monté à la tête.

J’suis sorti en trombe… mais c’est là que tout a viré au bordel.

Les gens se sont mis à courir dans tous les sens. Y’avait des cris, du monde qui trébuchait dans le stationnement. Pis là j’ai compris pourquoi : des morts-vivants sortaient du bois derrière le motel.

Pas deux ou trois. Une gang.

Heureusement que je me débrouille un peu en anglais, parce que sinon j’aurais été dans la marde solide. J’ai fini par faire équipe avec deux gars qui traînaient dans le coin : un grand gaillard qui devait peser facile deux cents livres, pis un autre type qui disait venir d’une famille mormone. Pas trop jasants, mais dans ce genre de situation, ça prend pas un doctorat pour se comprendre.

On a sécurisé le motel comme on pouvait mais on est vite arrivés à la même conclusion : rester là, c’était une mauvaise idée.

Un peu plus loin sur la route, y’avait une station-service. On s’est dit qu’on aurait peut-être une chance d’y trouver de la bouffe, de l’essence… pis idéalement quelque chose pour se défendre.

On a pas perdu de temps.

La route était étrangement silencieuse, sauf pour les gémissements qu’on entendait parfois sortir des arbres. Arrivés à la station-service, on a fouillé chaque recoin. Pis là, pour une fois, la chance était de notre bord.

On a trouvé de quoi se ravitailler comme du monde : conserves, bouteilles d’eau, quelques outils… pis même des armes ! Assez pour tenir tête à ces affaires-là.

Heureusement que j’suis un habitué de la chasse. Un fusil, j’sais comment m’en servir.

Ce qui est drôle — enfin, drôle… façon de parler — c’est qu’on s’est compris assez vite, même sans trop parler. Les priorités étaient claires pour tout le monde :

de la bouffe, des armes, pis de quoi survivre une autre journée.

On a aussi trouvé des cartes routières derrière le comptoir. Le problème, c’est que j’comprends pas grand-chose aux indications écrites. Mais les routes, ça… ça je les reconnais.

Pis une chose est sûre :

Faut vraiment que je sacre mon camp de ce pays infernal.