Journaux

1993-10-30 “en attendant godot”


La route a été longue depuis Valley Station. Père a disparu après le début de l'effondrement de la société. Et maman... Elle était pas faite pour ce qui nous attendait. Elle est certainement mieux là-haut.

La dernière fois que j'ai parlé à Tucker, il m'a dit que son père et son frère étaient toujours à Irvington. Ca fait des mois, mais au moins ça me donne une raison de continuer à avancer.

Il me reste personne de toute manière, les Willoughby ont toujours été ce qui se rapprochait le plus d'une famille pour moi.

Mon arrivée à Irvington ne s'est pas passée comme prévue. En évitant des Zeds au milieu de la route, ma voiture s'est encastrée dans une épave laissée à l'abandon à proximité de la station de train. Ma jambe droite s'est brisée sous l'impact de l'accident, j'ai du me traîner hors de la carcasse et me rapiécer comme je pouvais. La nuit tombant, je suis rentrée dans la station. J'avais pas la force d'aller plus loin. Au matin, la station était entourée des fantômes de ma jeunesse. Jean, la boulangère, Thomas, l'ébéniste, mon institutrice de primaire avec ses haillons fatigués. J'ai réussi à me défaire des corps à coup de talons avant de prendre la KY-79 vers le nord.

Dans mon état, ça aurait été inconscient de chercher à me rapprocher de la ville.

J'ai trainé ma patte derrière moi pendant une journée entière avant de tomber sur une maison. Avec ma jambe cassée, impossible d'aller plus vite. Après avoir vidé les lieux de ses anciens occupants, j'ai pu me rhabiller et passer une nuit tendue à guetter le moindre craquement de plancher. J'ai repris la route le lendemain, pareille, une journée de marche jusqu'à la prochaine maison. Je sais pas ce qui me fait tenir. Je sais pas pourquoi je continue à me battre. Mais j'avance. Après une autre nuit dénuée de repos, j'ai coupé à travers champ en direction des maisons en bordure d'Ekron. A proximité des lacs, j'aurais de quoi boire et je me débrouille pas trop mal en cueillette pour survivre jusqu'à ce que j'ai la force de repartir.

Finalement, mon périple s'est achevé quand je suis tombée sur une maison de survivants. Le portail en bois m'encourageant à passer mon chemin, même si les plaintes des animaux me poussaient à m'approcher. Un vieux monsieur étonnamment propre sur lui m'a proposé un bol de ragout si je l'aidais à nettoyer l'étable. Après trois jours de disette à manger les restes rances d'armoires poussiéreuses, l'idée d'un repas chaud passa sous silence toutes les inquiétudes que j'aurais pu avoir.

Peut-être que je pourrais lui donner un coup de main le temps que ma jambe soit rétablie.

1993-10-16 “Mes derniers mots”


Thorgar aurait pu me descendre là, mais on est rentré à la maison. On s'est couché une fois arrivé, sans rien dire de plus. J'ai peur de me transformer dans la maison, j'ai dormi dans mon coin, mais ça avait pas l'air d'inquiéter Thorgar.

Au matin, Chuck était en train de s'affairer autour de la maison. Y a la ratonne qui est décédé après avoir donnée naissance à son bébé.

Je voulais creuser ma tombe hors du terrain de la maison, mais Chuck a pas voulu. Il a fait un trou sous l'arbre à côté des animaux. Il voulait que je reste dans un coin tranquille.

Thorgar, merci pour le temps qu'on a pu passer ensemble. J'aurais aimé finir un jour par connaître ta routine capillaire, quand on se retrouvera dans l'après tu pourras me donner tes secrets. Essaye de prendre ton temps, c'est pas pressé. Lâche rien et prenez soin l'un de l'autre avec Chuck. Je suis désolé de vous lâcher comme ça en cours de route. J'aurais aimé que le chemin soit plus long, mais je suis reconnaissant pour le temps passé ensemble.

Chuck, je sais pas trop quels mots assembler pour résumer ce que je souhaiterai te dire. Merci... Pour tout. Si on s'était pas croisé ce matin là au Motel, je pense pas que j'aurais tenu aussi longtemps. Je n'aurais certainement pas aussi bien vécu. Je suis désolé de t'abandonner si tôt. Je nous imaginais déjà passer nos vieux jours tranquilles, à partager une bière toi, Thorgar et moi. On venait peut-être pas de la même famille, mais cette apocalypse m'aura permis de me trouver un frère. Maintenant, ça va être à mon tour de veiller sur toi. Je sais pas si tu crois à la vie après la mort, mais même si tu y crois pas je continuerai à surveiller tes arrières.

1993-10-15 “Fin du chemin, Irvington”


On est parti en début de matinée avec Thorgar. Quelques vivres dans le coffre, une idée approximative d'où on voulait aller. On s'est arrêté sur le chemin à une usine de bois dont il avait entendu parler je crois. Au final, y avait pas grand chose. On y a passé presque une journée à tuer des Zeds, se reposer, se remettre en marche, tuer d'autres Zeds. Thorgar a chopé une sacrée toux, ça fait des jours qu'on est sous la flotte en permanence tellement il pleut. Je l'ai un peu chambré sur sa tenue, s'il avait au moins une veste peut-être qu'il serait pas en train de cracher ses poumons.

On aurait pu s'arrêter là, mais ça fait des jours que ça me démange. Peut-être que j'ai l'espoir naïf et stupide que quelqu'un puisse avoir survécu à tout ce bordel. Que même si j'ai perdu Pa' et que je sais pas où sont Otis et Tucker, il reste peut-être quelque chose de familiers dans les parages.

J'aurais pu tourner à droite vers la maison, mais j'ai fait un choix. Thorgar a rien dit. Il s'est contenté d'hocher de la tête en recommençant à déchirer du tissu tranquillement malgré son rhume et ses quintes de toux. Il est solide. Increvable carrément.

On a commencé par nettoyer le voisinage un peu éloigné de la ville avant de s'arrêter au garage à l'entrée de la ville et le magasin lui faisant face. La nuit est tombée, mais c'est pas le genre de mon binôme de se cacher dans une maison jusqu'au levé du jour. Je me suis retrouvé une lampe torche dans une main, ma batte dans l'autre. C'est sacrément moins efficace, mais ça fait le taff. On a avancé comme ça tranquillement la majorité de la nuit. Il faisait tellement noir qu'on a raté la station de pompier et qu'on a finit par vider la mairie. Je l'entends déjà le vieux McCoy nous passer un savon sur la prise de risque inutile.

J'en rigolerai si la situation était différente.

Tout semblait facile, un peu trop facile. On a continué à avancer dans la ville en se reposant l'un après l'autre jusqu'à arriver à la station essence et au vidéo store installé derrière. On s'est fait le parking, puis le tour du magasin. Thorgar a vidé ses affaires dans le humvee le temps que je mange un bout. Y avait plus personne autour, ça semblait presque serein.

Si j'ignorais les trainées de sang sur le sol, les corps étendus de leur long ci et là, j'aurais pu imaginer revoir mes camarades de classe venus louer des cassettes pour le weekend. Comme si j'étais venu acheter de quoi manger avant de rentrer au ranch tout en faisant le plein du pickup de Pa'. Au lieu de quoi, la ville dégageait une puanteur insoutenable et ne résidait plus ici que les cadavres et nous.

J'ai perdu Thorgar une seconde de vue. Je pense que je me suis peut-être un peu perdu dans mes souvenirs. Je l'ai pas entendu. Ils font tous un bruit si reconnaissable, le râle rauque et monstrueux s'échappant de leurs gorges putréfiées me tenant éveillé la nuit parfois. Là... Le silence.

J'ai même pas pousser un cri, rien. Malgré mon dégoût du sang, j'ai bandé proprement les trois morsures, la griffure aussi. Thorgar a du entendre la lutte, il est revenu sans que je doive l'appeler. J'ai rien dit.

Il a du comprendre à ma tête ce qui venait de se passer. J'avais pas la force de l'expliquer.

Putain. Je vais devoir l'annoncer à Chuck. Je sais pas comment lui dire.

1993-10-14 “Un mois tranquille”


On a enchainé les virées à gauche et à droite avec Chuck pour récupérer du matériel, nettoyer des zones de Brandenburg ou de Riverside. Je me suis habitué à sa dégaine nonchalente et ses conseils d'ancien. Je sais pas comment ça se fait, mais on est toujours là. Recouvert de saleté, d'égratignures, mais on est toujours là. On a été voir le PS Delilah avec Chuck après avoir nettoyé l'artère principale de Riverside. J'ai entendu le bruit du tissu se déchirant après m'être fait prendre par surprise par un Z dans le bateau. J'ai eu une sacrée frayeur, mais on en a bien rigolé une fois sain et sauf à la nuit tombée.

Les jours passent et ne se ressemblent pas.

Je n'ai pas pris religieusement des notes, mais on a fait un peu le tour des villes autour de nous. On a été nettoyer la zone ouest d'Ekron avec Hastos. L'ancien nous y a retrouvé et nous a aidé à vider le gun store. On a tellement de balles et d'armes qu'on pourrait alimenter une armée. Par les temps qui courent, c'est pas une mauvaise chose.

Chuck a trouvé un bracelet d'amitié sur le corps de deux Zeds provenant certainement de l'école de Riverside. C'est un peu con, mais il en a enfilé un et m'a donné l'autre. Il est un peu bougon, il aime bien me reprendre quand je fais pas correctement les choses, mais c'est un chic type. La maison commence a ressembler à une maison, on se marre bien de la dégaine de Thorgar toujours à moitié à poil.

Je sais pas... Y a une vraie camaraderie quoi...

Ca fait du bien de pas être seul dans ce nouveau monde.

Ma famille me manque. Je me demande si Otis et Tucker sont encore en vie. Si c'est le cas, j'espère qu'ils sont cachés quelque part de tranquille avec Daisy Mae.

J'ai trouvé un champ clôturé à l'est de la maison, y a une famille de cerfs qui y vit. J'ai descendu un des males, faudrait que j'en informe les autres.

J'ai enchainé les allers-retours vers le Sud pendant une semaine plus calme à la maison. Thorgar et Chuck s'occupait de leurs affaires et j'avais envie de revoir le ranch. Visite après visite, je me suis enfoncé plus dans la campagne jusqu'à atteindre quelques maisons. On a même fait un tour pour chercher du bétail avec Chuck.

Je crois que ma vie d'avant me manque. J'ai envie de revoir Irvington. Thorgar a l'air partant pour une escapade. Je me demande à quoi la ville va ressembler.

1993-09-16 “Mon royaume pour un Humvee”


Les jours ont passés, mais j'arrivais pas à me sortir cette bagnole de la tête. C'est con, mais avec son extérieur blindé et les chevaux sous le capot, ça serait une addition sympathique à notre collection grandissante. On s'était dit avec Thorgar qu'on retournerait la chercher. Quand ? Peut-être bien jamais.

Je dois admettre que je suis pas le gars le plus patient. J'ai attendu l'aube pour démarrer mon périple, un chargeur plein, une batte et quelques vivres. J'avais déjà fait le trajet une première fois sur mes pattes, c'est pas les kilomètres nous séparant de Brandenburg qui allaient me détourner de mon but.

J'ai pas croisé grand monde dans la forêt, deux-trois Zeds dans les champs et rien d'autre. Par contre, une fois sur l'autoroute, il y avait quelques groupes ci et là. Rien d'insurmontable. Jusqu'à ce que je rejoigne le Diner où j'avais dormi la dernière fois. Maintenant que j'ai compris comment démarrer une bagnole sans clé, j'en ai choisie une avec les meilleures pièces et puis j'ai repris la route.

Mauvaise idée.

Une putain de mauvaise idée.

Le moteur a lâché derrière le centre commercial, au début de la zone résidentielle. Ca a beau bientôt faire deux mois que je traîne avec Chuck et Thorgar, voir la horde s'agglutiner à mes fenêtres m'a fait paniquer et j'ai lâché le véhicule en sortant par la fenêtre. Ces saloperies de Z ont eu le temps de me trouer le jean tandis que je montais sur le toit de la bagnole avant de prendre la fuite. J'ai continué vers le nord de Brandenburg, perdant des amas de zombies au fur et à mesure, en attirant toujours plus. La nuit a commencé à tomber et me restait quelques Zeds dans les pattes. J'ai trouvé une maison à proximité de l'église où se trouvait le Humvee. J'ai descendu les anciens occupants qui se trouvaient dans le jardin avant de rentrer panser mes plaies. Je me suis enfermé dans une chambre à l'état, éclairé à la lueur de mon briquet. Je pouvais les entendre dehors, mais à cette heure-ci y avait rien à faire qu'attendre en espérant pas entendre une fenêtre lâcher sous les assauts des morts-vivants.

Au petit matin, j'ai fait le tour de la maison pour tomber les derniers Zeds me traquant. Je suis monté jusqu'à l'église et j'ai réussi à faire démarrer le moteur du Humvee. Dans ma précipitation, j'avais pas checké l'état du réservoir. Le moteur tournait à vide dans un bruit menaçant en crevant le silence d'un matin tranquille. J'ai récupéré de l'essence sur une bagnole dans un parking un peu plus loin avant de voir le groupe de plus en plus gros de Zeds se dirigeant vers mon véhicule. J'ai à peine mis de quoi rouler une borne ou deux que j'ai déguerpi sans demander mon reste.

1993-09-08 “Expédition Brandenburg-Riverside”


Ca faisait un moment, mais on est reparti enfin en expédition. A trois. Une bagnole pour Chuck. Une bagnole pour Thorgar et moi. On est remonté vers Brandenburg à la recherche de pièces pour nos voitures avant de continuer à nettoyer le centre commercial. On a fait le plein d'outils et de nourriture. Chuck a même trouvé une remorque pour pouvoir trimballer encore plus de bordel avec nous.

On est reparti ensuite à la recherche d'une tête de masse. D'abord dans les lockers que j'avais fouillé lors de ma première venue en ville, puis des chantiers. Rien d'intéressant. On a poussé jusqu'à un endroit en bord de rivière avec un petit magasin. La nuit est tombé sur nous, même si ça nous a pas empêché de continuer à avancer à la recherche cette fichue masse. On est reparti au petit matin vers un quartier résidentiel dont on avait trouvé la localisation sur une carte annoté. Riverside, je crois. On s'est arrêté sur la route principale, la note indiquait une accumulation de de Zeds dans les parages. Sans étonnement, ils grouillaient partout dans les bois alentours et sur les routes du quartier. Je me trimballe toujours cette foutue blessure qui me ralenti, mais les deux autres se débrouillent particulièrement bien.

Chuck a quand même fini par se blesser, on s'est posé dans une maison de survivant à la nuit tombée avant de continuer à nettoyer la zone. On est tombés sur une école complètement encerclée par des Zeds. J'ai à peine pu tourner la tête, le perdre du regard, que Thorgar s'était faufilé à travers une fenêtre ouverte et avait déjà ouvert la porte d'entrée en nous invitant à venir l'aider un peu.

Ce gars - et sa chevelure - me fascine.

L'école était immense. Digne d'un quartier riche avec autant de maison aux alentours. Y avait carrément un bunker sous le gymnase, probablement pour les tornades et autres. Chuck m'a trouvé une batte de baseball en métal, un petit bijou que j'ai eu le plaisir d'utiliser encore et encore. On a élu domicile dans une nouvelle maison ce soir là avant de remonter la route principale en profitant du brouillard pour nous faufiler un chemin jusqu'à un magasin censé nous permettre de trouver une masse. On s'est retrouvé bredouille et on a finalement du rebrousser chemin quand Chuck a déclenché l'alarme d'une bagnole. L'épuisement nous guettant petit à petit, on est finalement reparti vers la maison, frustré, mais toujours en vie. Chuck était pas trop causant, un peu frustré d'avoir laissé Thorgar seul dans l'autre voiture. En tout cas, le silence régnait lourdement dans l'habitacle jusqu'à ce qu'on croise un troupeau de biches. Chuck a essayé de sortir son pompe, mais le temps d'ouvrir ma fenêtre, le père s'était déjà échappé dans une direction, laissant derrière son bébé et un McCoy incapable de tirer. Je crois qu'il était aussi frustré que j'ai oublié mon sac à la casse d'Ekron. Si j'avais eu ma carabine, peut-être qu'on aurait pu récupérer une carcasse. Heureusement, la chance était de notre côté et l'humeur de Chuck s'est sacrément embellie en tombant sur du gibier fraichement décédé sur la route. Peut-être qu'un chasseur avait réussi à le toucher a des kilomètres de là, en tout cas on s'est pas fait prier pour faire rentrer la bestiole dans l'habitacle. J'ai cru que j'allais perdre toute sensation dans mes jambes à porter la moitié de la bête, mais y avait plus de place dans le coffre ou la remorque, pis Chuck conduisait. C'est vraiment la place du mort celle du passager.

1993-09-07 “Into The Wild”


On dirais bien qu'ils ont parti sans moi,

Je me suis reveillé en pleine nuit, l'effort à du m'épuiser plus que je ne le pensais Je suis dans le lycée de Riverside, dans la salle des profs, à l'étage.

J'entend les hordes érrais, et certains démons sont entrain de frapper en contrebas, c'est peut-être eu qui ont tournés ?

Non, pas de risques, ils sont aussi solide et vaillant que moi !

Mais il ne faut pas que je reste ici, la ville, déjà qu'avant c'était pas pour moi, trop inconfortable mais dans le noir complet et hanté par ses démons ?!

Nan, je vais sortir en force, rejoindre les bois, Gaïa m'a toujours protégés et je connais un bon spot : La tour d'observation des rangers ! Je baladais souvent dans ces bois, j'y serais à mon avantage.

Il me reste 1 lance et mon couteau, ce sera suffisant

1993-08-13 “Une soirée pas si tranquille”


Je me suis mis en tête de retaper la vieille fourgonnette de Thorgar. Il m'avait demandé en passant si je pouvais y faire quelque chose et avant de regarder sous le capot j'avais déjà répondu que oui. Rien qu'un coup d'oeil à ce vieux tas de ferraille et j'ai compris que j'étais pas vraiment de poids pour cette affaire.

J'ai passé quelques jours chez l'autre groupe de survivants installés à Ekron. Des chics types, même si un peu discrets. Ils m'ont laissés regarder des vidéos et lire des bouquins avant de faire joujou dans leur jardin rempli de carcasses. J'ai pu apprendre à démonter correctement un moteur, réinstaller un joint de culasse et bien plus encore. Tout se passait très bien, jusqu'à ce que je me retrouve face à face avec Margueritte. Enfin, je sais pas si elle s'appelle Margueritte.

Bref.

Margueritte. Moi. La lune. Il en fallut pas plus pour que je manque d'y laisser ma peau. J'étais en train de finir de remonter une ampoule à l'aide de ma lampe de poche quand elle s'est mise à bloquer le passage. Malgré leur lieu de vie plus que douteux, une casse pleine de tas de ferrailles sans même barrière ou délimitation, à peine quelques carrés d'herbe pour manger, je pensais que Margueritte était une jeune vache bien éduquée. Une plaie ouverte, une droite dans la machoire d'Hastos et un presque évanouissement plus tard, j'ai bien compris que c'était pas le cas. En m'approchant, persuadé de ne pas la déranger, je me suis retrouvé bloquée entre elle et une bagnole avant de trébucher et me faire marcher dessus. J'ai marché aussi rapidement possible jusqu'à l'intérieur du hangar en cherchant quelqu'un pour pas mourir là comme un con. Heureusement qu'Hastos était là, même si sous l'effet de la terreur à l'idée de perdre la vie je l'ai interpelé un peu violemment. Quand je me suis excusé, il semblait pas m'en tenir rigueur.

J'ai encore passé quelques jours à me reposer, travailler un peu sur les carcasses de bagnoles présentent avant de repartir en direction de la maison. J'ai été jusqu'à la station essence avant de remonter vers la caserne de pompier. Je suis finalement tombé sur un pick-up en bon état malgré un réservoir vide. Après avoir fait les bagnoles du voisinage, j'ai enfin pu retourner à la maison, pour retrouver Chuck et Thorgar en train de vaquer à leurs occupations.

N'empêche, ça aurait été une belle mort de merde de crever en pleine apocalypse à cause d'une vache.

1993-08-07 “les vagabonderies estivales”


Le temps passe vite, entre expédition en ville et le travail à la maison.

Chuck a décidé de se faire une armurerie blindée. Selon lui, y a rien de plus important dans l'apocalypse que d'avoir un stock d'armes pour se défendre. Je pense que quelques bêtes c'est pas mal. Il a soupiré quand il a vu l'enclos sommaire que j'ai fait pour les quelques poulettes que j'ai trouvé un jour en me baladant. J'étais pas peu fier, mais dans le regard d'un mec qui travaille le bois, mon installation de fortune à des allures de château de sable prenant l'eau. Je comprends, mais il avait pas besoin de rouler des yeux en me pointant le début de clôture qu'il avait fait à l'autre bout du jardin. J'en savais rien moi qu'il voulait faire l'enclos à bétail là. Je me souvenais pas qu'il l'avait dit. Thorgar était même pas là pour nous départager dans notre escarmouche.

On est parti en excursions à trois. Toujours avec le même but, trouver plus de choses pour nous aider à survivre. On a roulé jusqu'à Brandenburg et j'étais pas peu fier de pointer du doigt les Zeds que j'ai pu faire tomber sur le chemin. Y en avait 35 si j'ai bien compté. Ca a pas eu l'air d'épater Thorgar. Faut dire qu'on l'a recouvert de sang après avoir fait un voyage du nord de l'état jusqu'à chez nous. Je leur ai montré la remorque que j'avais vu rapidement en me procurant le camion-citerne. On est pas resté longtemps, y avait trop de Zeds autour du centre commercial. On a continué à se faufiler entre les corps sans vies mais animé, jusqu'à tomber sur une autre voiture se déplaçant dans la masse. Encore un Hastos. Il nous a aidé à nettoyer le parking d'un petit établissement puis nous a demandé de lui trouver de l'essence. Chic type, un peu chétif. J'ai fait le tour des réservoirs, Chuck s'est trouvé une nouvelle bagnole et on a pu repartir dans notre nouveau convoi. Enfin, repartir jusqu'à ce que j'éclate notre ancien modèle. C'était pas beau à voir. Doit y avoir un problème sur le démarreur ou peut-être la batterie. La bagnole n'arrêtait pas de caler et de ramer au démarrage. J'ai cru que j'allais finir par devoir la pousser jusqu'à la maison. Quand j'ai ouvert le capot, restait plus grand chose à récupérer tellement le trajet lui avait grillé ses dernières ressources. Faudrait qu'on se procure de meilleurs véhicules. Peut-être bien qu'il faudrait partir en expédition spécifiquement pour ça.

J'ai du chopé une sale grippe, j'ai passé des journées au lit avec la fièvre et pas les trucs de ma grand-mère pour m'aider à garder ce que je mangeais dans le ventre. Le temps est passé tandis que mon quotidien se partageait entre sommeil et des heures passées à contempler le plafond. Avant que je ne le remarque, août était arrivé. Chuck avait déjà rénové une grande partie de la maison. C'est surement pour ça que j'avais l'impression qu'on m'enfonçait des clous dans le crâne dans mon sommeil. Il a ramené une vache et un bœuf. Deux belles bêtes qui vont certainement nous permettre de bien tenir l'hiver. Je sais pas trop ce qu'à fait Thorgar pendant ce temps, mais c'est un esprit libre. Ca sert à rien de chercher à le comprendre.

Vu que Chuck était parti quelque part, on a décidé de redémarrer pour Brandenburg à la recherche de livre. En voyant le centre commercial, j'ai pas pu m'empêcher de m'arrêter. Y avait cette remorque aux allures militaire qui me faisait de l'oeil. J'ai été tuer les Zeds autour et quand je me suis retourné Thorgar était déjà à l'entrée à ouvrir les portes du centre commercial. On a nettoyé la zone petit à petit, j'ai senti une paire de machoire s'arrêter sur mon épaule et le bruit du tissu se déchirant. Quand j'ai repoussé la personne cherchant à me manger, j'ai senti le soulagement me prendre car y avait juste le tissu qui s'était déchiré, la peau en dessous était lisse. J'ai vraiment cru y laisser ma peau.

Thorgar a fait la même chose quelques heures plus tard. Sans un bout de tissu sur le dos. La plaie était moche, mais pas de morsure, juste une sale lacération qui m'a donné envie de vomir dans une poubelle à proximité. On est repartis vers un quartier pavillonaire, le temps de retrouver une bagnole, nettoyer une église à la recherche de la clé du hummer militaire dans le parking pour finir par rentrer bredouille. Il était pas trop trop content le Chuck quand on est rentrés d'avoir pris la seule bagnole potable de notre petit foyer. Il est temps de retaper des épaves. Faut vraiment que je m'améliore en mécanique.

1993-07-26 “une expédition en solo”


Très cher Chuck et Thorgar,

Je suis parti vers le nord à la recherche d'une voiture et de quelques bêtes à ramener à la maison. Je connais pas grand chose, mais les bêtes ça je connais.

Si je suis pas rentré d'ici une semaine. Continuez sans moi.

J'ai cru que j'allais jamais m'arrêter de marcher. Peut-être qu'il me manque une case ou que je réfléchis pas trop avant de faire des choses. Je suis parti en direction du nord sans carte ou plan en tête. Je me suis mis à marcher et avant que je m'en rendes compte la nuit est tombée. J'ai croisé un petit groupe de zombies sur la route, j'ai bien manqué d'y laisser la peau et mon t-shirt et ma salopette ont étés déchirées dans l'altercation. J'ai cru une seconde, le faisceau de ma lampe tranchant l'obscurité en saccades confuses, que j'allais m'effondrer là, que c'était la fin. Pourtant, méthodiquement, comme on m'a appris, j'ai tué un Zed, puis deux, puis trois, puis au bout d'un moment j'ai arrêté de compter.

J'ai fini par rejoindre Coalfield Road au levé du jour. Sachant pas où j'allais, j'ai tourné à gauche au gré du hasard. Une fois que j'ai trouvé la KY-79 j'ai cru que j'étais sauvé, ma réserve d'eau se vidait à vue d'oeil et je mangeais plus que ce que je trouvais dans les champs. Contrairement à ce que je pensais, restait plus que des carcasses sur l'autoroute : de voiture et d'humains. Pas une seule bagnole dans un état potable. C'est assoiffé que je suis tombé sur un Diner de bord de route. Le parking était rempli de Zed et de quelques voitures en pas trop mauvais état. Ca m'a pris une journée d'arriver à descendre tous ces Z. Je me suis retrouvé à la nuit tombée sur le ponton face aux trois derniers après avoir manqué de me faire croquer une fois dans la cuisine, dans la salle de réception et au bord du parking. Je commence à me dire que je suis increvable. Peut-être que je suis juste con. Dans tous les cas, je suis toujours là.

Après m'être lavé au clair de lune, j'ai profité de la maison a proximité pour dormir. J'ai pu me changer avec des vêtements pas troué et j'ai même trouvé un sac de randonnée. Me manque plus qu'une bagnole pour pouvoir me tailler d'ici.

Au final, j'ai tourner en rond à l'entrée de Brandenburg jusqu'à tomber sur un camion réservoir. Les clés se trouvait sur un Zed dans le fast food devant lequel il était garé. Un peu sanguinolantes, mais utilisables.

Il m'aura fallu trois jours, mais je suis en fin sur le retour.

BINGO!

J'ai vu un troupeau de biches le long de la route. Je suis sorti trop tard du camion et je les ai vue partir au dela de l'horizon. Un kilomètre plus loin je suis tombé sur un autre troupeau. Cette fois-ci, je les ai suivi jusqu'à un champ où toute une famille semblait se reposer. J'y ai perdu quelques balles, mais en plus d'un camion et d'une remorque pleine de poules, je rentre avec le diner. Chuck et Thorgar vont être contents de me revoir!

1993-07-19 “WIP: Ou Ennemi ?”


L'heure de vérité approche.

La journée d'hier fut très mouvementé, après avoir reçu mon offrande, le vieux à barricader toute la demeure et alors que je récolter de quoi me substanter dans la foret. J'ai entendu une voiture, très probablement la leur traverser la route à proximité, heureusement que j'ai caché mon Van dans les bois.

Je me suis bléssé au poignet aussi, assez betement, en fuyant un Z à travers les bois, je me suis erraflé la main, heuresement que j'avais trouvé de quoi me desinfecter.

Je les ai observer, de loin, ils sont bien organisés mais pas si attentifs, ils ne m'ont pas repérés !

En attendant la nuit je suis allez sécurisé des fermes au Nord, et libérés des animaux, sans personne pour s'en occuper, Gaia prendra soin d'eux, les Z semble les ignorer, c'est une bonne chose pour eux.

Quand la nuit, est tombé, je suis retourné sur leur terrain, en me garant au nord de leur position, derriere les arbres, toujours !

1993-07-18 “Ami ...”


Ils ont vu mon message, enfin je pense. En tout cas, je suis à peu près certain qu’ils ne l’ont pas compris ou qu’ils l’ont ignoré...

Mais j’ai su approximativement d’où ils venaient. Comme mes ancêtres le faisaient en traquant les rennes du Svalbard, j’ai été capable de remonter la piste de leur voiture jusqu’à cette maison éloignée d’Ekron, en bordure de la zone agricole de Doe Valley. Je pense que c’est là qu’ils résident. C’est curieusement la seule maison barricadée dans le secteur, et des zombies bloquent les routes adjacentes. Il n’y avait que peu de doutes.

Je suis parti au sud de leur maison, en me rendant vers la zone industrielle. J’ai abrité mon van derrière une grange, à l’écart de la route. Ils ne le verraient pas.

En me baladant dans la forêt, j’ai vu une biche, isolée, seule, mais pas effrayée. Un peu comme moi. J’ai longuement hésité, mais j’étais persuadé que c’était un signe. Alors, dans le silence de la clairière, j’ai tiré un coup de feu pour l’abattre. Une seule balle a suffi. Elle est tombée sur le coup, je pense sans douleur et sans peur.

J’ai ramené sa dépouille jusqu’à la maison des deux inconnus. Sur le bas de la porte, ils avaient tout barricadé. N’étant pas certain qu’ils soient équipés, j’ai posé à côté une hachette, puis j’ai attendu, caché dans les buissons juste derrière leur clôture, leur retour.

Quand ils sont rentrés, ils ont vu la bête et regardé aux alentours. Le vieux s’est mis à paniquer, tandis que le jeune s’est contenté d’accrocher la bête à une poutre pour la vider.

Au moins, ils savaient préparer la viande.

1993-07-16 “Ekron - Le message”


Je me suis abrité dans une maison au bord de la route, juste avant la voie ferrée. J’ai tout cloisonné et barricadé, autant que possible. Je ne suis clairement pas le premier à avoir visité cette maison, ni même le premier à être passé par cette ville, ça se voit assez vite quand on prend le temps de regarder autour de soi.

J’ai rencontré deux personnes dans la ville.

Après la casse, je suis rapidement tombé sur une école et sur des cadavres. Je veux dire, des cadavres bien morts cette fois-ci. J’ai suivi la piste discrètement à l’intérieur, puis par la sortie de secours à l’arrière, et là j’ai découvert une vraie traînée de macchabées qui jonchait les rues. Je ne savais pas bien à quoi m’attendre, mais je n’ai pas non plus eu beaucoup de temps pour y penser. Il y avait des corps, c’est sûr, mais encore énormément d’errants avec eux.

Je me suis battu jusqu’à m’en blesser à la jambe. C’était envisageable, alors je n’ai pas paniqué. J’ai simplement marché pour récupérer des forces et surtout pour ne pas aggraver la plaie. Les Z sont généralement plus lents que moi, c’est une bonne chose, et tant que je garde le dessus comme ça, je peux continuer à avancer.

J’ai donc traversé la ville en évitant les grosses hordes et, surtout, en évitant les zombies qui s’approchaient de trop près. Ils se sont entassés derrière moi au fur et à mesure, et j’ai fini par réussir à les semer en passant par les jardins. Les clôtures les ralentissent, finalement. Plus que moi en tout cas, et c’est déjà ça.

C’est là que tout s’est enchaîné.

J’ai vu une voiture sur un parking et j’ai tenté ma chance. Les dieux m’ont répondu : les clefs étaient sur le contact. J’ai démarré et je suis reparti en arrière quand la présence du matériel sur les sièges m’a fait réaliser que c’était probablement la voiture de ceux qui avaient vidé l’école.

J’ai hésité à prendre la caisse et à me barrer. Mais le mauvais œil m’aurait suivi.

D’ailleurs, rien que d’y penser, il m’avait déjà suivi. Les zombies étaient déjà agglutinés contre les vitres.

C’est incroyable comment le temps se compresse dans ces moments-là. Beaucoup de choix s’offrent à nous, mais il faut pourtant en faire un, et j’ai choisi, une fois encore, le plus honorable.

Je suis sorti.

J’ai laissé la voiture là et j’ai fait le tour des commerces, en repoussant les zombies qui s’approchaient toujours un peu trop près. C’est là que j’ai entendu la voiture repartir. Je savais que ce n’était pas un zombie, alors j’ai appelé à l’aide, et forcément, les quelques zombies qui m’ignoraient jusque-là se sont retournés vers moi.

J’ai commencé à fuir la horde et c’est comme ça que je suis tombé sur eux.

Un jeune qui avait l’air surpris de voir un autre survivant, et un moins jeune qui semblait surtout inquiet. J’ai à peine eu le temps de les prévenir du danger qu’ils m’avaient déjà laissé sur place.

Alors j’ai attiré ce que je pouvais sur moi. Il ne fallait pas que les zombies les prennent en chasse, et puis, peut-être comme un signe, j’ai retrouvé ma force et ma fougue au pied d’une église. J’ai éliminé une bonne poignée de ces affamés avant de les semer à nouveau pour aller me reposer sur la banquette arrière d’un taxi isolé.

À la tombée de la nuit, je suis reparti et j’ai suivi une nouvelle piste de corps jusque-là, au coin de la rue et au-delà. Après ça, c’est la campagne, jusqu’au moins Rosewood, je pense. Ils vont probablement repasser par ici.

Alors je leur ai laissé un message.

Ça m’a pris la nuit entière. Le soleil se lève maintenant, mais je vais les attendre.

Je ne sais pas vraiment ce que je leur dirai s’ils reviennent. Peut-être rien de particulier. Je ne sais même pas s’ils se souviendront de moi, ou s’ils comprendront pourquoi je les ai suivis jusque-là.

Mais s’ils repassent par cette route, ils sauront au moins qu’il y avait quelqu’un ici qui les attendait.

1993-07-15 “Ekron - La casse”


Lorsque la nuit s'est abattu sur moi, la route pour Ekron s'est montré bien plus dangereuse que ce que j'aurais pu croire, on à beau être habitué à conduire de nuit, et au passage d'animaux sur la route, rien nous prepare convenablement à piler sur un groupe "d'humains" entassé sur la voie.

Il m'a fallu pres de deux jours de conduites, 2 jours ! Rouler la nuit s'avere dangereux, mais s'arretais dans les bois ll'est encore plus, on entend plus les oiseaux dans les arbres, parfois, un cri au loin et un rale beaucoup trop pres ... par Skadi, les morts ont ils possédés les bois également ?

Le van s'est beaucoup abimé, je me rapelle avoir du m'arreter à une maison, la voie était bloqué d'un accident, et les Zombies, surement les victimes du crash ce sont jetés sur le vehicule, completement essouflé il m'a fallu des heures pour en venir à bout, j'ai pu prendre des forces et manger un peu avant de repartir, après avoir un coupé un arbuste sur le flanc de la route.

Un peu plus loin je suis tombé sur un camion, un gros camion, type citerne, dans une casse, pas beaucoup de zombie à l'intérieur mais y'avais cette grille à franchir, fallais surtout être certains de pouvoir la refranchir au retour si les Z ce montre plus nombreux que prévu. Alors je me suis reposé avant d'aller y jeter un oeil ...

J'y ai trouvé de quoi réparer mes affaires, quelques bricoles et un paquet de chips, aucune clef, pas d'essence, la casse à déjà du être pillé du plus important ... je me suis reposé dans le bureau du patron je pense, à l'étage derriere les ateliers, j'entendais les zombies errais juste en dessous de moi, j'ai dormi d'un seul oeil.

1993-07-15 “L'inconnu d'Ekron”


Il y a quelque chose de rassurant dans la routine. Quelque chose de soulageant dans la répétition des mêmes actes à chaque nouveau jour. Je pense que c'est pour ça que j'aimais bien le ranch. Pour ça qu'Otis et Tucker sont partis vers les grandes villes. Ils comprenaient pas la beauté de la routine.

Les jours passent et ne se ressemblent pas. Pourtant, dans le chaos de cette vie nouvelle, j'apprends à reconnaître ces instants qui nous permettent de tenir. Comme quand on a trouvé notre nouvelle maison, une parcelle de terre labourée et un puit. Notre premier repas chaud était victorieux. Même si je suis pas certain que le bougre de McCoy soit du genre à exploser de joie. Il avait l'air sacrément content de l'endroit même s'il marmonnait dans sa barbe qu'on était trop exposé à cause de la véranda vitrée. Moi je l'aime bien. Je m'imagine à observer le ciel à la nuit tombée.

La routine s'est installée sans qu'on en soit vraiment conscient. Une fois il prend le volant, une fois c'est moi. S'il s'approche d'une porte, je me mets derrière prêt à taper au cas où quelques anciens locataires revanchards chercheraient à lui faire la peau. J'ai parfois un peu l'impression d'être devenu l'ombre de Chuck, mais ça me dérange pas. Y a pire destin par les temps qui courent. On a fait un voyage, puis deux, puis trois à Ekron. On a été au lycée d'Otis et Tucker. J'y suis allé, mais pas très longtemps. J'avais pas vraiment le niveau. Je me souvenais de la bibliothèque pour m'y être caché quelques fois. Y avait tellement de bouquins, mais on a pas trouvé ce qu'on était venu chercher. Y a des jours avec et des jours sans. Rebelote le lendemain, on mange quelque chose, on vérifie les sacs et puis on repart.

Cette fois, on a été en ville pour trouver une librairie dont Chuck connaissait la localisation. Là aussi on s'est retrouvé bredouille. En repartant, j'ai vu un magasin de chasse et pèche donc on s'est arrêté. Il est parti dans une direction et moi dans une autre avant me rejoindre pour faire le plein d'armes et de munitions. Quand on est sortis, la voiture était plus là. J'avais laissé les clés sur le contact, qui allait nous voler ? Un Zed ? Elle était quelques mètres plus loin et déjà Chuck se dirigeait vers notre véhicule que soudain j'ai entendu quelqu'un crié. J'ai pas compris, y a une marée de Zeds qui a débouché d'une allée et tout ce que j'ai vu c'est la silhouette d'un géant à la longue chevelure flottant au vent. J'ai pas eu le temps de lui jeter un bon coup d'oeil que Chuck me hurlait de rentrer dans la voiture en disant qu'on était compromis. Compromis ? On venait de croiser un survivant pour la première fois depuis des jours et la seule chose qu'il trouvait à faire c'était de crier au meurtre en barricadant la maison.

Quand on est reparti à Ekron le lendemain, y avait un tas de corps sur la route avec un message. J'ai un peu mieux compris pourquoi Chuck était si réticent à avoir un premier contact. Et s'il ne nous voulait pas du bien ? J'ai très vite changé d'avis en voyant qu'il nous avait laissé un cadeau devant la porte. Chuck était tellement remonté qu'il a passé la nuit à observer la fenêtre. Pareil le lendemain, cette fois une biche! On venait de ramener de la dinde, ça allait nous remplir le frigo. Quel genre d'horrible personne ferait des cadeaux pareils ? Ca ne pouvait qu'être un chic type!

Je me demande si je devrais me laisser pousser les cheveux moi aussi ?

Quand j'ai dépecé la bête, j'ai entendu un bruit de portière. En rentrant dans la maison, j'ai vu son ombre qui fuyait avant de l'entendre tomber au sol dans notre jardin. S'il avait voulu nous faire du mal, il aurait eu tout loisir de me briser la nuque sous le couvert de la nuit.

Le vieux McCoy lui a donné rendez-vous au matin. Il parle de se préparer, me gronde dès que je referme pas à clé derrière moi. Je comprends pas pourquoi il est si stressé par cet inconnu.

Je crois qu'il se sent seul. Moi aussi si j'avais pas trouvé Chuck je me serais senti seul.

1993-07-14 “Une communauté en devenir ?”


Un deuxième groupe de survivants est passé devant chez nous, en direction d’Ekron.

Nous avons pris le temps de les approcher et d’établir un premier contact. La rencontre s’est plutôt bien passée. Ils sont trois. Des types un peu particuliers… plutôt du genre à tout garder et à accumuler le moindre objet qui leur passe sous la main.

Mais ils ont l’air débrouillards et, surtout, ils semblent savoir rendre service.

L’un d’entre eux nous a notamment aidés à installer un groupe électrogène à la maison. Une vraie amélioration.

Nous avons maintenant de l’électricité, et surtout un accès à l’eau sécurisé.

Après plusieurs jours à dormir sur nos deux oreilles tout en gardant un œil sur les fenêtres, ça fait du bien de retrouver quelque chose qui ressemble à un semblant de confort.

Je commence à me dire qu’on ne s’en sortira peut-être pas seuls.

Les gens sont encore capables de s’entraider.

C’est probablement l’une des rares bonnes nouvelles depuis que tout a commencé.

1993-07-14 “Un premier contact”


L’inconnu a laissé un mot ce matin.

Avec de la viande.

Une quantité respectable, et surtout une preuve qu’il cherche peut-être réellement à établir un contact plutôt qu’à nous attirer dans un piège. Après tout, il aurait très bien pu se contenter de rester dans son coin.

J’ai pris le temps de lui répondre.

Je lui ai proposé un rendez-vous demain, à l’aube au niveau de la route en face de la maison, Buck sera en support au premier étage.

On verra bien ce que ça donne.

Je resterai prudent. La viande est une chose, la confiance en est une autre.

Mais dans ce nouveau monde, il va peut-être falloir apprendre à distinguer les menaces des alliés.

Demain, nous saurons peut-être dans quelle catégorie placer cet homme.

1993-07-13 “Call Of The Wild”


Je ne sais pas si écrire a encore un sens. Mais l'homme a toujours écrit quand il avait peur. Peut-être justement parce qu'il avait peur.

Ce petit bunker m'aura finalement servi à quelque chose. Je le savais inoccupé, probablement construit en cas de tornade, sans jamais imaginer que je finirais par m'y réfugier pour attendre de savoir si le monde extérieur était encore habitable. La radio diffusait des informations de plus en plus incohérentes avant de se taire. Les premières rumeurs parlaient d'émeutes, de malades agressifs, puis de morts qui se relevaient. J'ai arrêté la radio.

Il y a une limite à ce qu'un homme peut entendre avant de commencer à inventer des monstres dans chaque bruit.

Puis je me suis regardé.

  • Short.
  • Chaussures.
  • Lunettes.
  • Chapeau.
  • Pas de chemise.

Il y avait quelque chose de ridicule dans cette image.

J'ai pensé à Thor. Puis j'ai pensé qu'il avait probablement une armure. Alors j'ai gardé le short.

Il me fallait partir. Cet abri n'avait pas été entretenu pour subsister plus longtemps. J'ai donc traversé les bois en direction de la petite ville la plus proche. Quelques heures de marche seulement, si l'on se fie à une carte, mais beaucoup plus lorsque chaque clairière doit être observée avant d'être traversée et que le moindre bruit provenant d'une route peut annoncer une mauvaise rencontre. Mes années passées à travailler dans les parcs m'ont été plus utiles que tout ce que j'avais pu apprendre dans ma vie précédente. Lire le terrain, trouver de l'eau, reconnaître les plantes, improviser un abri ou simplement comprendre quand il vaut mieux faire demi-tour : tout cela semblait autrefois relever du loisir ou du métier. Aujourd'hui, ce sont des connaissances de survie.

J'ai commencé à récupérer ce que je trouvais sur mon chemin, dans les maisons abandonnées, les champs et les bois. De la nourriture, quelques outils, des morceaux de tissu, de la corde, des graines et tout ce qui pouvait avoir une utilité future. Je me suis également débarrassé de plusieurs rôdeurs isolés. Je n'éprouve aucune fierté à les tuer, mais je ne peux pas me permettre de les laisser derrière moi. J'ai longtemps pensé que l'homme devait apprendre à vivre avec la nature plutôt qu'à la dominer. Je suppose que je suis en train d'apprendre la même leçon avec ces choses-là.

J'ai toutefois évité une véritable horde. Je l'ai aperçue avant qu'elle ne m'aperçoive, et je n'ai pas commis l'erreur de vouloir jouer au héros. Il y avait beaucoup trop de morts pour qu'une lance, aussi bien préparée soit-elle, puisse faire la différence. J'ai simplement quitté le secteur et attendu que le danger passe. C'est peut-être ça, finalement, la véritable sagesse : savoir quand combattre et quand accepter que la meilleure victoire consiste à ne pas livrer bataille.

Depuis que tout a commencé, je repense souvent à mes origines, aux légendes de mes ancêtres. Ma famille est venue d'Europe bien avant ma naissance. Pourtant, lorsque le confort disparaît et que l'on ne possède plus que ce que l'on peut porter sur son dos, certaines vieilles histoires prennent une autre dimension. Peut-être que Ragnarök n'était pas une prophétie aussi absurde que je le pensais. Peut-être que chaque civilisation finit simplement par retourner à quelque chose de plus élémentaire.

L'équilibre de ce monde me semble également moins abstrait qu'avant. Toute rupture implique un nouvel équilibre, toute destruction contient la possibilité d'une reconstruction. Même les textes bibliques parlent de la poussière vers laquelle nous retournons. Nous passons notre vie à accumuler des choses pour finalement découvrir qu'il suffit d'un événement pour que tout cela disparaisse.

Je préfère ne pas chercher à donner un sens trop précis à ce qui arrive. Je ne crois pas aux récompenses ni aux punitions divines. Je vois plutôt cela comme la conséquence naturelle de nos choix. Alors je vais essayer de choisir correctement, aussi longtemps que j'en serai capable.

Aujourd'hui, j'ai trouvé un grand van abandonné près d'une station-service. Les clés étaient encore à l'intérieur et, contre toute attente, le moteur a démarré. J'ai vérifié ce que je pouvais, chargé mes affaires et pris la route vers l'ouest.

Ekron est désormais mon objectif.

J'ai trouvé un vieux flyer pour une boutique de chasse et de pêche qui s'y trouve. C'est une publicité parfaitement dérisoire dans un monde pareil, mais je l'ai conservée. Elle représente quelque chose d'assez étrange : quelqu'un, quelque part, pensait encore que les gens auraient besoin d'acheter du matériel de plein air.

Je suppose que je vais bientôt savoir si cette personne avait raison.

Le van roule encore, le soleil descend derrière les arbres et je n'ai toujours aucune idée de ce que je trouverai à Ekron.

Pour l'instant, je suis vivant.

Et tant que mes jambes, mon esprit et cette vieille machine voudront bien continuer à avancer, je n'ai aucune raison de m'arrêter.

1993-07-13 “L’inconnu à la camionnette rouge”


L’inconnu a tenté plusieurs fois de nous contacter.

Je ne sais toujours pas ce qu’il veut.

Quand nous dormons, il vient déposer des choses sur le porche. De la nourriture, quelques bricoles… Rien de vraiment dangereux à première vue. Mais je ne sais pas comment interpréter ça. Après avoir essayé de voler notre voiture, je ne vais certainement pas commencer à lui faire confiance parce qu’il laisse des cadeaux devant notre porte.

Je le vois aussi rôder dans le quartier.

Toujours avec sa camionnette rouge.

Il reste à distance, observe la maison, puis disparaît avant que nous ayons le temps de l’approcher. Il cherche quelque chose. Ou quelqu’un.

Dans tous les cas, je n’aime pas ça.

J’ai laissé le fusil à pompe à portée de main. Un vieux double canon. Simple, fiable, et suffisamment dissuasif pour faire comprendre à quelqu’un qu’il vaut mieux garder ses distances.

S’il tente encore quelque chose, je serai prêt.

Je préférerais éviter d’en arriver là. Nous avons déjà assez de problèmes sans commencer à nous tirer dessus entre survivants.

Mais s’il franchit la limite…

Il saura à qui il a affaire.

1993-07-13 “Mission : Station de pompiers”


Thorgar est le dude le plus cool que j'ai jamais rencontré!!!! Il a rappliqué couvert de sang (ew), torse nu et désarmé, totalement détendu face à deux inconnus armés le dévisageant. Quand Chuck a pris le temps de lui parlé, il s'est vite détendu. Après avoir passé des heures à me sermonner sur le fait de bien fermer la porte à clé derrière moi, voila qu'on a un troisième coloc dans la maison. Ca fait pas de mal un gars un peu plus jeune.

On a même rencontré d'autres gens. Deux types qui avaient des bouquins nous intéressant, on a échangé quelques vivres contre des bouquins. Peut-être que si on ne les avait pas croisé on serait plus là pour en parler.

On était partie à la station de pompier avec Thorgar et Chuck quand on a découvert une horde entassée autour du bâtiment. Bien entendu, le bruit clinquant de la bagnole avait réussi à ramener une partie des Zeds de la ville. J'ai perdu Thorgar de vue un instant tandis que Chuck me donnait des indications pour l'aider. Un tas informe de mains tordues et de dents putrides cherchaient à lui croquer la nuque. J'ai du faire le tour du pâté de maison pour arriver à semer deux-trois Z qui me collaient à la semelle quand j'ai entendu les coups de klaxons.

Hastos était là pour nous sauver.

Il a fait le tour de la ville pour éloigner vague après vague pendant qu'on nettoyait la zone comme on pouvait. L'odeur devant la station était indescriptible. Une puanteur incomparable à tout ce que j'ai pu connaître jusqu'alors. La chaleur moite et rance des corps en décomposition, le sang séchant sur l'asphalte au soleil couchant. Mais, on a trouvé ce pour quoi on est venu : des haches de pompiers.

On s'est posés à trois dans le hangar principal après avoir fait le tour du bâtiment avec Hastos. Au petit matin je suis parti en quête d'une nouvelle bagnole jusqu'à ce que j'entendes le ronronnement de notre tas de ferraille. Chuck était au volant. J'ai couru comme jamais pour pas qu'ils m'abandonnent là, en sautant dans la bagnole j'ai entendu un rire chaleureux. Je sais pas de quoi j'avais peur semblerait qu'il soit pas prêt à me lâcher ce bon vieux McCoy.

1993-07-13 “Un nouvel allié”


Bon…

La rencontre s’est plutôt bien passée avec Thorgarr.

Il nous a expliqué pourquoi il nous suivait depuis plusieurs jours. Il se méfiait de nous, tout simplement. Après ce qui s’est passé, je peux difficilement lui reprocher d’être prudent. Il assure qu’il n’avait aucune mauvaise intention à notre égard.

Après avoir discuté avec lui, je dois reconnaître qu’il a l’air plutôt normal.

Enfin… aussi normal qu’un type qui passe son temps torse nu puisse l’être.

Il connaît bien la nature et semble savoir se débrouiller dehors. Il n’est pas bien épais, loin de là, mais il compense visiblement par ses connaissances et son expérience.

Je pense qu’il pourra être un bon atout pour le groupe.

Nous sommes trois maintenant, ce n’est pas grand-chose, mais c’est toujours mieux que d’être seul.

Et dans la situation actuelle, chaque personne capable et de confiance compte.

1993-07-12 “Un refuge fragile”


Nous avons trouvé une maison qui semblait suffisamment solide et, surtout, suffisamment éloignée des grands axes. Avec Buck, nous avons décidé de nous y installer.

Pour l’instant, ça fera l’affaire.

Nous avons commencé à explorer Ekron, ou du moins ce qu’il en reste. La ville n’est pas bien grande, mais il y a quelques ressources intéressantes. Nous avons notamment repéré une école et une caserne de pompiers. Il y a aussi quelques animaux dans les environs.

Ce n’est pas grand-chose, mais avec un peu de travail, on pourrait peut-être en faire quelque chose de durable. Une base correcte. Un endroit où dormir sans avoir à reprendre la route tous les matins.

Ça me paraît être la meilleure option pour le moment.

Le lendemain, nous avons décidé d’explorer l’autre côté d’Ekron, au-delà de la voie ferrée.

Ce n’était pas glorieux.

Peu de ressources, beaucoup de maisons abandonnées et toujours ces saloperies qui traînent dans les rues.

Mais le plus inquiétant n’a pas été les morts.

Nous avons croisé un type.

Un homme torse nu, les cheveux longs. Il avait l’air complètement paumé. Il s’est approché de notre voiture et a essayé de la voler. Quand je l’ai surpris, il a fait demi-tour avant de se mettre à hurler :

« Ils sont trop nombreux ! »

J’ai réussi à récupérer la voiture et, évidemment, nous ne sommes pas restés pour discuter. Avec Buck, nous avons déguerpi aussi vite que possible.

Ce type était bizarre.

Et plus j’y pense, plus je me demande s’il ne nous suivait pas depuis un moment.

C’est bien notre chance.

Nous avons déjà ces choses à gérer, la nourriture, l’eau, les blessures, les déplacements… et maintenant il faudrait aussi se méfier des autres survivants.

Je préfère ne pas prendre de risques.

J’ai commencé à barricader la maison. Rien de sophistiqué pour le moment, mais suffisamment pour ralentir quelqu’un qui voudrait entrer.

On ne sait jamais de quoi ce type est capable.

Et je commence à comprendre qu’ici, les morts ne sont peut-être pas notre seul problème.

1993-07-11 “Le début du chemin”


Je m'étais arrêté au motel pour me mettre à l'abri la nuit, juste le temps de reprendre mes esprits. Quand je me suis réveillé, me restait plus que mes vêtements sur le dos. Aucune trace du flingue à Pa', mon sac et tout ce qu'il contenait.

En sortant de ma chambre, je suis tombé sur Chuck. Un gars de la région qui semblait aussi déboussolé que moi. Il m'a dit qu'il descendait la KY-60 sans même se retourner. J'avais rien de mieux à faire, donc je l'ai suivi.

Je l'ai rattrapé dans un magasin d'armes, il m'avait laissé quelques trucs de côté. Je suis tombé sur les clés d'une voiture en pas trop mauvais état et j'ai suivi les corps. Dans le second magasin, il m'avait laissé dans un coin un sac et des affaires pour me changer. Je lui ai annoncé que j'avais une bagnole, il m'a demandé si j'allais à Ekron. Je lui ai dit que oui. Ca fait du bien d'avoir un but.

J'ai pris le volant en suivant ses instructions, je lui ai pas dit que j'étais un peu dangereux dans une voiture. Mais bon, je m'occupais bien des tracteurs à la maison, ça doit compter pour quelque chose.

Malgré cette collaboration de quelques heures, j'ai bien cru que j'allais le perdre dans le quartier résidentiel. J'ai vu le Zed l'attraper à l'échine et le sang couler. Je pense que lui comme moi on a cru qu'il allait pas s'en remettre. Mais il est coriace le vioque, il s'est faufilé jusqu'à une maison et on y est restés la nuit.

Elle est pas trop mal la survie avec Chuck. Il me rappelle un peu mon daron. Avec les cheveux sacrément plus longs. C'est le genre de type qui donne des ordres et qui sait ce qu'il fait. Ca me fait du bien de pas trop réfléchir à la suite. On se contente d'avancer, vider des baraques, coucher des Z.

On est tombé sur une grande maison de survivant à la nuit tombante. Après avoir sécurisé la zone on s'est installé pour la nuit. Peut-être que ça sera nos QG pour les jours qui viennent. En tout cas, on dort loin de la puanteur des corps en décomposition et c'est un luxe dont je ne peux me plaindre.

1993-07-09 “Le jour où tout a changé”


Je me suis réveillé ce matin dans le motel où j’avais passé la nuit, de retour de Brandenburg. J’y étais descendu pour chercher de nouveaux contrats après le passage de la tornade. À l’époque, c’était encore ça qui me préoccupait : les dégâts, les exploitations à remettre en état, les équipes à organiser.

Ma voiture avait disparu.

Volée.

J’ai eu beau faire le tour du parking et demander au gérant, rien à faire. Comme si ce n’était pas déjà assez compliqué avec tout ce qui se passe dehors.

Il restait un autre client au motel. Un jeune gars, plutôt désœuvré, mais qui m’a l’air débrouillard. Pas vraiment le genre à rester les bras croisés en attendant que les choses s’arrangent. Il est manuel, ça se voit. On a discuté un moment et, plutôt que de chacun partir de son côté, on a décidé de faire un bout de chemin ensemble.

On a pris la direction du sud à pied.

Un peu plus loin, on est tombés sur un magasin de chasse et d’armes. Dans les circonstances actuelles, ça aurait été idiot de passer notre chemin. On a récupéré de quoi nous défendre et quelques fournitures utiles.

Puis Buck a trouvé une voiture encore en état de rouler.

Une vraie chance.

Plus besoin de marcher.

Nous avons pris la KY-60 vers le sud, histoire de voir jusqu’où la route pouvait nous mener et surtout de comprendre ce qui se passait réellement. En chemin, nous avons fait quelques haltes dans des maisons isolées pour chercher de quoi manger et boire. Nous avons passé les nuits dans certaines d’entre elles, en essayant de dormir quelques heures avant de repartir.

C’est difficile à décrire.

Toutes ces maisons vides.

Des pièces encore pleines des affaires de leurs occupants, des photos sur les murs, des vêtements dans les placards… mais plus personne pour les utiliser. Et dehors, ces choses.

Elles sont partout.

Elles ont pris la place de nos voisins, de nos collègues, de nos amis.

Je ne sais pas ce qui est arrivé aux gens que je connais. Je préfère ne pas y penser pour le moment.

Vu leur nombre, continuer vers le sud ne me paraît pas être la meilleure idée. Nous avons donc décidé de bifurquer vers l’ouest, en direction d’Ekron.

C’est une petite bourgade. Il devrait y avoir moins de monde là-bas.

Et, avec un peu de chance, moins de ces choses aussi.