Ça fait deux mois que le monde tient avec de la broche pis du duct tape.
Y’a quelques jours, avec Hunter, on est tombés sur une carte. Quelqu’un avait marqué une planque : un grand manoir perdu au sud, dans le fin fond des terres. J’comprenais pas toutes les marques, mais l’écriture… ça criait « fait à la main », pis j’te jure, ça avait l’air doux. Pas une trace de panique là-dedans. J’ai dit à Hunter : “Ça, mon chum, c’est pas un piège. C’est quelqu’un qui voulait être trouvé.” Faque on est partis, un peu crinqués à l’idée de tomber sur du monde encore vivants.
Sur la route par contre… ostie que c’était triste. Tout vidé. Les maisons, les garages, même les foutus fleuristes. Qui c’est qui pille un fleuriste, sérieux ? Y’a du monde qui ont viré complètement fous avant même de devenir des walkers.
Pis on est arrivés. Une longue allée, propre, presque invitante… pis au bout, un manoir comme din' film. Grand, beau, fier… pis plein de walkers qui se promènent comme si c’était chez eux. Faque là, pas de poésie : on a fait le ménage. Méthodique. Propre. Froid. À un moment, j’me suis arrêté deux secondes… j’me suis demandé si j’avais pas éclaté la tête de la fille de la carte. Pis ça, ça m’a laissé un goût bizarre.
Mais à l’étage… là, j’te jure, ça a changé le mood d’un coup sec.
Un rat.
Pas un rat dégueulasse qui détale. Non non. Un p’tit gars ben tranquille, qui me regarde comme si j’étais son coloc. J’me penche, je tends la main… pis BOUM, y’embarque dedans comme si c’était prévu. J’ai éclaté de rire.
“Ben voyons donc toi ! T’es ben smatte, toé !”
Je l’ai appelé Ratatouille sur le champ. Hunter m’a regardé comme si j’avais perdu la tête, mais j’te dis, ça faisait du bien de rire de même. Un vrai moment normal, en plein milieu du bordel.
On s’est installés un peu dans le manoir. J’ai bricolé une petite cage pour Ratatouille — rien de fancy, mais correct — pis après ça, on a sorti la carte. On a fait des croix partout. Là : vidé. Là : trop de walkers. Là : inconnu. Pis là, j’ai tapé Riverside du doigt. “Ici.” Pas parce que c’est safe — criss, rien l’est — mais parce que c’est plein de stock pis que personne a encore eu les nerfs de tout raser.
Le soir… ça, c’était un bon moment.
On s’est fait un ragoût. Pas un p’tit truc plate, non : un vrai, qui sent fort, qui colle aux côtes. Pis un gâteau en plus ! J’sais même pas comment, mais on l’a fait pareil. On s’est assis dehors, tranquille, la nuit qui tombe. J’avais pris une lampe chez Jed, pis j’l’ai allumée comme si on était en camping.
Pis là, la vodka.
J’me suis improvisé bartender — Denis Laroche, service de luxe — pis j’leur ai brassé un p’tit que'que chose. Pas trop compliqué, mais assez pour faire sourire.
On riait. Fort. Trop fort sûrement. Mais tabarnak que ça faisait du bien.
Le lendemain, retour à la réalité. Sur la route, on est tombés sur le char que Jed avait laissé. J’ai checké ça vite fait : moteur magané, mais la batterie était morte raide. Rien d’irréparable. J’me suis dit que j’y reviendrais.
À Riverside, le commissariat était encore debout. L’armurerie était barrée solide, impossible à ouvrir. Pis au loin, trop de walkers pour tenter le diable. On a contourné. En bordure, y’avait un vidéostore. On a pris des cassettes d’apprentissage. J’comprends pas tout, mais les images parlent assez. c'est comme apprendre avec un prof muet.
Après, on a fait un détour pour se laver à la rivière. J’étais couvert de sang, jusque dans les poches. Pis c’est là que j’ai vu ça : un camp bricolé avec des péniches et des cargos attachés ensemble avec des passerelles. On est montés.
Au début, rien. Vide. Trop calme. Pis d’un coup, Jed est passé à travers, un étage plus bas. Mauvais pas, bord de conteneur mal vu. Pis là, ils sont sortis. Cachés partout.
On a trouvé un escalier, sans trop savoir si on descendait ou si on le faisait remonter. Pas vraiment de plan. Juste l’idée de sortir de là vivants. Avec Hunter, on a retenu les walkers qui montaient, pis on a tiré quand y’avait plus le choix.
Quand Jed est remonté à notre niveau, on a reculé. Pis y’est retombé. Cette fois, sur la rive. Le bruit… un craque sec. Mauvais signe.
Pis avant même de réfléchir, y’a une gang qui est sortie du bois. Des centaines. Même derrière nous. On a poussé Jed devant, pis j’abattais ceux qui s’approchaient trop. À un moment, c’était clair : la rive, c’était foutu. J’ai crié de passer par la forêt.
C’était pas mieux là-dedans, mais au moins ils trébuchent. Nous autres aussi, remarque. On avançait à l’aveugle. Chaque fois que que'que chose m’agrippait, j’envoyais une claque. Des fois c’était un walker. Des fois un arbre.
En sortant din' champ, j’ai réalisé que j’avais semé les walkers.
Pis Jed aussi.
J’ai repris mon souffle, pis j’ai couru au char chercher des cartouches. Après ça, retour vers les cargos.
La rive était silencieuse. Trop. Au loin, des coups de feu. Le calibre… c’était Hunter.
J’ai avancé dans le bois, un par un, en descendant les walkers que je croisais. Chaque face que je voyais… j’espérais que ce soit pas celle de Jed.
Quand Hunter m’a rejoint, on a fouillé ensemble. Pis on l’a trouvé. Recroquevillé din' trou de souris, pas de mouvement. J’ai cru que c’était fini.
Hunter lui a donné un coup. Pis Jed s’est relevé.
Pas de morsure. Juste la cheville foutue.
J’sais pas quel seigneur y’a appelé, mais quelqu’un a répondu.
On est rentrés tout de suite. Plus sales qu’avant d’aller se laver.