Journaux

1993-11-14 “Du taff, un canadien, les jours qui se répètent”


Ca fait déjà deux semaines que je n'ai rien écrit dans ce journal. Il était coincé sous le pieds de mon établi dans la grange. A force de bosser comme un forcené, je devais plus réfléchir correctement et je l'ai mis là comme cale. Faut dire, depuis que je suis arrivé dans cette espèce de communauté un peu étrange, j'ai pas eu une seconde à moi. Même blessé! Je bosse tellement que cette foutue jambe veut pas guérir. Au moins, on a pas dû l'amputer. J'ai eu un peu peur pendant une seconde.

Il avait l'air adorable le Denis avec son accent mignon, sa moustache parfaitement entretenue et ses airs de bougre au grand cœur. Mais, en vrai, c'est un bourreau! Un tortionnaire! J'ai fini de retaper la grange en un temps record. Je sais pas si elle tiendra bien longtemps, mais il fait enfin chaud dedans! On est allé à Coalfield, l'attraction touristique au nord-est de la maison récupérer un poil à bois. On a démonté l'affaire et puis on l'a mis dans la benne de la camionnette. J'avais vu une magnifique peau de vache dans la maison qu'on venait de piller et une tête de cerf. C'est con, mais quitte à survivre à l'apocalypse dans notre grange de fortune, autant le faire avec un certain style.

Dans notre duo avec Denis - parce que oui, à bosser autant pour ce gars que je connais à peine je considère qu'on est un duo - c'est pas moi le penseur. J'écoute, j'observe et j'apprends. Denis, lui, il a l'air de s'y connaître en survie. Lors de notre seconde excursion à Coalfield, je l'ai perdu de vue dix minutes, quand je l'ai retrouvé il était recouvert de sang et dans son sillage je crois qu'il venait d'éradiquer une lignée entière de parfaits inconnus venu découvrir les joies de l'histoire de la région. Tout ça, avec le sourire. Je me demande si sous ses airs niais de canadien, c'est peut-être bien un sociopathe. Ou alors, il cherche juste à me rassurer. Je sais pas, est-ce j'ai l'air affolé ? J'ai pas osé lui dire que j'étais rentré dans une maison et que j'étais aussi tôt ressorti en courant en voyant un Z allongé sur le sol à côté du lit. On a finit de vérifier la reproduction de la ville au peigne fin pour trouver des choses utiles pour la maison avant de rentrer.

J'ai croisé Hunter pour la première fois. Pas un mauvais bougre, même s'il faudrait peut-être lui apprendre à interagir avec des humains. Il avait l'air pas content que je traine près des animaux ou de la grange. Je sais pas. En tout cas, je sentais qu'il était pas vraiment heureux que je sois là. Il est quand même resté cordiale. Ma' m'a appris de bonnes manières donc j'ai pas bronché. En tout cas, pour le moment, Bruce et Denis sont beaucoup plus sympa. Je vais essayer de pas trop me trouver dans le chemin de Hunter. Il a l'air pas commode, j'aurais pas envie qu'il me prenne en grippe. Enfin, il est pas resté trop longtemps donc l'ambiance est redevenue rapidement pareille que d'habitude. C'est dingue de ce dire qu'en deux petites semaines j'ai réussi à m'habituer à cet endroit. Je connais pas ces gens, cette vie et pourtant je deviens silencieusement une partie du groupe.

Il faut que je fasse mes preuves.

Je commence à me dire que Denis me refourgue la besogne que personne veut faire dans le coin. Il m'a demandé si je savais coudre, je lui ai dit que j'étais pas incroyable, mais Ma' m'a enseigné comme rapiécer une chemise. J'aurais peut-être pas lui dire, il s'est ramené avec un sac de tissu et m'a demandé de rapiécer des trucs. Le sac dégageait une puanteur insoutenable, ça avait pas l'air de le déranger. Je me demande même si son nez fonctionne encore. J'ai décidé de prendre le van devant la grange pour aller laver tout ce tissu au ruisseau d'à côté, il m'a jeté un regard étrange et s'est installé sur le siège passager. Il a pas dit un mot du trajet, l'ambiance était étrange. Y en avait du foutu tissu, tellement de tissu, c'est à se demander combien de personnes ils ont dû dépouiller pour en avoir autant. C'est peut-être plus simple de pas y penser.

J'ai vu un morceau de chemise avec des boutons de manchette qui ressemblait étrangement à la chemise de Pa'. Je me demande ce qu'il est devenu d'eux. Parfois, je me demande si un de ces survivants aguerris chez qui j'ai atterri les a pas sorti de leur tourmente. Je suis pas certain d'avoir envie d'avoir la réponse.

Après des jours de labeur acharné sur la grange, voila que je me retrouve assis sur une peau de bête à coudre jusqu'à loucher. Je crois que je suis trop bonne poire et qu'il en profite un peu le Denis. Je le vois à gauche et à droite, toujours affairé à quelque chose. Toujours à me demander quelque chose puis me laisser réaliser la tâche avant de revenir me demander autre chose. Il a dans l'idée de se faire une armure d'os. Un truc pas trop compliqué, censé limiter notre chance de nous faire mordre. Je lui ai pas dit qu'on dirait une idée sortie de Mad Max. J'ai trop peur qu'un gars du trio décide de me foutre à la porte que pour aller contre ce qu'on me demande. Ca fait que deux semaines, mais j'ai déjà pris goût aux petits plats préparés et à la chaleur d'une maison chauffée.

Je me demande ce que Bruce va nous faire à manger ce soir. J'ai un peu faim.

1993-11-14 “Je crois que j'ai pas que des fans dans le groupe”


Hunter était là ce matin. C'était bizarre de le croiser dans la maison. Il m'a salué puis il a continué sa conversation avec Denis comme si j'étais pas là. Je me sentais con planté là. Alors, je me suis lancé dans mes tâches de la journée. Si Ma' et Pa' me voyaient, ils ne me reconnaitraient pas. Dans ce nouveau monde, y a plus de jeux vidéos ou de vidéo store pour passer son temps à rien faire.

Il a commencé à neiger! C'était magique! Mais très vite, la réalité nous a rattrapé. L'air est devenu glacial, j'étais bien content de m'être cousu une combinaison pour me tenir au chaud. Denis aussi n'avait pas l'air trop dérangé. Faut dire que de la où il vient, il doit avoir l'habitude d'une météo pareille. Hunter, de son côté, semblait frigorifié. Il avait soudainement l'air bien content que je sois là quand je lui ai allumé un bon petit feu en lui montrant l'espace de séchage de la grange. Il est pas très bavard, mais j'ai l'impression qu'il commence doucement à s'habituer à moi.

Denis veut une armure d'os. C'est un fait. Une mission et le centre de mes journées. J'ai commencé à coudre des petits trucs ci et là et graver des os pour prendre la main. Denis a ramené de nouveaux sacs de tissus puants. J'ai rempli la benne du camion et je suis parti les laver. Je les entendais parler avec Hunter, mais ça semblait pas me concerner donc je suis resté à distance pour pas m'immiscer. J'ai fait un tour à la rivière pour nettoyer mes sacs de tissus et quand je suis revenu, ils étaient plus là. Y avait un petit mot qui m'indiquait leur destination en me disant de les rejoindre.

Quand je suis arrivé, y avait des zombies partout. J'ai éclaté le parebrise de la bagnole en écrasant un Z dont le bras a traversé la vitre. Je suis arrivé en fanfare et quand je suis sorti de la camionnette j'ai du en découdre. J'ai pas la forme comme les deux autres, ça m'a épuisé. J'ai retrouvé Hunter dans un garage, il m'a regardé bizarrement. Lui aussi semble ne pas apprécier que j'utilise le camion, pourtant il a rien dit. J'ai voulu faire une blague, mais je pense que c'est pas passé. De toute façon, j'ai l'habitude de me parler à moi-même.

On a fait le plein de ressources, Denis et Hunter semblent posséder une coordination quasi militaire. Pour rire, j'ai lancé un "FBI, open up!" quand un des deux à ouvert une porte. Vu le regard glaçant que je me suis pris, je pense que c'est plutôt mal passé. En allant chercher ma voiture, j'ai été rattrapé par une bande de Z que j'arrivais pas à repousser. Soudainement, sorti de nulle part, Hunter est arrivé avec sa batte. J'avais jamais vu ça. Je me demande s'il était pas joueur de baseball dans une autre vie. Il a déboité la mâchoire d'un, défoncé le crâne de l'autre. J'aimerai pas être de l'autre côté de sa batte.

En rentrant, Hunter m'a fait une queue de poisson. Je crois qu'il essayait de me faire faire une sortie de route. Honnêtement, j'avais trop peur de lui en toucher un mot, donc en sortant du camion j'ai rien dit.

Je commence à me dire qu'il m'apprécie pas beaucoup.

Une fois que j'ai eu vidé la benne de mon camion, les bras pleins de rouleaux de tissus, je me suis directement lancé sur la préparation de l'armure. J'ai commencé par couper des chutes, mesurer l'étoffe, tracé quelques marques avant de toucher aux os soigneusement rangé dans une caisse. Je sais pas qui occupait cet atelier avant moi, mais ça devait être quelqu'un de minutieux. Contrairement à moi qui jette tout sans regarder où ça tombe. Alors que j'étais en train de préparer les os, Hunter a appelé tout le monde pour passer à table. Denis a installé la table, Bruce est sorti de je ne sais pas où et Hunter a amené les plats. Malgré le froid canard, on s'est retrouvé dehors, un repas chaud, une part de tarte et un verre d'alcool pour se détendre après une autre journée fructueuse. Une autre journée où on a survécu.

Peut-être que dans le fond, je commence vraiment à faire partie du groupe.

1993-10-29 “Une clou, une planche et une jambe cassée”


J'étais pas peu fière en voyant la baraque branlante en me levant ce matin. Bon, j'ai des courbatures partout, jusqu'à mes fesses, mais c'est moi que j'ai fait ça!

J'ai croisé brièvement Denis, mais je suis directement reparti travailler dans la grange. J'ai une furieuse envie de finir ce fichu projet. Ici, je mange à ma faim, je me découvre de nouvelles compétences. Je suis parti ce matin couper du bois. Du bois! Juste comme ça, une hache à la main et voila. Ca a été une plaie de tout ramener jusqu'à la grange, mais je l'ai fait tout seul. Puis, j'ai commencé à colmater les trous à l'étage. C'est usant, un brin répétitif, mais plutôt agréable. Faut dire qu'avec les trous de tous les côtés, il fait un froid de canard dans cette foutue grange et à chaque nouveau mur placé on se sent un peu mieux à l'intérieur.

La musique me manque un peu. On entend que les animaux gueuler du matin au soir. Je me serai jamais imaginer vivre dans une ferme avant, mais semblerait que ça me corresponde pas trop mal. Je dirais pas non à un petit morceau de Fleetwood Mac, même un vieux cd qu'écoutait mes parents. En attendant, je chantonne pour moi-même dans mon coin. Je me sens moins au bord du craquage, j'ai presque arrêté de me parler à moi-même. Après, je les croises pas beaucoup les autres pour le moment, puis je suis de bonne compagnie. J'essaye de faire attention quand ils sont autour.

Par contre, y a personne qui m'a entendu beugler à la mort quand je suis tombée de ce foutu escalier! J'ai bien cru que j'allais y passer. Y avait du sang, peut-être même que j'ai vu l'os, je suis pas certain, mais ça faisait si mal qu'il a commencé à faire tout noir. Tout noir en plein jour. Ca aurait été une mort conne. Ca fait même pas trois jours que je remange à ma faim, que j'ai un toit au dessus de la tête et je serai mort comme un con parce que j'avais fait le mariol sur un escalier tenu par deux clous et mon incapacité chronique à bouger mes dix doigts.

Y a personne qui est venu. Aucune idée d'où qu'ils sont tous, mais j'ai du me trainer jusqu'à une caisse où j'ai trouvé du tissu qu'avait l'air pas trop sale pour atténuer le saignement. Sinon, ils allaient me retrouver là, vider de mon sang au pied d'un escalier de malheur.

Aujourd'hui, je sors plus de cette maison, je vais profiter d'une journée de repos et ils ont pas intérêt à rigoler quand ils vont me voir avec ce bandage de fortune et cette attèle tenue par le désespoir.

Peut-être qu'il faudrait que je demande à quelqu'un de regarder ma blessure. Je risque pas de crever d'un truc pas top moi ?

1993-10-26 “Un caribou, du travail et de la fatigue”


J'ai du me méprendre quelques part. Je me suis levé pour la première fois depuis longtemps le ventre plein, plus d'énergies que les dernières semaines. Je me suis trainé jusqu'à la cuisine où Denis m'attendait déjà avec une assiette tiède. Faut croire qu'on se lève tôt par ici.

On est monté dans sa voiture, il m'a amené en excursion avec lui et j'ai suivi sagement. Je pense que j'ai du pousser un cri quand soudainement des zombies ont entourés sa voiture, mais je me suis pas évanoui !

Sur le chemin du retour, il m'a demandé en quoi j'étais doué avec son accent à couper au couteau et ses grands mouvements des mains pour se faire comprendre. Pas grand chose honnêtement. J'imagine que jouer à des jeux d'arcades ça sert plus à grand chose dans cette vie ci. Il m'a amené à la grange et m'a expliqué deux trois choses. J'ai remarqué les tombes dans le jardin, mais j'ai rien dit. J'avais beau essayé de ne pas le regarder, la terre labourée n'avait de cesse d'attirer mon regard.

On a croisé Bruce, il était sympa. Un mec carré avec du vocabulaire et des airs du coin. Une histoire folle! Se réveiller d'un lendemain de soirée tout droit dans l'apocalypse, il est rock and roll. J'ai pas trop parlé de ce qui m'était arrivé, c'est moins glorieux. Puis, dans le fond, je les connais pas vraiment.

Denis, c'est pas un mauvais bougre, mais je le connais pas assez pour trop savoir comment lui parler. Pour le moment, il a des airs de golden retriever déprimé. Je crois que je voulais lui remonter le moral, c'est pour ça que j'ai pris le marteau l'air faussement serein. Si Ma' pouvait me voir, elle pleurerait de rire. Pourtant, j'ai pas peu fait le fier quand il est revenu une heure plus tard en me disant que c'était pas trop mal. Bon, rien avoir avec la qualité du travail du précédent locataire des lieux, je crois même que j'ai monté que des murs troués cette après-midi là, mais ça tenait. C'est déjà ça.

En vrai, plus j'écris plus j'ai mal. J'ai les mains qui crampent tellement j'ai plantés de clous aujourd'hui. Chaque fois que je voulais m'asseoir où me cacher dans un coin, soudainement Denis apparaissait comme un clébard des enfers venu me forcer à travailler. C'est pas une vie! On a bientôt fini la bergerie et le premier étage est presque colmaté. Si on continue comme ça je vais mourir de fatigue avant de me remplumer!

J'ai gober mon assiette plus que ce que je ne l'ai mangé ce soir. J'aimerais continuer à me plaindre, mais je suis épuisé.

1993-10-24 “Des survivants, de l'espoir et un ventre plein”


Je raconte vraiment n'importe qu

Hier, j'ai cru humer les effluves enivrantes d'un burger. Je commence à me demander si je suis pas en train de perdre la tête.

Pa' et Ma' m'ont dit de les attendre, j'ai fini par perdre le fil. Ca fait combien de temps? Une semaine? Deux? Ils sont où ? Je commence à avoir faim moi. J'espère qu'ils se sont pas perdus.

J'ai faim. Faim comme j'ai jamais eu faim. Faim au point de me demander si je pourrais pas vivre sans un morceau de ma main, voir un doigt. Honnêtement, même s'il est plus court, c'est le pouce qui a l'air le vachement plus alléchant.

Ce matin, j'ai du me rendre à l'évidence, il y avait plus rien à boire. Ca fait des jours que j'ai plus rien à manger. Même les souris qui infestaient les murs ont disparues. Rester dans cette cave, c'était une lente mise à mort. J'ai laissé un mot derrière moi, la direction général dans laquelle je comptais aller.

Tout est bruyant. Si bruyant.

Quand j'ai finalement réussi à ouvrir la porte, j'ai été aveuglé par la lumière du jour, les sons, les odeurs. Tout était insoutenable. J'étais tellement désorienté que je n'arrive même pas à me souvenir combien de temps je suis resté là à contempler la rue de mon enfance, puis le silence. Pas un bruit, pas une âme. Personne.

C'est la faim qui m'a poussé à avancer, la peur aussi. J'ai entendu des coups de feu au nord-ouest, y avait pas le choix, j'ai rebroussé chemin pour partir en sens inverse.

Je sais pas combien de temps j'ai marché. J'ai l'impression d'avoir perdu la fin de ma lucidité. J'ai l'impression d'avoir erré des jours, mais peut-être que pas du tout. J'ai finalement reconnu une odeur, quelque chose de différent. Pas une odeur acre de sueur, ni la putréfaction se dégageant d'un zombie. Non, quelque chose de doux, de fragrant, comme le poulet roti du dimanche matin que Ma' préparait après avoir visité l'église.

J'ai pas réfléchi. Faut dire, mes profs d'école aimaient bien me dire que je réfléchissais pas beaucoup.

J'ai remonté l'allée, fouillé une carcasse de voiture et trouvé un fusil. Je sais même pas comment on charge cette affaire, mais je l'ai pris. Même si je sais pas comment me défendre, j'allais pas en plus avoir l'air sans défense! C'est un peu tremblant que je suis arrivé à la barrière, je pointais mon fusil partout jusqu'à ce qu'un gars avec une moustache impeccable et un drôle d'accent m'accoste. J'ai pas eu le temps de comprendre qu'il pointait son arme sur moi et pour sur la sienne devait être chargée! Il tirait une drôle de mine, je sais pas, il avait l'air triste. Quand j'ai fini par déposer le fusil en lui disant que je l'avais trouvé dans l'allée, il m'a dit de le suivre dans la maison. J'avais beau crever de trouille, j'avais encore plus faim. Quand je suis rentré dans sa maison, leur maison, je me suis rendu compte que je devenais pas fou. Y avait un rôti qui refroidissait dans le four et de la nourriture plein le frigo. Puis de l'électricité! Denis m'a servi une assiette bien généreuse en me parlant des trois autres gars avec qui il vit, il m'a donné un endroit où dormir et j'ai pas posé de question sur le tas de terre fraiche au fond du jardin. J'arrive qu'à penser au petit-déjeuner malgré mon estomac plein à craquer.

1993-10-23 “Jed”


L’hiver va être long c’t’année.

Chus pas vraiment certains comment qu'tout ça est arrivé, ça faisais que'que jour que j'me sentait ben mieux, pu de fievre, la cicatrice au cou devenais solide faque avec Jed on est parti pour Mapplewood, pour que'que provisions, des livres, de quoi passer l'hiver au calme pis au chaud.

Mapplewood c'est pas ben grand, une grande allée et quelque petites rues, mais pourtant ça grouillais de zombie pis au moment jeune me suivait pendant qu'on se frayais un chemin parmis les Walkers, il s'est fait mordre, juste ... comme ça. Entre deux zombies qui tombe raide, je le vois ce bandé le poignet.

Quand j'ai regardé et que j'ai vu la morsure, y'a eu comme un flottement, je l'ai tellement vu s'en sortir, comme à Floatopia, faque j'ai du oublier qu'il était pas immortel.

Je voulais qu'on s'abrite pour la nuit pis j'ai retourné la moitié de la ville pour lui trouver que'que chose de fort, mais on dirais ben que personne buvais dans ce trou...

Faque on est reparti en voiture, sans phare mais j'y voyais suffisament pis le soleil devais pu trop tardez à se montrer.

Une fois arrivé, on a descendu une bouteille de vodka chacun, j'en avais moins besoin que lui mais quand même un peu, puis on a attendu, il voulais mourrir la où il connaissais ...

Quand "l'autre" c'est relevé, je l'ai attiré loin de la maison, il faisais peur au bête, il y pouvais rien ... Il m'a suivi, lentement, ça m'a fait drole de voir Jed essayais de m'arracher la gorge, pis la dans un coin de verdure au bout de la route, je l'ai achevé.

Pardonne-moé mon chum… mais c’est pu toé qui reste là-dedans.

1993-10-23 “Le dernier jour...”


On est parti à la recherche de bouquins avec Denis. Un truc banal. Une librairie à Mapplewood. C'était une journée comme les autres. On a pris la route, nettoyé des sentiers sur lesquelles erraient quelques zombies. Un jour ordinaire.

Quand on est arrivé à Mapplewood, on a commencé par fouiller l'église. L'endroit avait déjà été retourné. On a continué. Depuis qu'on est dans l'après, il n'y a plus vraiment grand chose de sacré. Denis a vadrouillé, comme d'habitude. Je l'ai rejoint pour faire tomber les Z qui traînaient derrière ceux lui collant à la semelle. Sans beaucoup de mots on arrive à se comprendre avec Denis. Je l'ai perdu de vue une seconde, j'ai fait tomber un corps, deux, l'odeur était infeste. Ca fait pourtant des mois qu'on vit comme ça, mais je m'y habitue pas.

On a commencé à descendre dans la ville, comme toujours Denis était méthodique. A croire qu'à force de réparer des moteurs, il aime les choses faites méticuleusement. Il m'a dit d'attendre, je crois. J'ai avancé vers la caserne, il me suivait de près, mais faut croire pas assez. Tout est allé très vite, ma batte qui a raté la mâchoire du Z, la main putride s'agrippant à ma veste et les dents... ces foutues dents qui se sont enfoncés dans le tissu de ma manche comme dans du beurre. Je crois que Denis il a pas tout de suite compris. Il a voulu regarder ce qu'il y avait sous le bandage. Rien de bon. Y avait pas besoin d'être un génie pour le comprendre.

On a continué à descendre en ville, fouillé la librairie et quelques maisons, mais le cœur y était pas vraiment. J'ai demandé, presque en riant, à pouvoir boire une fois pour de vrai. Denis a d'abord cherché un bar ou un tiroir avec de l'alcool. Finalement, il a repris le volant et le chemin du retour s'est passé en silence. En contemplant l'obscurité, je me demandais si j'allais rejoindre mes proches. Si j'ai vécu une vie qui me le permettrait. J'ai perdu espoir que quiconque de la communauté ait pu survivre à ça... Tout ça.

Une fois à la maison, Denis m'a donné une bouteille de vodka. Le goût était infame. Je l'ai fait passer en me grillant un cigare que j'avais gardé pour une grande occasion. Je m'attendais juste pas à ce que ça soit celle-là.s Ou peut-être que si.

Je me demande comment Hunter prendra la nouvelle quand il rentrera. Je regrette de pas avoir le temps de le voir une dernière fois.

Si tu lis ces mots, c'est la faute à pas de chance. On a passé de beaux moments ensembles, avec Denis et Bruce. Dans ce monde fait de monstres et d'horreurs, je suis heureux d'avoir croisé vos routes. Je pense pas que j'aurais survécu une fraction de ce mois que j'ai passé en votre compagnie. Il est temps pour moi de me reposer, j'ai déjà frôlé la mort une fois, j'allais pas pouvoir l'éviter indéfiniment.

1993-10-01 “Un trop grand prix a payer pour un fragment de savoir. (Part2)”


Je suis de nouveau sur la route,

Le gribouillage d'Ünthrr sur la carte ressemblait à rien de précis. Juste un trait au crayon, hésitant. Un endroit au milieu de nulle part, presque sur ma route. Autant jeter un œil.

Je me suis regardé dans le rétroviseur à un feu rouge qui ne servait plus à rien.J'ai mis un moment à reconnaître le type en face de moi.

La barbe sale, inégale, tachée par endroits de sang séché qui avait viré brun-noir. Le reste du visage pareil. Des yeux qui avaient l'air d'appartenir à quelqu'un de plus vieux que moi, ou peut-être juste à quelqu'un qui avait dormi deux heures en quatre jours.

Il me restait dans un fond de sac en plastique de la station service de Muldraugh, des barres chocolatées ramollies et périmées que je mâchonnais sans conviction. Mon estomac réclamait autre chose quelque chose de chaud, de vrai, de consistant.

La ville poubelle

Je sais même pas comment l'appeler autrement.

C'était une ville neuve, flambant neuve, le genre de construction récente qui explique pourquoi elle apparaissait pas sur la carte. Et visiblement les habitants avaient eu le temps de réagir, un peu, suffisamment pour, cloisonner la ville en une sorte de forteresse de bric a brac, de monter un camp de réfugiés, de barricader, colmater, bricoler. Le résultat était un truc impossible à catégoriser. Une ville moderne et un bidonville superposés, du béton propre et neuf recouvert de rajouts en bois, des planches clouées en travers des fenêtres, des passerelles improvisées entre les bâtiments, des barricades qui bloquaient les rues dans une logique que j'arrivais pas à reconstituer. Un capharnaüm monumental construit par des gens qui essayaient de survivre et qui avaient visiblement échoués.

On ne vous à jamais appris a ranger votre chambre ?

J'ai laissé la Mercedes dehors. Trop d'obstacles, trop de barricades en travers des routes — impossible de circuler en voiture là-dedans. J'ai pris la batte, le strict nécessaire, et je suis entré à pied.

Mauvaise idée numéro un : l'endroit était un labyrinthe. Les rajouts en bois créaient des angles morts partout, des couloirs qui débouchaient sur des impasses, des passages qui se ressemblaient tous et qui menaient nulle part de façon cohérente.

Mauvaise idée numéro deux : les zombies adoraient ça. Ils se planquaient dans les recoins sans le vouloir, immobiles dans les ombres, surgissant au détour d'une barricade avec cette façon qu'ils ont de presque te surprendre même quand tu t'y attends.

La librairie était là par miracle, nichée entre deux bâtiments reliés par une passerelle en bois. Une vraie, cette fois. Des rayonnages corrects, des livres en quantité, de la diversité.

... Pas le béton réfractaire, jamais le béton réfractaire, évidemment... Mais des livres utiles quand même, que j'ai fourrés dans le sac sans trop regarder.

J'ai aussi pu faire le plein de jerky et de cochonneries sucrées dans une épicerie qu'il fallait traverser pour changer de rue.

C'est le bruit qui a tout déclenché.

Une étagère métallique branlante est tombé dans un vacarme lorsque je faisais demi tour , mon sac a du le pousser... Sauf que juste après, quelque chose a résonné plus loin dans le silence de la ville morte avec une clarté absolument catastrophique. Et puis le son s'est multiplié... des cognements contre les barricades, des crissements de main sur les fenêtres de partout, de loin d'abord puis de moins loin, la ville entière qui se réveillait par vagues successives comme des dominos qu'on renverse.

J'ai couru avec mon sac sur l'épaule en cherchant la sortie dans ce labyrinthe de bois et de béton, en prenant des décisions à chaque carrefour sur la seule base de l'instinct, en me trompant deux fois avant de trouver le bon chemin. Derrière moi le bruit enflait, cette espèce de rumeur sourde et collective qui annonce un nombre de zombies qu'on préfère pas imaginer.

La Mercedes était là où je l'avais laissée.

Je suis monté, j'ai démarré, elle a démarré, cette fois, immédiatement, comme si, elle aussi, avait envie de se barrer au plus vite. Et je suis parti sans demander mon reste.

Cap sur Riverside

1993-09-30 “Falling Leaves”


Chus pogné à la base pour un bout, pis ça me fait royalement chier.

On était partis dans le sud chercher des chèvres — tranquille, routine — pis y’a un maudit bouc qui a décidé que j’étais son rival. Y’est parti à pleine charge, direct sur moi, les cornes en avant comme un bélier possédé. J’ai même pas eu le temps de sacrer qu’il m’avait déjà rentré dedans.

Pis pas n’importe où.

Dans le cou.

J’te jure, j’ai senti le choc jusque dans les dents. Pis là… le chaud. Le sang. Trop de sang. J’me suis dit : “OK Denis, là ça devient sérieux.”

On est remontés en urgence. Pendant le trajet, ma vue commençait à virer au gris, comme si quelqu’un fermait les lumières tranquillement. J’me tenais conscient à coups de volonté pis d’entêtement — pas question de tomber là-dessus.

Pis là, quelques jours plus tard… c’est pas beau.

Ça cicatrise mal. Vraiment mal. C’est enflé, chaud… ça sent pas la rose pantoute. Infection, c’est sûr. Pis l’endroit… oublie ça, tu coupes pas ça. Pas question de jouer au boucher dans le cou. Faque on fait avec.

La douleur, elle, elle lâche pas.

La nuit, j’me tourne, j’me relève, j’me recouche… rien à faire. Ça pulse, ça brûle, ça me garde réveillé comme si j’avais un moteur dans la gorge. Faque je dors pas. Ou presque pas.

Alors j’me rends utile.

J’m’occupe des bêtes — même celles qui ont des cornes de tueur. Sans rancune… mais j’les garde à l’œil en tabarnak. Je range, je réorganise, j’fais le tour comme un contremaître fatigué.

Pis Jed… ben je le supervise sur la mécanique.

Ça, c’est un spectacle.

Lui, avec sa cheville en vrac, qui boîte autour du char, pis moi avec mon cou scrap à lui dire quoi faire. On est beaux à voir.

J’ai essayé de conduire. Mauvaise idée. Juste m’asseoir au volant, j’ai senti le noir revenir.

“Nope. On oublie ça Denis.”

Lui peut marcher un peu, moi je peux penser un peu… ensemble, ça fait deux demi-hommes. Deux poids morts, comme on dit. Mais criss, on lâche pas.

Le bout drôle c’est que v’là pas si longtemps, j’étais à plat. Un p’tit coup de blues, le moral dans les bottes. Pis là ? J’suis à moitié cassé, pis j’déborde d’énergie.

Comme si mon corps savait qu’il avait pas le droit de lâcher.

Le bandage… ah, lui…

Y’est collé, dur, plein de sang séché. À moitié pris dans la peau. Quand je vais l’enlever, ça va arracher solide. J’le sais déjà.

Mais bon.

“Ça va faire mal, pis après ça va être correct.”

C’est pas beau à voir. Mais ça tient.

Comme moé.

Les nuits s’étirent de plus en plus. L’air devient plus frais. On s’approche de l’automne, ça se sent dans les os.

J’ai perdu le compte des jours… mais j’dirais qu’on doit être rendus vers octobre.

Le temps avance, même quand nous autres on est arrêtés.

1993-09-27 “Riverside”


Ça fait deux mois que le monde tient avec de la broche pis du duct tape.

Y’a quelques jours, avec Hunter, on est tombés sur une carte. Quelqu’un avait marqué une planque : un grand manoir perdu au sud, dans le fin fond des terres. J’comprenais pas toutes les marques, mais l’écriture… ça criait « fait à la main », pis j’te jure, ça avait l’air doux. Pas une trace de panique là-dedans. J’ai dit à Hunter : “Ça, mon chum, c’est pas un piège. C’est quelqu’un qui voulait être trouvé.” Faque on est partis, un peu crinqués à l’idée de tomber sur du monde encore vivants.

Sur la route par contre… ostie que c’était triste. Tout vidé. Les maisons, les garages, même les foutus fleuristes. Qui c’est qui pille un fleuriste, sérieux ? Y’a du monde qui ont viré complètement fous avant même de devenir des walkers.

Pis on est arrivés. Une longue allée, propre, presque invitante… pis au bout, un manoir comme din' film. Grand, beau, fier… pis plein de walkers qui se promènent comme si c’était chez eux. Faque là, pas de poésie : on a fait le ménage. Méthodique. Propre. Froid. À un moment, j’me suis arrêté deux secondes… j’me suis demandé si j’avais pas éclaté la tête de la fille de la carte. Pis ça, ça m’a laissé un goût bizarre.

Mais à l’étage… là, j’te jure, ça a changé le mood d’un coup sec.

Un rat.

Pas un rat dégueulasse qui détale. Non non. Un p’tit gars ben tranquille, qui me regarde comme si j’étais son coloc. J’me penche, je tends la main… pis BOUM, y’embarque dedans comme si c’était prévu. J’ai éclaté de rire.

“Ben voyons donc toi ! T’es ben smatte, toé !”

Je l’ai appelé Ratatouille sur le champ. Hunter m’a regardé comme si j’avais perdu la tête, mais j’te dis, ça faisait du bien de rire de même. Un vrai moment normal, en plein milieu du bordel.

On s’est installés un peu dans le manoir. J’ai bricolé une petite cage pour Ratatouille — rien de fancy, mais correct — pis après ça, on a sorti la carte. On a fait des croix partout. Là : vidé. Là : trop de walkers. Là : inconnu. Pis là, j’ai tapé Riverside du doigt. “Ici.” Pas parce que c’est safe — criss, rien l’est — mais parce que c’est plein de stock pis que personne a encore eu les nerfs de tout raser.

Le soir… ça, c’était un bon moment.

On s’est fait un ragoût. Pas un p’tit truc plate, non : un vrai, qui sent fort, qui colle aux côtes. Pis un gâteau en plus ! J’sais même pas comment, mais on l’a fait pareil. On s’est assis dehors, tranquille, la nuit qui tombe. J’avais pris une lampe chez Jed, pis j’l’ai allumée comme si on était en camping.

Pis là, la vodka.

J’me suis improvisé bartender — Denis Laroche, service de luxe — pis j’leur ai brassé un p’tit que'que chose. Pas trop compliqué, mais assez pour faire sourire.

On riait. Fort. Trop fort sûrement. Mais tabarnak que ça faisait du bien.

Le lendemain, retour à la réalité. Sur la route, on est tombés sur le char que Jed avait laissé. J’ai checké ça vite fait : moteur magané, mais la batterie était morte raide. Rien d’irréparable. J’me suis dit que j’y reviendrais.

À Riverside, le commissariat était encore debout. L’armurerie était barrée solide, impossible à ouvrir. Pis au loin, trop de walkers pour tenter le diable. On a contourné. En bordure, y’avait un vidéostore. On a pris des cassettes d’apprentissage. J’comprends pas tout, mais les images parlent assez. c'est comme apprendre avec un prof muet.

Après, on a fait un détour pour se laver à la rivière. J’étais couvert de sang, jusque dans les poches. Pis c’est là que j’ai vu ça : un camp bricolé avec des péniches et des cargos attachés ensemble avec des passerelles. On est montés.

Au début, rien. Vide. Trop calme. Pis d’un coup, Jed est passé à travers, un étage plus bas. Mauvais pas, bord de conteneur mal vu. Pis là, ils sont sortis. Cachés partout.

On a trouvé un escalier, sans trop savoir si on descendait ou si on le faisait remonter. Pas vraiment de plan. Juste l’idée de sortir de là vivants. Avec Hunter, on a retenu les walkers qui montaient, pis on a tiré quand y’avait plus le choix.

Quand Jed est remonté à notre niveau, on a reculé. Pis y’est retombé. Cette fois, sur la rive. Le bruit… un craque sec. Mauvais signe.

Pis avant même de réfléchir, y’a une gang qui est sortie du bois. Des centaines. Même derrière nous. On a poussé Jed devant, pis j’abattais ceux qui s’approchaient trop. À un moment, c’était clair : la rive, c’était foutu. J’ai crié de passer par la forêt.

C’était pas mieux là-dedans, mais au moins ils trébuchent. Nous autres aussi, remarque. On avançait à l’aveugle. Chaque fois que que'que chose m’agrippait, j’envoyais une claque. Des fois c’était un walker. Des fois un arbre.

En sortant din' champ, j’ai réalisé que j’avais semé les walkers.

Pis Jed aussi.

J’ai repris mon souffle, pis j’ai couru au char chercher des cartouches. Après ça, retour vers les cargos.

La rive était silencieuse. Trop. Au loin, des coups de feu. Le calibre… c’était Hunter.

J’ai avancé dans le bois, un par un, en descendant les walkers que je croisais. Chaque face que je voyais… j’espérais que ce soit pas celle de Jed.

Quand Hunter m’a rejoint, on a fouillé ensemble. Pis on l’a trouvé. Recroquevillé din' trou de souris, pas de mouvement. J’ai cru que c’était fini.

Hunter lui a donné un coup. Pis Jed s’est relevé.

Pas de morsure. Juste la cheville foutue.

J’sais pas quel seigneur y’a appelé, mais quelqu’un a répondu.

On est rentrés tout de suite. Plus sales qu’avant d’aller se laver.

1993-09-23 “Le dernier jour de ma vie...”


Pendant une seconde, j'ai cru qu'aujourd'hui était le jour où j'allais rencontrer Dieu...

Les derniers jours étaient calmes, je me suis occupé de la grange. J'ai aménagé l'étage. Un travail répétitif, mais satisfaisant.

Hunter et Denis sont rentrés, j'étais content de les voir après quelques jours sans nouvelles. On a partagé un repas. C'est bizarre d'être ému pour si peu, mais Hunter avait installé la table dans le jardin, Denis avait récupéré une lampe dans mon atelier. On a partagé le pain, un bon ragout. C'était simple, mais qu'est-ce que ça m'avait manqué. Denis nous avait même préparé une boisson alcoolisée, quelque chose de doux, mais qui réchauffe en dedans.

La suite des évènements n'en a été que plus brutale.

Comme on l'a déjà fait de nombreuses fois, on s'est préparés chacun de notre côté. J'ai fini de travailler sur des séchoirs, Bruce à besoin de peau et de faire sécher des herbes. J'ai pas eu le temps de finir. C'est con, mais quand ils m'ont encerclés, je pensais qu'à ça. J'aurais même pas eu le temps de finir ça.

Quand j'étais enfant, mon père me disait que dans nos derniers instants, si on a vécu une belle vie, les meilleurs moments de celle-ci défilent devant nos yeux jusqu'à ce qu'apparaissent le portail de l'après. J'imagine que dans ce nouveau monde, il ne nous reste même plus ça. Même plus l'idée d'un après meilleur que l'enfer d'ici. J'ai rien vu. Que du noir et les bruits de mâchoires claquant sèchement. A ce moment-là, j'étais rongé par les regrets. Le principal : qu'Hunter et Denis soient en danger par ma faute.

On est parti en expédition peu avant midi. Hunter nous a rempli le coffre de nourriture et on a fait le plein d'eau. Denis à pris le volant et au début tout se passait bien. On a nettoyé les abords d'un commissariat, vidé un magasin de cassettes. Bien qu'on n'aient pas trouvé ce qu'on cherchait, la journée s'annonçait comme belle. On a continué notre chemin, on s'est même trouvé une maison pour dormir. Après avoir nettoyé la zone des Z errants, ils ont dormis dans la maison et je me suis installer dans la voiture. Même si je me suis habitué à cette vie, je préfère quand même rester dehors. Certaines choses ne changent pas.

On est allé à la rivière pour se laver. Je pense que ça devait faire une semaine que je m'étais pas lavé. L'odeur était infecte dans la voiture. Mais, comme pour tout, on s'habitue.

C'est en allant à la rivière que Denis a vu quelque chose. Un bateau transformé par une communauté. On voyait au loin des conteneurs. Hunter m'a soufflé que ça servait à transporter des choses, comme le camion de Denis. Avant, il transportait surement des conteneurs avec ce qu'il appelle son char.

Confiants, la suite des évènements nous apprendra que nous l'étions trop, on est monté sur le premier bateau après nous être occupés des Z à l'entrée. On a eu vite fait le tour, il n'y avait rien d'intéressant. L'avidité nous consumant, on a poussé jusqu'au second. Habitués, on a réalisés les mêmes actions, attendus les Z en bas de l'escalier, les traitant les uns après les autres. Une routine bien rodée, les excursions passées avec Hunter m'ayant rendu familier avec ses tactiques.

Je me souviens plus trop bien, peut-être que j'étais en train de dire un truc ou juste que j'avançais silencieusement. J'étais entre Hunter et Denis et j'ai pas vu le bord du pont. J'ai pas eu le temps de comprendre que je me suis écrasé un étage plus bas. J'ai senti directement que quelque chose n'allait pas, mon pied était entaillé et de toute évidence je m'étais tordu la cheville. En faisant le tour d'un conteneur, j'ai remarqué un troupeau de zombies pendant que Denis et Hunter me parlaient de l'étage au dessus en me demandant de rester caché. C'est alors que j'ai entendu les coups de feu. Je me suis rapproché avec mon pistolet, mais y avait tellement de Z et j'étais lent. Heureusement qu'Hunter me collait à la semelle, j'ai bien senti que si c'est un homme de peu de mots, dans cette vie ci c'est un ami comme on en a peu. Denis était à l'étage, égal à lui-même, faisant tomber des Z à gauche et à droite avec un calme olympien malgré l'ampleur de la tâche. Tout semblait gérable à cet instant. Mais les astres en avaient décidés autrement.

En sortant du bateau, surement à cause de mon équilibre précaire, peut-être dans la précipitation, je suis tombé avant même d'atteindre les escaliers. Cette fois-ci, j'allais pas avoir autant de chance qu'avant. Je l'ai senti directement, la douleur. Je voyais des étoiles et mon pantalon était maculé de sang. En me relevant, y avait pas de doute, ça devait être une foutue fracture.

A partir de là, il était trop tard pour prier.

Hunter et Denis criaient des indications en me trainant avec eux jusqu'à la voiture. J'essayais d'avancer, mais j'avais si mal, j'arrivais presque pas à poser ma jambe gauche sur le sol. Autour de nous, les Z apparaissaient en masse, à chaque fois que Denis en faisait tomber un, trois nouveaux apparaissaient derrière. J'ai senti l'haleine putride d'un randonneur me dévoilant ses canines quand Hunter ou Denis m'a attrapé par le col avant de lui planter une balle entre les yeux. Plus les secondes passaient, plus j'avais mal, moi je comprenais ce qui m'arrivait. J'ai entendu quelqu'un crier de se rabattre vers la forêt, j'avais l'impression d'avancer comme immerger dans de la molasse. J'avançais de toutes mes forces, mais c'était comme si j'étais bloqué sur place. Les silhouettes commençaient à s'apparenter à des ombres et je voyais les Z gagner du terrain sur moi.

Puis...

Plus rien...

Pas de lumière au bout du tunnel, pas de diaporama de mes souvenirs les plus glorieux. Rien que l'intense regret de savoir que j'avais foutu Hunter et Denis dans la merde. Que s'ils en réchappaient pas eux aussi, ça serait de ma faute. Et dire que hier soir on partageait un repas de fête, profitant un instant d'autre chose que de survivre. Aujourd'hui était le jour où j'allais mourir et peut-être même les tuer aussi.

Quand je suis revenu à moi, Denis et Hunter étaient couverts de sang de la tête aux pieds. Ils avaient l'air soulagés malgré la fatigue tirant leurs traits. Ils ont pas compris comment, j'ai pas vraiment compris pourquoi. J'étais derrière eux une seconde, puis la seconde d'après ils me voyaient plus. Ils étaient persuadés que j'avais raccroché le marteau et peut-être dans les fonds qu'ils étaient revenus sur leurs pas pour me donner une fin digne. Au moins, ne pas me laisser errer sans but comme ces choses là.

On est retournés à la voiture, ils me collaient tellement que j'avais l'impression d'avoir mes gardes du corps personnels. On a vu un film avec des gardes du corps y a une semaine ou deux, je trouvais le concept étrange, mais soudainement ça me rassurait de les avoir ces deux gars-là.

On est rentrés à la maison en silence, il faisait noir et y avait personne dans la bagnole qui causait. Je pensais que je me suis endormi un instant ou peut-être que je me suis évanoui. Y avait des Z autour de la baraque, j'ai laissé les deux autres s'en occuper pendant que je me trainais la patte derrière. Je vais devoir rester quelques jours à la maison, après une blessure comme ça je suis pas prêt de repartir de si tôt.

1993-09-23 “Un trop grand prix a payer pour un fragment de savoir. (Part 1)”


Du béton réfractaire...

De l'argile cuite, broyée, mélangée dans des proportions précises avec du ciment alumineux et du sable réfractaire. C'est ça, le béton réfractaire. C'est ça qui permet à un fourneau de tenir à mille degrés sans se désintégrer. Sans ça, ma forge est une jolie sculpture de pierres et de glaise qui fondra sur elle-même à la première vraie chauffe comme un château de neige sous le soleil

Sauf que je ne savais absolument pas comment m'en procurer ou le fabriquer avant d'écrire ces lignes...

Je le savais vaguement. Je l'avais lu quelque part, une ligne dans un manuel de métallurgie générale, une mention en passant. Je m'étais dit que ça se trouverait, que quelqu'un aurait ramené quelque chose d'utile, que dans cette bibliothèque de survie improvisée que le groupe avait constituée au fil des expéditions, forcément, il y aurait bien un bouquin qui en parlerait...

J'ai tout épluché...

Deux fois..

Des livres sur la chasse, la pêche, la conservation des aliments, les plantes médicinales, la radio amateur, la mécanique des moteurs diesel, l'agriculture biodynamique, les nœuds marins, la psychologie de crise, trois BD et une bible.

Pas un mot sur le béton réfractaire. Pas une ligne. Pas une recette. Rien.

Mon projet est au point mort.

J'ai passé deux jours à tourner autour de ça, à regarder ma forge inachevée avec cette impuissance sourde qui te ronge les molaires. Tout ce travail. Les murs. Le soufflet de Webediah. Les moules en céramique ratés et recommencés. Les avant-bras en feu. Le demi hectare de forêt que j'ai abbatu derrière le terrain...

Tout ça bloqué par l'absence d'une recette d'un matériaux que n'importe quel fournisseur de construction pouvais commander avant l'apocalypse.

Le troisième matin, j'ai pris ma décision.

J'ai annoncé au groupe que je partais en expédition. Que ça prendrait peut-être du temps. Que je cherchais un livre spécifique, un seul, mais que je savais pas où il était ni combien de temps il faudrait pour le trouver.

Ils m'ont regardé avec cet air, ce mélange de surprise et d'interrogation polie que je commence à bien connaître ici.

En même temps, c'est ma première vraie expédition.

Ünthrr a proposé de venir. Denis aussi, presque immédiatement, ce qui m'a touché plus que je l'aurais voulu. Webediah a rien dit mais il s'est levé, ce qui chez lui, je crois, signifie la même chose.

J'ai décliné.

Peut-être que c'était de l'orgueil. Probablement. Ce livre, c'est mon problème, mon projet, mon entêtement. Les entraîner dans une expédition à durée indéterminée pour un bouquin de métallurgie qui ne servira qu'à moi... non. Ils ont mieux à faire. Le groupe a mieux à faire.

J'ai pris la Mercedes classe A.

L'autre, la GLC, est devenue une épave de plus dans le jardin depuis l'histoire de l'arbre dont je préfère ne pas reparler en détail. La classe A est en mauvais état mais elle roule, et c'est le minimum.

Je suis parti tôt, avant que la lumière soit vraiment levée.

Webediah était debout dans la cour quand j'ai démarré. Il m'a regardé partir sans un mot, les mains dans les poches de sa chemise, ce regard tranquille qu'il a et que je comprends toujours pas entièrement. J'ai levé deux doigts du volant en guise d'au revoir.

Il a hoché la tête.

Je sais pas où je vais exactement. Une librairie technique. Un lycée professionnel. Une bibliothèque municipale. Une université s'il y en a une dans un rayon raisonnable. Quelque chose qui aurait pu abriter un manuel de construction de fours industriels, de métallurgie artisanale, de céramique haute température.

Ce livre existe. Quelque part, il existe.

Je vais le trouver.

Et je rentre pas sans lui...

J'ai un mauvais pressentiment...

Cap sur Ekron...

La carte d'Ünthrr m'a sauvé la mise.

Je m'attendais pas à ça. Il m'avait tendu le truc la veille du départ, une feuille pliée en huit, couverte de son écriture serrée et d'annotations dans les marges, des petits symboles dont j'ai mis dix minutes à comprendre le système. Un cercle plein, Un cercle vide, Une croix, Et des commentaires partout, laconiques, précis, parfois cryptiques. Odeur suspecte côté est. Maison instable. Animaux errant agressif. Attention horde.

L'endroit supposée de la librairie d'Ekron avait un cercle vide avec une étoile à côté.

Une dernière annotation que je ne comprenais pas attira mon oeil

train brulé, à contourner.

Au fil de la route, La ville s'est dessinée au loin dans la bruine de fin de matinée. Petite. Tranquille dans sa façon d'être abandonnée. Moins de cadavres sur les routes en approche, moins de cette tension sourde qu'on ressent parfois avant même d'entrer quelque part, cette intuition animale que l'endroit est mauvais.

Ünthrr avait raison. C'était la bourgade la moins dangereuse de son répertoire... En théorie...

En pratique, un train calciné barrait l'axe principal, avec ses wagons éventrés en travers de la route. Comme un animal mort de taille démesurée. Je suis resté arrêté, ébahi, devant, volant a la main, une bonne minute à calculer. Pas de passage à gauche. Pas à droite non plus, trop encombré. Il fallait remonter, trouver une rue parallèle, chercher.

et ton clignotant batard ?

J'ai cherché.

Les zombies étaient là, épars, sans conviction particulière. Ils se tournaient vers le bruit du moteur avec ce mouvement lent qui leur appartient, cette rotation de la tête qui précède tout le reste. J'ai zigzagué entre eux, doucement, sans accélérer inutilement, sans les provoquer. J'apprends. Avant, j'aurais écrasé l'accélérateur par panique. Maintenant je comprends que le bruit attire, et que la discrétion vaut mieux que la brutalité quand tu peux te la permettre.

Le temps avait décidé de se liguer contre moi. Un crachin froid, insistant, le genre qui s'infiltre partout jusqu'à ce que tu réalises que t'es glacé jusqu'aux os sans l'avoir vu venir. Le pare-brise s'embuait. Le chauffage de la classe A fonctionnait à peu près comme le reste de la classe A, c'est à dire mal.

La planque me manquait déjà.

J'ai trouvé une maison à l'écart en fin d'après-midi. Propre, vide, porte de derrière pas fermée à clé. J'ai fait le tour des pièces méthodiquement avant de poser mon sac, ça aussi c'est nouveau, ce réflexe, et j'ai mangé froid des barres de céréales assis sur une chaise de cuisine dont le motif à fleurs orange détonnait avec la fin du monde.

après avoir fermé tout les rideaux, je m'enferme dans la chambre, me préparant a dormir dans un lit qui n'est pas le mien, dans l'inconfort et le noir d'une maison froide sans électricité

La nuit a été longue.

Des bruits dehors que j'arrivais pas à identifier. Le vent, probablement. Sûrement. Le genre d'incertitude qui tient jusqu'à trois heures du matin.

et si je me réveillais au beau millieu de la nuit cerné par ces choses qui doivent continuer a me chercher inlassablement...

Le lendemain, la bibliothèque.

Elle était exactement à l'endroit marqué sur la carte d'Ünthrr, ce qui m'a inspiré pour lui une gratitude silencieuse et sincère. Façade en brique, volets fermés, une enseigne municipale à moitié décollée qui pendait d'un seul côté.

La porte était verrouillée.

Avant, j'aurais pris le marteau et réglé la question en brisant la vitre. Vite, bruyant, efficace dans le mauvais sens du terme. Mais j'ai passé des semaines à apprendre à démonter, assembler, comprendre comment les choses tiennent ensemble. Démonter proprement une serrure, ça prend plus de temps. Ça fait moins de bruit. Et ça me prouve que je suis encore vivant dans ce monde de désolation.

Je suis entré dans le silence. J'ai cherché méthodiquement, rayon par rayon. lampe torche dans la bouche.

J'ai trouvé quelques bouquins intéréssant mais pas ce que j'étais venu chercher.

Maigre butin...

Je suis reparti dans l'après-midi, sous le même crachin froid, avec mes livres sur la banquette passager et cette question qui recommençait à tourner : si c'est pas ici, c'est où.

La route s'étirait devant moi, grise et longue.

J'ai croisé fugacement un fourgon. Énorme. D'un seul tenant, pas un de ces semi-remorques articulés que Denis manipule avec une aisance indécente et que je ne maîtriserai probablement jamais de mon vivant. Non, celui-là c'était du solide, du trapu, du massif, le genre de truc qu'une entreprise de déménagement ou de livraison industrielle aurait eu dans son parc.

J'ai pensé au coffre tordu de la classe A.

J'ai pensé aux rotations au lac, à la glaise laissée sur place parce que je pouvais pas tout prendre, aux pierres abandonnées en bord de route.

J'ai regardé le fourgon autant que je pouvais avec une envie presque physique.

Autour : trop de zombies, ça grouillait entre les véhicules garés. Et c'était pas mon objectif. J'avais un objectif, et ce n'était pas celui la.

J'ai repris la route.

Cap sur Rosewood

C'était beaucoup plus loin qu'Ekron.

La carte d'Ünthrr devenait moins précise dans ces zones-là, les annotations plus rares, les symboles moins assurés. Rosewood avait juste un nom encerclé au crayon avec un point d'interrogation à côté. Le genre de notation qui veut dire je suis jamais allé mais ça pourrait valoir le coup. Merci Ünthrr.

La ville se méritait déjà rien que par la route. Plat, gris, des champs de part et d'autre qui s'étiraient jusqu'à un horizon bas et sans intérêt. Le genre d'endroit qui devait être triste avant et qui avait pas eu besoin de grand-chose pour finir comme ça.

La station service à l'entrée de Rosewood. Et derrière...Les zombies.

Pas quelques-uns**.** Pas une poignée dispersée qu'on contourne en zigzaguant. Une horde. Compacte, dense, qui bouchait la rue principale d'un trottoir à l'autre comme une marée de mauvaise humeur. Ils bougeaient pas vraiment, ils existaient, plutôt, en masse, dans cette façon qu'ils ont de ne rien faire en particulier jusqu'à ce qu'il y ait quelque chose à faire.

J'ai éteint le moteur. Je les ai regardés un moment. Ce genre de situations allait se multiplier, et au coup d'un moment il faut savoir se mouiller, les autres sont des Vétérans sur ce sujet, moi je vais faire mon baptême.

Il fallait déblayer.

Je sais pas exactement combien de temps ça a duré. Trois jours, peut-être quatre. Le temps a cette texture étrange quand tu fais la même chose en boucle jusqu'à l'épuisement, il s'étire et se compresse en même temps, les heures deviennent cotonneuses, les journées perdent leurs sens.

Le protocole s'est installé toute seule, par nécessité. Presque instinctivement. Dès fois j'avais l'impression que ce n'était pas moi qui faisait cette sale besogne. Que j'était juste un spectateur.

  • Sortir de la voiture.
  • Prendre une des battes de Webediah (il en avait taillé une série avant mon départ, sans que je lui demande, posées contre le mur de la forge comme s'il savait).
  • Avancer vers eux.
  • Frapper.
  • Frapper en reculant parce qu'ils avancent et que si tu recules pas tu te retrouves dedans.
  • Frapper sans regarder où tu marches parce que si tu regardes tes pieds tu regardes plus devant.
  • Frapper sans te retourner parce qu'un seul angle mort, une seule seconde d'inattention, et c'est fini d'une façon que je préfère pas détailler.
  • Frapper jusqu'à ce que les bras lâchent. Pas la volonté, les bras. Physiquement. Les muscles qui refusent de continuer, qui envoient un signal clair et sans appel : terminé pour maintenant.
  • Regagner la voiture en reculant toujours, ne jamais leur tourner le dos complètement.
  • Démarrer. Prier pour que le moteur réponde, il a répondu, toujours, de justesse parfois, avec cette toux caractéristique qui me donnait des sueurs froides.
  • Rouler jusqu'à être hors de portée.
  • S'arrêter.
  • Souffler.
  • Reprendre des forces.
  • Y retourner.
  • Sortir de la voiture.
  • Prendre la batte .
  • Avancer vers eux .. - Frapper...

il n'y a pas de dieu ici

La nuit, je dormais dans la voiture au milieu de l'autoroute. Suffisamment loin pour qu'ils ne m'atteignent pas même en marchant jusqu'à l'aube. Recroquevillé sur le siège passager rabattu, le dos en compote, une batte posée sur les genoux par réflexe. Le ciel était immense au-dessus de l'autoroute déserte. Parfois des étoiles. Parfois juste du noir.

Je mangeais ce que j'avais trouvé à la station service. Des trucs dans des emballages plastique, des cochonneries sucrées et caloriques qui avaient l'avantage de ne pas pourrir. Je me lavais avec ce qui coulait encore du robinet des toilettes, un filet d'eau froide, rouillée, mais de l'eau. Le miroir au-dessus du lavabo m'a renvoyé un visage que j'ai mis un moment à reconnaître.

J'avais l'impression de voir un zombie au travers du miroir.

Dès fois c'était pas la fatigue qui me faisais arreter, juste les nerfs, juste cette envie d'hurler, de jeter la batte et de taper les zombies a mains nues, juste l'envie d'en finir avec ce cauchemar fiévreux.

Et puis au matin du troisième jour, ou du quatrième, les rues étaient praticables. il n'y avais plus rien a tabasser... que cette sourde odeur de chair en déliquescence

Je suis entré dans Rosewood.

La librairie était dans la rue principale, elle se batait en duel avec un restaurant et un genre de cabinet comptable.

Petite. Vraiment petite. j'ai presque été étonné qu'ils ne fassent pas bureaux de tabac. c'est ce genre de boutique qui vivotait sur les best-sellers de l'été et les cartes postales locales. La porte était ouverte, arrachée depuis longtemps visiblement. À l'intérieur, des rayonnages à moitié vides, pillés ou effondrés, les livres restants gonflés d'humidité, certains collés ensemble en blocs informes.

J'ai cherché quand même.

Méthodiquement, rayon par rayon, comme à Ekron. Les genoux dans la poussière, la lampe torche entre les dents pour avoir les deux mains libres.

Rien.

Pas de technique industrielle. Pas de construction. Pas de métallurgie. Trois romans, un guide touristique régional, un livre de recettes de cuisine, et deux revues érotiques.

J'ai pris les deux revues par réflexe. J'aurais même pas su dire pourquoi.

Je suis ressorti dans la rue principale de Rosewood, dans la lumière fade de cet après-midi sans qualités, avec mon porno sous le bras et trois jours de fatigue dans les jambes et un vide dans la tête qui ressemblait à rien de particulier.

L'esprit embrumé. C'est le mot juste. Pas de colère, pas de désespoir dramatique. Juste cette espèce de brume épaisse qui s'installe quand le corps et la tête ont donné tout ce qu'ils avaient pour un résultat qui ne vient pas.

J'ai regardé les rues déblayées derrière moi.

Tout ce travail. Ce massacre. Ces jours... Pour une librairie minable au milieu de nulle part qui vendait des cartes postales.

J'ai repris la voiture. La route était longue et plate et grise. Comme le temps..

Quelque part sur l'autoroute, j'ai réalisé que je n'avais même pas de destination suivante.

Cap sur March Ridge.

J'avais vu le nom sur la carte d'Ünthrr, sans annotation particulière. Juste le nom, encerclé mollement, avec une flèche qui pointait vers quelque chose d'illisible dans la marge. J'aurais dû prendre ça comme un signe.

La ville est apparue progressivement,

Des maisons. Des dizaines, des centaines de maisons identiques, petites, carrées, sans âme, alignées avec une précision qui avait quelque chose d'obsessionnel. Le même toit. Les mêmes fenêtres. Le même carré de jardin devant. Comme si quelqu'un avait appuyé sur copier-coller jusqu'à remplir toute la surface disponible et avait appelé ça une ville. Dans un autre contexte j'aurais trouvé ça déprimant. Dans celui-ci c'était carrément sinistre.

March Ridge existait parce que la base militaire existait. Point. Des centaines de familles qui vivaient là parce que quelqu'un, quelque part, avait un uniforme et un salaire et avait besoin d'un endroit où mettre les siens. Le centre communal était à la mesure de l'ambition de l'endroit, un restaurant, une poste, une épicerie, une station service. Le strict nécessaire pour cocher la case village sur un formulaire administratif et passer à autre chose.

Franchement déprimant.

J'ai longé la base militaire de loin, très de loin, en restant du côté opposé de la route. Elle se dessinait à l'horizon comme une menace tranquille. L'endroit me faisait froid dans le dos d'une façon que j'arrivais pas à rationaliser complètement. Pas de zombie visible de loin. Pas de mouvement apparent.

Ça rassurait pas vraiment. Les endroits trop calmes font pas confiance.

J'ai gardé le pied sur l'accélérateur.

Les zombies dans le village en lui-même, c'était gérable. Clairsemés, lents, désorientés entre les rangées de maisons identiques, peut-être qu'ils arrivaient plus à se repérer non plus, je leur en aurais pas voulu. Je me suis faufilé sans trop m'arrêter.

La bibliothèque...

J'avais osé me moquer de celle de Rosewood.

Celle-ci était dans ce qui ressemblait à une salle polyvalente reconvertie, une grande pièce aveugle qui avait dû accueillir des réunions de copropriété et des cours de gym pour seniors avant de devenir, par nécessité ou manque d'imagination, le dépôt culturel de March Ridge. Trois rangées d'étagères métalliques. Des livres de poche cornés. Des magazines people de l'année d'avant. Des manuels scolaires du niveau collège.

J'ai quand même cherché.

J'ai cherché avec le même sérieux que partout ailleurs, à genoux sur le lino, la lampe torche dans une main, l'espoir en veilleuse dans l'autre.

Rien. Moins que rien. C'était pathétique... celle de Rosewood était une grande bibliothèque universitaire comparée à ça.

Je suis resté debout au milieu de la pièce un moment, à regarder les étagères, à écouter le silence particulier de March Ridge. Une malédiction, j'avais pensé en entrant. Je maintiens. Il y a des endroits qui semblent avoir été oubliés avant même que le monde s'effondre. Et March Ridge faisaient partie d'entre elles.

J'ai perdu une journée. Je me suis tiré.

La route de retour avalait les kilomètres dans un silence insupportable. Même la voix dans ma tête qui trouve toujours quelque chose à commenter était dégoutée. Les bras posés sur le volant. Le paysage plat qui défilait. March Ridge qui disparaissait dans le rétroviseur me hurlant silencieusement de ne plus jamais revenir.

La ville était déja cauchemardesque avant l'épidémie

Mais bordel comment les gens de l'ancien monde pouvaient avoir envie de vivre dans un endroit pareil ?

Quelque part entre nulle part et encore nulle part, j'ai commencé à faire les comptes.

Ekron. Rien. Rosewood. Rien. March Ridge. Rien.

Le béton réfractaire n'existe pas dans cette partie du monde, apparemment.. En tout cas il était très réfractaire à l'idée que je le trouve.

Je n'avais plus envie de penser à ça ce soir. J'avais envie de rentrer.

Cap sur Muldraugh

Muldraugh était censée être la bonne.

Plus grande. Plus prometteuse. Ünthrr avait plusieurs annotations sur cette page-là, des vraies, avec des étoiles et tout. Une bibliothèque correctement dimensionnée, apparemment. Des commerces. De la ressource.

J'y étais presque... presque ...

Je ralentis sur l'autoroute voyant ce qui pointe vers l'horizon...

Des épaves de véhicules ... beaucoup..

Le carambolage se voyait de loin. Une accumulation de véhicules calcinés qui bloquait toutes les entrées de la ville comme une barricade que personne avait planifiée mais qui était parfaitement efficace quand même. Des carcasses entassées, tordues, fondues les unes dans les autres par la chaleur d'un gigantesque incendie du passé, certaines encore debout sur leurs jantes, d'autres couchées sur le flanc dans des positions qui évoquaient des choses désagréables.

J'avais pris une torche à propane. J'étais content de ma prévoyance, J'ai regardé l'étendue du carambolage. La torche à propane n'allait rien résoudre du tout...

Impossible de faire passer la voiture là-dedans. J'ai garé la Mercedes à distance raisonnable en plein millieu de l'autoroute, j'ai pris ma batte, et j'ai décidé d'y aller à pied.

Les épaves formaient un couloir étroit par endroits, un labyrinthe de métal mort. Je progressais lentement, les sens en alerte, en posant les pieds avec soin sur le bitume jonché de débris. Le silence avait cette qualité particulière des endroits où il devrait pas y avoir de silence.

Une main putréfiée à surgi de sous une carcasse.

Des doigts qui se refermaient sur ma cheville avec une force que j'anticipais pas, dans un endroit où je regardais pas, au moment exact où je pensais à autre chose. Mon cerveau a traité l'information une demi-seconde trop tard. Ce demi-seconde pendant laquelle mon corps, lui, avait déjà pris une décision autonome et irrévocable.

J'ai hurlé.

Un cri qui venait de loin, du fond de quelque chose de primitif et de pas du tout fier de lui. Pas un cri de guerre. Un cri de terreur pure, de gamin surpris dans le noir, de quelqu'un qui réalise en une fraction de seconde que l'endroit qu'il croyait vide ne l'est pas du tout.

Les rangers ont tenu. Solides, épaisses. Pas de blessure.

Mais le hurlement.

Le hurlement avait fait son travail.

Les épaves s'animaient. De partout. Sous des carcasses, entre des portières, derrière des camions renversés - ils étaient là depuis le début, immobiles, planqués sans le vouloir dans les recoins de métal, et ma voix venait de leur annoncer que le déjeuner était servi.

Trop c'est trop...

Je suis retourné en courant vers la Mercedes.

J'ai ouvert le coffre. Le fusil, Le sac de munitions. Les boîtes de cartouches, j'avais pris large cette fois, j'avais appris, Le fusil déjà en main.

Et là, bouillonnant de rage et d'adrénaline et de trois jours d'Ekron et de Rosewood et de March Ridge et de ce foutu béton réfractaire qui n'existe nulle part - là, j'ai fait feu.

C'était idiot. Je le savais même au moment où j'appuyais sur la détente en hurlant ma colère.

Le premier tombe. Le deuxième. Le cinquième. Le dixième... le vingtième...

Ils avancent...

Le bruit en appelle d'autres, toujours, ça j'avais pourtant compris, ça j'avais intégré, mais la rage a ses propres circuits et ils court-circuitent la raison sans effort. Je recule en tirant. Je recharge. Je tire encore. Trentième peut-être, je compte plus. Pour chacun qui tombe, trois arrivent de quelque part que j'avais pas regardé.

Ils se resserrent.

Je recule encore.

Mes talons heurtent quelque chose de solide.

La Mercedes.

J'avais déjà reculé jusque-là ? Déjà ?!!

l'enfer sur terre

Ils étaient à trois mètres. Deux. Les bras tendus, la bouche ouverte, ce bruit qu'ils font et qu'on s'habitue jamais vraiment à entendre. Des mains qui commençaient à effleurer l'air devant moi.

Je me suis engouffré dans la voiture.

La portière claquée. Le verrou. Les vitres qui se salissaient instantanément de leur toucher tout autour.

La clé dans le contact.

Rien.

Le moteur a rien dit. Pas même une tentative. Juste ce silence mécanique qui est la chose la plus terrifiante qui existe dans ce monde ou dans l'ancien.

Des paumes qui cognaient contre les vitres. Régulièrement. De tous les côtés.

J'ai réessayé.

Un soupir. Un toussotement. Puis plus rien.

- ALLEZ PUTAIN !!!

Ma voix était bizarre. Un hurlement implorant. Presque un sanglot.

J'ai tourné la clé à en arracher le contacteur, les dents serrées, les yeux fermés une seconde, la main qui tremblait sans que je lui aie demandé de trembler.

La voiture a toussé. Puis elle a démarré.

Je suis pas sûr d'avoir respiré entre le moment où le moteur a pris et le moment où j'étais suffisamment loin pour que les derniers zombies disparaissent dans le rétroviseur. Mes mains tremblaient encore sur le volant. Mes yeux étaient trop ouverts, je sentais l'air froid sur mes globes oculaires et j'arrivais pas à les refermer normalement.

Muldraugh rétrécissait derrière moi.

Demi-tour définitif.

Je conduisais vite, trop vite, sur une route que je regardais à moitié. Quelque part les dents avaient commencé à claquer sans prévenir, un tremblement réflexe que je ne contrôlais pas. Le genre de chose qui arrive quand l'adrénaline commence à se retirer et que le corps présente la facture.

Il faisait nuit

J'ai roulé toute la nuit, l'esprit vide, comme dans un rêve lucide dont on arrive pas à sortir. Le mal de tête battait en sourdine. Et puis la planque est apparue dans le noir, à cent mètres, avec cette fenêtre faiblement éclairée qui aurait dû me suffire. J'ai ralenti. J'ai regardé ce rectangle de lumière jaune un long moment. Et j'ai continué à rouler. Je pouvais pas rentrer comme ça, pas après une semaine à risquer ma peau pour du papier, pas les mains vides pendant que les autres reviennent toujours avec quelque chose. La station service était juste après. J'ai fait le plein en silence dans le froid de cinq heures du matin, les yeux dans le vague, puis je suis remonté dans la voiture. De la fierté mal placée, sûrement. De l'entêtement, certainement. Mais c'était mien, et dans ce monde qui m'avait tout pris, c'était pas rien. Je suis reparti. Un doigt d'honneur levé haut dans le noir, pour personne, pour tout le monde, pour ce monde misérable qui nous avait tous mis là... j'ai continué ma route

1993-09-15 “GoGo Gadgeto Marteau”


En fait au petit matin je me suis rendu compte que ma blessure cicatrisait... les morsures des Z ne cicatrisent pas, c'est Denis et Web qui me l'ont dit en parlant de leur ancien camarade Chuck, dont la tombe est encore visible au fond du terrain.

C'était pas une morsure, une simple éraflure... un véritable miracle. Les dents ont du érafler la chair sans la pénétrer. La morsure n'a tout simplement pas été suffisamment profonde.

Je mesure pleinement l'immense chance que j'ai eu, c'est comme si un Dieu miséricordieux m'avais donné un coup de pouce. le genre de coup de pouce qui te dit "je t'aide une seule et unique fois , après tu te démerde".

Les jours se ressemblent maintenant...

C'est juste un constat. Avant, chaque journée était une surprise, et pas le bon genre. Maintenant il y a un rythme. Quelque chose qui ressemble à une vie, si on plisse les yeux.

Le matin : la forge. L'après-midi : la forge. Le soir : les bras qui brûlent, le dos qui tire, et un truc qui avance.

Webediah m'a fabriqué un soufflet.

Je sais toujours pas comment il fait. Il regarde un problème, il disparaît une demi-journée, et il revient avec la solution taillée dans du bois et du cuir. J'ai essayé de le remercier correctement. Il a haussé les épaules et est retourné s'occuper des cultures. Il y a des cultures maintenant. Un carré de terre retourné derrière la planque. Webediah sait faire ça aussi. Webediah sait tout faire et n'en parle jamais.

Denis m'a montré le générateur.

On était là tous les deux, à genoux dans la poussière, les mains dans le cambouis, et il m'expliquait patiemment en désignant les pièces une par une. Je comprenais pas tout avec son accent. Je notais quand même.

Ünthrr m'a appris à cuisinier.

Quand Ünthrr est en expédition, quelqu'un doit s'y coller. Alors c'est moi. Je suis pas à sa hauteur, loin de là... mais j'arrive à faire des trucs chauds qui ont du goût et qui nourrissent. Et les voir rentrer épuisés, poser leurs affaires, et trouver quelque chose qui attend sur le feu… je sais pas. C'est con mais ça compte.

En plus comme mes deux voitures sont aussi froissées que du papier crépon, j'ai appris a chercher de la glaise dans la nature, je suis du coup devenu très doué pour la cueuillette, ça remplit le frigo

Mais la forge....

La forge m'a appris quelque chose que personne m'avait dit : c'est pas un métier, c'est dix métiers.

Pour construire l'atelier, il faut être maçon. Calculer l'épaisseur des murs, doser la glaise, choisir les pierres qui tiendront la chaleur sans éclater. Foirer. Recommencer.

Pour le toit et l'armature, il faut être charpentier. Comprendre comment le bois travaille, comment les assemblages tiennent, où mettre les renforts. J'ai des livres. Je lis le soir à la lumière vacillante et au ronronnement du générateur, jusqu'à ce que les mots se brouillent.

Et pour forger il faut fondre du métal , et pour fondre du métal il faut un haut fourneau, un four a charbon , des moules en céramique, dans lesquels je coulerai le métal un jour, si j'arrive jusque-là... il faut être potier. Travailler l'argile avec une précision que j'ai pas encore. Les premiers ont craqué à la cuisson. Les deuxièmes aussi. Les troisièmes aussi...

J'ai les avant-bras qui ont doublé de volume depuis un mois. Couper du bois, casser de la pierre, malaxer de l'argile. éclater la tête d'un zombie errant en un seul coup...

Parfois je pense à avant. À commander une pizza. À appuyer sur un interrupteur et avoir de la lumière. À acheter un marteau au magasin sans avoir à le fabriquer moi-même. La société moderne, c'était des milliers d'années de savoir-faire que quelqu'un d'autre portait à ta place, et tu t'en rendais même pas compte. Tu appuyais sur des boutons et le monde entier travaillait pour toi dans l'ombre... les magasins, ça me manque les vrais bon magasins...

Maintenant c'est moi l'ombre. Et y'a personne derrière le bouton. mon projet m'occuppe tout mon temps, je suis pas très proche du reste du groupe, ils partent très souvent en expédition sans moi. j'imagine que quelque part ça les arrange que quelqu'un garde la boutique quand ils partent des jours entiers.

....Et puis il y a eu les deux zombies.

J'en parle pas facilement.

Les murs de la forge n'étaient pas finis... ils sont toujours pas finis, mais là c'était vraiment pas fini... Et deux d'entre eux sont passés par une ouverture côté nord, la nuit. Le bruit a réveillé Denis en premier. Ensuite tout le monde.

D'habitude on a pas de ces saloperies a des kilometres a la rondes, j'ai du finir par en attirer a force de donner des grands coup de marteau sur la charpente.

Ça a duré trois minutes peut-être. Ça m'a semblé beaucoup plus long.

Quand c'était réglé, personne a crié, personne m'a fait de scène. Mais les regards… les regards m'ont suffi. Webediah qui reposait son outil sans un mot. Ünthrr qui regardait le sol. Denis qui fixait la brèche.

Mon chantier avait mis le groupe en danger.

Je me suis pas excusé. Les mots auraient sonné creux. J'ai juste pris ma truelle le lendemain à l'aube, avant que les autres soient levés, et j'ai commencé à monter le mur nord.

Il est fini maintenant.

Les trois autres suivront avant la fin de la semaine. Après ça, le toit.

Après le toit... le reste.

1993-09-15 “Mi-septembre — Un semblant de vie”


Ça faisait longtemps que je n’avais pas écrit. Je crois qu’on est à la mi-septembre. Les températures ont un peu baissé… ça fait du bien.

Avec Jed, au début du mois, on est partis en direction d’Irvington. La ferme d’un ancien client… Brott, quelque chose comme ça. Il passait souvent au magasin pour acheter des munitions et du matériel. Il se plaignait des nuisibles qui menaçaient ses bêtes.

En arrivant, on ne s’attendait pas à ça.

Des animaux partout. Des porcs, des moutons, des vaches… affamés, agités, presque fous. Un vacarme infernal et pourtant peu de zombie, les bon côtés de la campagne. On a trouvé une remorque sur le parking et on s’est dépêchés de charger autant d’animaux que possible. Histoire d’en sauver quelques-uns.

Pas une mince affaire. Ils étaient surexcités, ingérables.

On a repris la route à la tombée de la nuit, avec une halte à OvoFarm, près d’Echo Creek, pour récupérer quelques poulets. J’ai laissé Jed conduire… et je me suis assoupi.

À mon réveil, la remorque n’était plus là.

Elle a dû se détacher sur la route…

Ça m’a rappelé une sortie avec Jeb. Je l’aime bien Jeb. On était partis chasser dans les bois, vers le camp de scouts. Il avait repéré un groupe de biches… mais il a raté son tir et moi également. On est rentrés bredouilles. Pourtant, c’était une bonne journée. Juste être dehors, loin de tout… sans penser à ces choses qui errent. Ça fait du bien, parfois.

Finalement, on a retrouvé la remorque. Il restait une vache et son veau… et un cochon. Pas beaucoup, mais assez pour recommencer.

Et puis deux agneaux. Tout petits. On les a appelés Côtelettes et Souris.

Je crois que je me découvre un certain goût pour la vie à la ferme.

Jeb nous a construit un enclos pour les animaux, et même une grange pour faire sécher les peaux.

La vie à la maison… oui, je crois qu’on peut appeler ça une maison maintenant… est devenue plus douce.

Bruce a transformé la cabane au fond du jardin en véritable atelier de forgeron. Il n’est pas souvent là, mais il fait sa part.

Bref… ça se passe bien.

Espérons que ça dure.

1993-09-12 “Ma nouvelle Vie”


J’ai fini par remettre la main sur mon carnet. Y’était pogné dans le fond d’un char que j’avais pris pour une run de ravitaillement. Astheure, c’est juste ça qu’on fait… on ratisse les bâtisses autour, on nettoie les Z, on fouille dans leurs poches voir s’il reste de quoi d’utile… pis on laisse les corps là, sur le bord du chemin.

Ça me fait pu grand-chose. L’odeur. Le bruit des coups de feu quand ça sort en rafale dans une horde… c’est rendu comme du bruit de fond.

J’aurais jamais pensé m’habituer aussi vite à une vie de même. Depuis qu’on m’a volé mon truck au motel, ça a été la fuite. On a trouvé un spot pour se poser, mais dans ma tête, c’était temporaire… ça fait des semaines de ça.

Des fois, j’entends des coups de feu dans le bois. J’ai encore vu personne. Je sais qu’on est pas tout seuls… mais j’me demande dans quel état ils sont rendus. J’espère juste qu’ils ont pas viré fous.

J’comprends mieux l’anglais asteure. On s’organise plus. J’me suis même mis à m’entraîner un peu… j’ai perdu du poids. Mais faut que j’fasse attention. Dans ce monde-là, être solide, ça peut faire la différence.

Le Québec me manque.

Des fois, j’me dis que je devrais reprendre la route… foncer dans le barrage à Louisville pis continuer vers le nord. Peut-être que chez nous, ils ont réussi à tenir le coup contre les Z… Mais j'peux pas faire ça, c'est trop risqué pis les autres ... on est la pour chacun, on doit rester souder

J’pensais plus tant à la maison avant. C’est drôle comment ça revient.

J’espère qu’elle va bien… pis si jamais ça a pas tenu comme j’voudrais, j’espère juste qu’elle m’a pas attendu à la maison. Qu’elle a trouvé un moyen de s’en sortir.

Photo de Denis avec sa chienne

1993-09-05 “La grange, la maison et la vie qui avance”


Ca fait un moment que je n'ai pas pris le temps d'écrire quelque chose...

Les jours s'enchainent et ne se ressemblent pas. Je ne savais pas qu'on pouvait être si occupé. Je crois que ça doit faire une semaine, deux peut-être que je n'ai pas écrit. Il s'en est passé des choses, je ne sais pas vraiment par où commencer.

On a été chasser avec Hunter. Ca m'a fait bizarre de sillonner la forêt à la recherche d'une bête. J'ai beau avoir appris à tirer sur des Z, c'était différent. On m'a appris à m'occuper des bêtes, pas à les traquer. Pourtant, Hunter m'a dit que j'avais peut-être un don. Je suis tombé sur deux groupes de biches, par contre même en vidant mon chargeur j'en ai pas touché une seule. Dans le fond, je préférais que ça soit comme ça. J'ai crié après Hunter pour qu'il me rejoigne, c'était con, elles se sont enfuies à cause de tout le bruit que j'ai fait. C'est un chic type Hunter, il a rigolé un bon coup, s'amusant de mon manque d'expertise avec la carabine qu'il m'avait mis entre les mains. Il a dit qu'on aurait qu'à prétendre que c'était une balade dominicale. Un moment de répit au milieu d'un monde éviscéré par le chaos.

La vie à repris. Il faut mettre de la nourriture sur la table, entretenir notre maison de fortune, s'armer toujours plus. Quelques jours après ce dimanche de quiétude, ou peut-être que c'était quelques jours avant. Je sais plus. C'est compliqué ces jours-ci de se souvenir dans quel sens va la vie. Bref, on est parti au sud-est avec Denis et Hunter. Denis m'avait rafistolé la carlingue de mon camion de pompier et je les ai suivi jusqu'à une usine. Y avait des zombies à perte de vue. On a fait la seule chose qu'on pouvait faire dans cette situation, tirer dans le tas. Encore plus de Z sont apparus de tous les côtés, on aurait cru une marée, une condamnation biblique. On s'est séparé et je me suis retrouvé seul à tirer dans le tas. J'avais beau décharger mon pistolet, les Z se relevaient comme si je les avais à peine effleurés. J'ai fini par sortir ma batte et les terminer au corps à corps. J'ai cru ce soir là que j'allais en perdre les bras tellement j'avais mal d'en avoir tués autant.

Il a fallu que j'abandonne ma camionnette sur la route, elle redémarrait pas. Foutu tas de ferraille. La technologie qu'ils disent les autres. Mon cheval m'aurait jamais lâché comme ça. Denis m'a promis qu'il me réparerait le véhicule ou qu'il m'en trouverait un autre. C'est vraiment un chic type, c'est dommage qu'on se comprenne pas tout à fait et qu'il part tout le temps en vadrouille.

On est retourné à la chasse avec Hunter, même constat, même conclusion. On est rentrés bredouille après une journée dans les bois. On a quand même croisé une biche, mais le temps qu'Hunter lève son fusil, la bestiole avait déjà détallé. On en rigole pour le moment, mais va falloir qu'on s'améliore... Un jour la nourriture risque de venir à manquer.

Ce que je préfère, dans notre quotidien, c'est le temps qu'on me laisse pour travailler autour de la maison. Je me suis construit une petite grange derrière le parking. Quelque chose de solide. Des murs pas trop hauts, un plancher en bois et tout mon matériel. On a installé un crochet de boucher dans un coin après avoir été récupérer une vache avec Hunter. Il a été dévasté quand son petit s'est jeté sous les roues de la voiture alors qu'on embarquait sa mère. Il fait les durs, mais il a un cœur pur le Jamieton. J'écris ces mots après avoir presque terminé mon édifice. Je me suis blessé à la jambe en tombant du toit. Une blessure idiote alors que Bruce bossait dans son atelier à l'autre bout de la propriété. Je crois qu'il m'a entendu bêler de douleur et il a rappliqué aussi vite. Heureusement, je pense pas que j'aurais su me relever sans lui. Sans rien me demander, il a carrément démonter l'escalier branlant que j'avais pas fini pour que je puisse recommencer au propre une fois ma jambe en meilleur état. J'ai fini le plafond ce matin même, je pense que mon père serait pas peu fier de ce que j'ai réussi à monter avec le matériel qu'on a trouvé à gauche et à droite. Je me demande comment ils vont tous à la maison. Même si je me sens bien ici, ma famille me manque.

1993-08-24 “Y a des jours sans...”


La journée avait pas mal commencée pourtant.

Je suis parti attraper une poule que j'avais vu sur le chemin en allant récupérer Denis. Bon, ce fut plus compliqué que prévu. Déjà, arriver à attraper la sale bête était un défi en soi, mais confronter les zombies qui pullulaient dans les champs en était un tout autre. J'ai finalement tracé mon chemin, en me jurant d'y revenir plus tard. Foutus Z.

Pour la peine, j'ai tenté de nettoyer ce bout de route, en m'arrêtant quand j'en croisais par petit groupe. Pas du grand travail, mais quelque chose de nécessaire. Je ressens plus rien. A chaque fois que j'en fais tomber un, que je fouille ses poches, je vois leurs noms sur leurs cartes d'identité. J'arrive même plus à me dire que c'était des personnes.

J'ai continué ma route, en me baladant sur des chemins que je connaissais pas. J'ai pas fait le fier quand je me suis fais prendre à revers les Z entre moi et ma camionnette. J'ai du sortir mon flingue, si Hunter avait été là, il se serait marré à me voir tirer dans le tas. J'en ai fait tomber quelques uns, c'était pas glorieux. J'ai eu vite fait de reprendre une batte. Au moins, avec ça, je risquais pas d'en faire rappliquer d'autres. J'ai trouvé un fusil, quelques trucs utiles. En continuant ma route, je suis tombé sur un garage avec pas mal de trucs pour nos bêtes, un peu de nourriture, de l'engrais pour les plantes, je me suis dépêché de tout mettre dans le camion avant de repartir.

Comme je me l'étais promis, j'ai récupéré une poule sur le chemin du retour. C'était plus simple sans les Z qui me respiraient dans la nuque. Je suis arrivé à la nuit tombée, mais y avait personne.

C'est con, mais toutes les mauvaises idées commence comme ça je crois. Faut dire, j'ai pas vraiment l'habitude. Y avait personne à la maison donc je me suis dit que ça serait marrant de mettre les cônes que j'avais trouvé sur le chemin à un endroit insolite.

Je suis monté à l'étage avec mes trois cônes, j'en tenais un sous le bras quand j'ai essayé de passer la fenêtre de la chambre pour me tenir sur le préau de l'entré.

Ca a pas manqué.

C'est comme si j'étais passé à travers.

Avec tout le bordel à l'entrée, je me suis carrément ouvert la cuisse. Qu'est-ce que c'était chiant, j'ai pissé le sang partout.

Bref, je suis bon à passer les prochains jours à la maison. Avec tous ces déchets et objets plus ou moins utiles qui trainent à gauche et à droite j'ai de quoi bosser. Je vais commencer par ranger le parking, une bonne caisse en bois pour ranger tout ça fera pas de mal !

1993-08-21 “Où sont passés la remorque et les animaux ?”


On est parti en expédition avec Hunter. Je lui ai parlé de trouver des poules. Après avoir préparé l'enclos, il est temps de trouver des bêtes pour en avoir l'utilité.

Hunter avait connaissance d'une ferme et d'une zone de stockage de bestiaux. On est parti avec la fourgonnette, mais franchement elle est de moins en moins rapide. On a nettoyés quelques Z sur le chemin avant de faire un massacre dans le parking à côté des enclos. Après avoir fait le tour, on a récupéré deux jeunes moutons, un gros cochon. Une prise comme aucune prise dans un monde où la nourriture est si importante à stocker.

Le chemin a été ...

Long.

Quand Hunter a commencé à fatiguer, j'ai pris le volant. C'était terrible. La remorque bien trop lourde pour le moteur de notre fourgon. On a quand même réussi à rentrer à la maison en plein milieu de la nuit à la lumière de nos phares fatigués.

Epuisés, on a laissé les animaux endormis dans la remorque en allant se coucher immédiatement.

Au réveil, j'étais prêt à ramener les bêtes dans leur nouvel enclos avec beaucoup de fierté. A chaque vadrouille avec Hunter on arrive à sortir notre épingle du jeu et ramener de quoi être encore mieux à la maison. A la maison. Ca me fait bizarre d'écrire ça. C'est vrai que notre petite bâtisse avec ses épaves délabrées et ses tiroirs remplis à craquer commence sacrément à ressembler à un foyer.

Mais, au réveil, il n'y avait pas de remorque. Pas d'animaux. C'était incompréhensible.

On s'est dépêché de repartir avec truck au cas où quelqu'un l'aurait déplacé. On a même retracé nos pas jusqu'à la ferme, mais rien. Aucune trace de la remorque ou des animaux qu'on avait ramené. On a réussi à récupérer une citerne, mais me reste un goût amer sur le bout de la langue. Est-ce que d'autres survivants auraient osés nous voler jusqu'à chez nous? Est-ce qu'il reste encore des gens capables de ça?

Où sont passés cette remorque et les animaux!

1993-08-17 “Deux cadavres”


La Mercedes commence a faire des bruits qui semblent couter cher

Je lui en veux pas. Je lui avais fait faire des choses pour lesquelles elle était pas conçue. Ramener des kilos de glaise dans une route boueuse et pleine de débris, c'était pas le meilleur pour une citadine haut de gamme.

Donc il me fallait autre chose. Quelque chose de plus gros, de plus haut, de plus solide. Quelque chose qui rigole des chemins forestiers et des charges lourdes

Je suis allé explorer vers l'ouest.

J'ai trouvé une ferme au bout d'une heure. Une vraie, avec du bétail encore vivant qui errait dans les enclos, des vaches qui me regardaient comme si j'allais leur expliquer ce qui s'était passé.

J'avais pas de réponse pour elles.

j'ai trouvé ce que je cherchais, le dieu de la bagnole est avec moi, Une magnifique GLC Noire intact avec la clé sur le contact et encore du carburant, quel hasard ! décidément, le survivant Bruce Brass roule en Mercos de mafieux !

J'ai fait le kéké, enorgueilli par ce que je croyais être de la chance, qui n'était en fait que la lanterne d'un dieu sombre m'attirant vers une fin certaine...

A côté de la ferme, un bâtiment long et bas que j'aurais pu ignorer. J'aurais dû l'ignorer.

J'ai ouvert la grande porte coulissante du bâtiment... Une usine à œufs. Des dizaines de milliers d'œufs. Des millions peut-être, Tous pourris. dans leurs alvéoles en plastique verdâtre, gonflés par les gaz de putréfaction, avec les asticots et des mouches par poignées. De la pourriture à perte de vue dans la pénombre.

AAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHHHHHH

Avant que je ne réalise ce que je voyais, L'odeur m'a assommé net à l'entrée comme un coup physique, quelque chose de chaud et de sucré et d'absolument innommable. tout mon être avait envie de dégueuler J'ai reculé en titubant et en fermant les yeux. sous le choc et traumatisé.

Et c'est là que j'ai fait une erreur.

Un zombie dans l'angle mort du bâtiment, que j'avais pas vu, que j'aurais dû voir si j'avais gardé les yeux ouverts. Faux mouvement en reculant, le pied qui glisse sur quelque chose, le bras qui part dans le mauvais sens au mauvais moment.

Sa bouche sur mon avant-bras.

J'ai senti les dents.

J'ai hurlé, je crois. Ou peut-être pas. Peut-être que j'ai juste repoussé et couru et claqué la portière et appuyé sur l'accélérateur du GLC sans vraiment réfléchir, le cerveau en mode panique pure, les mains qui tremblaient sur le volant.

J'ai roulé jusqu'au bâtiment de la forge...

Celui que j'avais commencé à construire, pierre par pierre, les jours d'avant. Pas terminé. Pas grand chose encore, en vérité. quelques murs à mi-hauteur et beaucoup d'ambition. qui deviendront sans doute des rêves brisés

Je me suis pris un arbre, le GLC s'est arrété net. je m'en branle.

Je suis entré en courant, j'ai même pas pris le temps de dire bonjour a Denis qui m'a vu détaler les yeux fous, Je me suis enfermé, j'ai posé mon dos contre la maçonnerie fraîche, et j'ai regardé mon bras.

Une éraflure. La peau légèrement ouverte sur deux ou trois centimètres. Du sang, pas beaucoup. Les dents avaient pas traversé vraiment. Ou si ? Je sais pas. Je sais plus. Je distingue plus ce que j'ai senti de ce que j'ai imaginé sentir, j'ai envie de pleurer.

Est-ce que c'était une morsure ?

Je sais pas.

Je pleure pour de vrai

Je sais pas et c'est la phrase la plus terrifiante que j'ai jamais pensée.

Je vais sans doute crever.

J'ai attendu là, dans la pénombre de ma forge inachevée, à regarder mon bras comme s'il allait me donner une réponse. À me demander combien de temps ça prend. Si ça fait mal. Si on le sent venir ou si ça arrive comme un sommeil...

1993-08-17 “La route”


Quand Hunter est revenu à la cachette… j’te mentirai pas, le sang m’est monté direct à tête. À croire que passer la nuit sur mon truck, ça m’avait rien fait pantoute.

J’ai même pas réfléchi.

J’ai pris mon fusil pis j’ai tiré dans sa direction.

J’sais pas si j’voulais vraiment le toucher… ou juste lui faire comprendre. Mais calisse que ça m’a fait du bien sur le coup.

Lui, y’a pas hésité longtemps. Y’a détalé comme un lièvre pis y s’est réfugié sur le toit. Après ça, ça s’est mis à tirer dans tous les sens. Pas un vrai combat… plus deux caves trop en colère pour lâcher prise.

Pis là — CRAC.

Notre barrique d’eau.

Éclatée.

Le silence est tombé d’un coup. Pas besoin de se parler pour comprendre qu’on venait de faire une ostie de connerie. Dans ce monde-là, l’eau… c’est pas juste précieux. C’est la vie.

J’suis monté voir les dégâts. Y restait pu grand-chose. Notre chicane venait de coûter cher. Pas juste à nous deux… mais à Jeb pis à Bruce aussi.

J’suis redescendu sans dire un mot.

J’ai pris la bouteille de vodka qu’on gardait pour les “occasions”. J’ai servi deux verres. J’lui en ai tendu un.

On s’est assis.

On a bu.

Pis à un moment donné… on s’est mis à rire.

Un rire un peu nerveux, un peu fatigué. Comme si toute la pression des derniers jours sortait d’un coup. La mort de Chuck, les runs, la fatigue… tout ça nous pesait plus qu’on voulait l’admettre.

Après ça, on s’est repris.

Plan simple : retourner à Brandenburg, trouver un truck en bon état, pis filer à Oakshire pour vider l’armurerie comme du monde.

On a pris le pickup que j’avais rafistolé. Pas parfait, mais y faisait la job. La route était tranquille, presque trop. Brandenburg aussi… quelques Z qui traînaient, rien de bien méchant.

J’ai trouvé un truck. J’suis monté dedans pis j’l’ai démarré aux fils.

Le moteur roulait comme un charme.

Trop comme un charme.

Le bruit a attiré des zombies de partout. En quelques secondes, la rue s’est mise à bouger. Faque on a pas niaiser : j’ai embrayé pis j’ai roulé pendant que Hunter couvrait la sortie.

On s’était donné rendez-vous sur Otter Creek Road, en face d’un country club.

Pis on s’est retrouvés.

C’est là qu’on a eu notre “bonne idée”.

Le truck faisait trop de bruit. Trop risqué pour Oakshire. Faque on s’est dit qu’on allait le laisser là, le temps d’aller faire la run avec le pickup… pis revenir le chercher après.

Quelle erreur.

Quelques kilomètres plus loin, en essayant de bouger une remorque, on a réussi à embourber le char comme des champions.

Pris là.

Pas le choix : demi-tour. À pied pis de nuit.

On a retracé la route jusqu’au truck. Le pont ferroviaire était pas mal le seul passage… quelques silhouettes qui traînaient, mais rien d’ingérable.

Pour une fois… ça s’est bien passé.

Mais j’te cacherai pas que j’commence à trouver que chaque décision qu’on prend… elle nous coûte un peu plus cher que la précédente.

1993-08-15 “Mission Denis”


Je sais bien que Denis sait se débrouiller, mais j'ai pas compris pourquoi Hunter est rentré sans lui. Peut-être bien qu'il croit que c'est trop tard pour lui, mais je sais que c'est pas le cas. Il est trop solide notre mécano pour se laisser faire comme ça. Puis, après Chuck, je pense pas que je pourrais laisser un autre de nos camarades mourir sans rien faire.

Je suis parti chercher du gibier que j'ai dit en quittant la maison ce matin là. En vrai, Hunter avait vaguement évoqué où il était parti avec Denis. Je me suis mis au volant de mon camion de pompier salement amoché, puis je me suis perdu sur les sentiers et routes des environs. Je me suis retrouvé sur un sentier boueux, même que j'ai du creuser sous les roues pendant que y avait des cordes qui me tombaient dans le dos. Il a même fallu que je fasse tomber deux trois Z avant de pouvoir redémarré. Plus j'avançais, plus je me disais que de toute manière si je trouvais pas Denis j'allais devoir faire le chemin de retour à pieds.

J'ai vu pas mal de ferme, ça avait l'air paisible. La vie d'avant me manque quand même beaucoup.

J'avais pas pensé à prendre des réserves en partant ce matin là et j'étais en train de songer à rebrousser chemin quand je l'ai vu. Denis. Il était hors de la ville, l'air épuisé et trempé jusqu'aux os par le sang putride des zombies qu'il avait descendu. J'étais sacrément heureux de le voir en un morceau, il avait pas l'air trop amoché et il m'a demandé directement à retourner en ville chercher des trucs qu'il avait vu en traversant la bourgade.

J'étais fichument content de le voir même si comme d'habitude j'avais un peu de mal à comprendre ce qu'il baragouinait.

On s'est trouvé un petit truc à manger et des cassettes avant de repartir vers la maison. Les chevaux sous le capots avaient un peu de mal, enfin y avait plus vraiment de capot pour les protéger ces chevaux. Mais Denis a fait du bricolage sur le chemin du retour, même qu'on est tombé sur un camion similaire et il a su réinstaller rapidement un capot.

Quand on est arrivé à la maison, j'aurais pu manger un veau entier, mais Hunter était pas là. On a vite fait un ragout et je crois que Denis il a été s'effondrer dans sa chambre. Il devait être fatigué, il a du en voir des choses tout seul, peut-être même qu'il se demandait si quelqu'un allait venir le chercher.

Je me sens mieux à la maison maintenant que je sais que tout le monde est là. On se dit pas grand chose, mais je pense que sans notre petit groupe j'aurais pas grand chose pour me donner envie de continuer.

Je me demande parfois si ma communauté est toujours debout. Est-ce que mes parents sont encore là ? Je sais pas pourquoi j'ose pas y retourner. Peut-être que je préfère ne pas savoir.

1993-08-15 “Mon bercail”


J’ai réussi à m’tirer d’Oakshire… pis j’peux t’dire que ça s’est joué serré en maudit. Si j’avais pas eu mon fusil sur moi, j’serais juste un autre corps à traîner dans la rue asteure.

J’longeais Riverside Road à pied, déjà brûlé raide, pu d’jus dans les jambes… pis là, comme si la journée était pas assez croche, j’me retrouve entouré. Une gang d'unee quarantaine facile. Peut-être plus !

Pas moyen de courir. Pas moyen de passer en douce. Faque j’ai fait c’que j’pouvais faire : avancer. Lentement. Pis tirer.

Chaque fois qu’y’en avait un qui s’approchait trop, bang. Dans la bouche. Pas d’hésitation. Juste… mécanique. Mais à chaque coup de feu, j’le savais ben que j’empirais l’affaire. Le bruit, ça les attire comme des mouches sur de la charogne.

Pis là, j’vois des phares.

J’te cacherai pas que j’ai pensé à Hunter en premier. Pis ça m’a pas fait du bien. J’étais pas mal prêt à régler des comptes sur-le-champ… Mais non.

C’était Jed.

Crisse que j’étais content de voir sa face.

Y m’a dit qu’y trouvait ça louche que Hunter rentre sans moi. Faque y’a pris son char. Pis j’dois lui donner ça : y s’est amélioré solide en conduite. Dans c’monde-là, conduire, c’est pu un luxe… c’est vital.

Y m’a ramassé juste à temps.

On est rentrés sans trop faire de bruit. Moi j’tenais à peine debout. Mais j’étais en vie.

Hunter, lui… pas là.

Pis honnêtement ? Tant mieux pour lui. Parce que si j’l’avais eu en face de moi à ce moment-là… j’pense pas que j’aurais pris le temps de jaser.

J’me suis écrasé en arrivant. Repos. Soins. Pis surtout… un bon coup à boire. J’dois ben avouer que j’en devais une solide à Jeb ce soir-là. Sans lui, j’écris pas ces lignes-là.

J’ai aussi croisé Bruce. Pis là… j’sais pas trop quoi en penser.

D’habitude, y part en expédition pis y revient comme si de rien n’était. On est habitués à ses allers-retours. Mais là… c’était pas pareil.

Y’est rentré en trombe. Pas un mot. Le regard weird.

Pis y s’est enfermé dans la remise au fond du jardin.

Depuis ce temps-là… y bouge pu de là.

Pis moi… j’aime pas ça pantoute.

1993-08-09 “A l'Aise Glaise !”


Le problème avec une forge, c'est que c'est pas un truc qu'on improvise.

J'avais vaguement imaginé que ce serait… je sais pas. Rapide. Tu empiles des pierres, tu balances de la glaise, et hop, t'as un atelier. Comme dans les jeux vidéos. Comme dans ma tête..

Ma tête raconte n'importe quoi...

Ünthrr m'a emmené au lac ce matin et j'ai compris assez vite que cette sortie l'arrangeait autant que moi, peut-être plus. Il y a quelque chose entre lui et Denis en ce moment... Je sais pas quoi. Personne me dit rien. Mais y'a ce silence gêné entre eux. Peu importe. Il voulait partir. J'avais besoin d'y aller. On a pas eu besoin d'en discuter. En plus on a eu une coupure d'eau, j'ai pas compris l'origine du probleme , mais ça avais l'air préoccupant, Les autres avaient visiblement mis beaucoup d'effort pour qu'on ait de l'eau potable, Unthrr me bassinait avec son système de filtre a charbon révolutionnaire auxquel j'ai jamais rien compris. Pour moi le charbon, c'est dans une forge. Bref..

Je viens de réaliser que l'évier de la cuisine avais plus d'utilité que moi...

...

Le trajet avait été une expédition à part entière.

La végétation reprend. Vite. Trop vite. Des ronces partout, des branches basses qui ont décidé que les routes leur appartenaient, des troncs en travers qu'on contourne ou qu'on franchit au jugé. Sans entretien, la nature referme ses plaies en quelques semaines. Dans six mois, certaines routes seront inaccessibles. Dans deux ans, certaines villes disparaîtront sous le vert.

Ça m'a traversé l'esprit pendant qu'on avançait à quinze à l'heure en écrasant des buissons. On joue les survivants mais c'est la forêt qui gagne.

...Il est loin ce lac...

De retour à la planque, j'ai posé les sacs sur le sol de la cour et j'ai regardé ça un moment. Quelques dizaines de kilos de glaise. Pas encore grand-chose. Il en faudra dix fois plus, peut-être vingt. Sans parler des pierres. Avec Ünthrr et son fourgon ça a été facile, mais le coffre de ma mercos risque d'être trop petit, tant pis je salirait les sièges en cuir en mettant les sacs dessus.

Webediah passait par là et a regardé mes sacs avec cet air qu'il a. Pas moqueur. Pas admiratif non plus. Puis il a hoché la tête

Je sais pas ce que ça voulait dire. Mais j'ai pris ça pour un compliment.

Ce soir j'ai dessiné sur du papier le plan approximatif de la forge. Rien de précis. Juste pour que ça existe quelque part en dehors de ma tête. La chambre de combustion. Le soufflet. L'enclume... ça va être très compliqué a trouver en fait, dans le monde moderne ce genre de choses étaient relativement antiques et rares, maintenant avec l'apocalypse, la moindre ressource est un coup de chance... il faudra un énorme coup de bol pour trouver ça, ou alors fabriquer une ?

Je crois que Webediah pourrait me faire ça...

1993-08-09 “Entre folie et soulagement”


Je suis rentré à la base et je me suis effondré de fatigue… À mon réveil, il n’y avait personne.

J’en ai profité pour me laver, manger, me réarmer. Juste reprendre mes esprits.

Au moment où j’allais repartir vers Oakshire… ils sont rentrés. Jed… et Denis.

Bon sang, j’étais soulagé.

Et puis Denis m’a lancé un regard noir. Un mélange de rage et d’épuisement. Quelque chose qui ne tournait pas rond.

Il a attendu que Jed s’éloigne… puis il a dégainé son fusil et l’a pointé sur moi.

Pas d’hésitation. Juste de la tension.

Je me suis barricadé à l’étage, dans la salle de bain, puis sur le balcon, derrière la fenêtre, près du collecteur d’eau de pluie.

Il a contourné la maison par la nuit, s’est faufilé derrière la clôture… et a commencé à tirer dans ma direction.

Complètement taré.

J’ai riposté avec des tirs de sommation. Rien à faire. Il a continué… jusqu’au silence.

Plus de munitions ?

Et puis j’ai entendu l’eau.

Le bruit de l’eau qui s’écoule.

La réserve… percée par les impacts.

Bon sang…

J’ai hurlé : “L’eau !!! Arrête !”

Et là… silence.

Puis un rire.

Le sien. Le mien.

Je suis descendu. Il m’attendait dans la cuisine, un verre à la main. On a trinqué. On a ri encore quelques minutes… comme si rien ne s’était passé. Comme si c’était normal.

Juste… relâcher la pression.

Quelle soirée.

Le lendemain, on est repartis ensemble pour Oakshire. Terminer ce qu’on avait commencé : forcer et vider cette armurerie. Deux ou trois jours plus tard, on était de retour.

Au final… je ne sais pas quoi penser de tout ça.

Il est instable. C’est évident.

Mais dans un monde comme celui-ci… qui ne le serait pas ?

On verra bien où ça nous mène.

1993-08-09 “Oakshire ???”


Tabarnak !

Hunter est parti ??

On était parti en convoit pour Westpoint pis on à fait une halte à Oakshire ... à mon reveil le char était plus la,

J'y crois pas, d'abord il me tire dessus, pis il me laisse la, les Z sont partout ... Faut je trouve une planque pour la nuit, ma blessure au ventre me fait un mal de chien

1993-08-09 “Une vie, parfois, tranquille”


Denis et Hunter sont partis en vadrouilles. Ca fait quelques jours...

A force de trimballer des tas de bois d'un côté à l'autre du terrain, je pense que je me suis froissé un muscle ou peut-être fait une entorse. Je me débrouille en premiers soins, mais je dois admettre que je suis pas médecin. De nos jours, on peut plus trop se permettre de rien faire. J'allais être inutile si je les avais suivis en expédition, donc je suis resté à la maison.

Je me sentais mal à rien faire. Ca m'a rappelé quand j'avais dix ans et que je m'étais cassé la jambe. Je pouvais pas aider Père, il a été obligé de travailler pour deux jusqu'à ce que je me remette.

Hunter avait évoqué d'aménager le jardin pour des poules en passant. Faut dire qu'on avait quelques poules à l'étroit dans leur remorque. J'ai passé les jours qui ont suivis à ramener du bois, faire des planches puis préparer un enclos avant de monter les barrières pour délimiter l'enclos.

Pendant toute la préparation, j'ai croisé personne à la base. Pas même Bruce. J'espère que sa truelle lui a été utile, même si j'ai aucune idée de ce qu'il peut bien en faire.

Peut-être qu'ils sont venus et partis pendant que je dormais, à force de faire des tâches manuelles je m'endormais dans ma tente épuisé. J'ai vu du sang sur la table du jardin, pas d'explications, pas un mot. J'espère que c'est rien de grave. Après Chuck...

Finalement, j'ai croisé Bruce un bon matin. Ca fait que quelques semaines qu'il est là, mais il avait déjà tellement changé que je l'ai pas reconnu. Il est sympa. Un peu discret. Il m'a remercié pour la truelle et même qu'il m'a ramené des fleurs en revenant d'une brève virée hors de la maison avant de se mettre à casser de la caillasse dans son atelier.

J'ai finis quelques trucs autour de la maison, jusqu'à ce que j'entendes Hunter m'appeler depuis le bout du sentier. Je suis arrivé en courant, y avait des Z autour de lui, mais il semblait à l'aise, il me demandait surtout de courir après le poulet qu'il venait de ramener. J'ai eu l'air un peu idiot à courir après la bête, mais il m'a pas fallu longtemps pour l'attraper.

Hunter semblait content quand il a vu l'enclos, mais il s'est mis à faire des commentaires. Une erreur ici, un problème là. J'aurais du ouvrir l'enclos, mieux délimiter l'espace pour la volaille et j'en passe. Après avoir passé plusieurs jours seul, à installer tout ça seul, j'aurais apprécié autre chose. Mais bon.

Ca faisait plaisir d'enfin manger un vrai repas, c'est con, mais quand ils étaient pas là, je me suis retrouvé à manger tout ce que je trouvais dans le frigo sans trop réfléchir. C'était comestible, mais pas vraiment un plaisir. Bruce a gouté un ragout et vu sa tête je pense qu'il était tout juste content de pas vomir.

Plus tard, Hunter est quand même venu me voir pour me parler de ses exploits avec les battes que je lui avais taillé. Ca me fait du bien de me sentir utile dans ce groupe. La vie reprend un rythme, les jours passent et ne se ressemblent pas. Je sais pas si on arrivera un jour à retrouver quelque chose de semblable à avant l'arrivée de Z, mais c'est pas trop mal pour l'instant.

Par contre, il est où Denis?

1993-08-08 “Le doute s’installe”


J’ai fini par atteindre le bout de cette bibliothèque. Quelques livres intéressants… mais pas ceux que je cherchais.

Plus d’eau. Plus de nourriture.

J’ai attendu le plus longtemps possible le retour de Denis… mais je commence à me dire qu’il est peut-être rentré sans moi. Ou pire.

Je ne sais même plus depuis combien de jours je traîne dans cette ville… ah oui Oakshire, je l’ai lu sur une vieille affiche.

Il fait encore jour. Je vais reprendre la route vers la base en début de soirée.

Bon sang… je n’aurais jamais dû repartir en expédition avec un convalescent. Instable, en plus.

J’espère juste qu’il va bien...

1993-08-07 “À cran”


Ça fait deux jours que je nettoie les routes de… Oakridge, je crois. Peu importe. J’essaie surtout de me frayer un chemin jusqu’à cette deuxième bibliothèque.

Il y a un parc juste à côté, avec un petit lac. J’y passe parfois pour me laver de tout ce sang… comme si ça pouvait vraiment partir.

Denis n’est toujours pas revenu.

Je suis épuisé. À bout de nerfs.

J’ai trouvé une armurerie, mais elle est protégée par des grilles métalliques. Évidemment… et bien sûr, Denis est parti avec le masque à souder.

Parfait.

Encore une nuit seul.

On verra bien où tout ça me mène…

1993-08-05 “Disparitions et silences”


Denis et moi avons pris la route en direction de Maplewood, une petite bourgade à l’est de notre position. L’un de nous avait trouvé une carte dans une voiture… impossible de me souvenir lequel.

Le trajet a été long, mais sans encombre. Et puis on est arrivés. Une ville que je ne connaissais pas… plus grande que prévu. Et surtout, remplie de ces choses.

Sur place, on a été efficaces. Une bibliothèque fouillée, quelques bâtiments annexes aussi. Tout s’enchaînait presque trop bien. Trop facilement.

Et puis… plus rien.

Denis a disparu. Encore.

Aucune trace. Aucun bruit. Juste ce silence pesant qui s’installe d’un coup.

J’ai trouvé une planque pour passer la nuit. Pas idéale, mais suffisante pour tenir jusqu’au matin.

On verra bien où tout ça me mène… mais je n’aime pas ça.

1993-08-04 “Hunter ?”


Hunter m'a tiré dessus !

Bon sang, la balle est resté dans mon ventre tout le long du trajet retour, on était parti à Brandenburg pour essayer de récupéré des pièces pour le camion. pis à moment, on s'est retrouvé à néttoyé un dépot de train, il avait dit que le secteur était sur mais un zombie m'y à lacéré le bras, pis alors que je me débattais avec mon couteau, Hunter m'a tiré dans le dos, la balle est resté logé.

J'te jure j'ai bien cru que j'allais y rester.

Je me dit que c'est peut-être de ma faute, un peu plus tôt on s'était arrété à un bar, pis j'avoue avoir cédé à un bon malt, faque je nous ai servi 2 bon verre ... peut-etre qu'il m'a confondu avec un Zombie ? Non je crois po, j'veux dire, j'sais que l'apocalypse nous à pas épargné, mais je ressemble po à un macabé vivant nan ?

Ou peut-être qu'il voulais gardez les pièces du camion pour lui ?

Raaah j'sais po, pis la fievre me fait surement déliré. J'vais allez démonté des voitures, ça va me passer les nerfs de toute cette affaire la

1993-08-04 “Merde merde merde!!”


Hier, on est retournés à Brandenburg avec Denis. J’y avais repéré un camion encore en état correct — quelque chose qui pourrait vraiment lui servir.

Mais évidemment, rien ne se passe jamais comme prévu.

Trop de rôdeurs. Des tirs. Du bruit. Et puis le drame.

Denis s’est jeté dans ma ligne de tir… et il a pris une balle.

Putain. Qui m’a foutu des civils aussi inconscients entre les pattes… Et merde, j’aurais dû faire plus attention. J’aurais dû anticiper.

On a dû rentrer en urgence pour le stabiliser. Pas le choix. J’ai dû m’improviser chirurgien, ouvrir, chercher, extraire la balle logée dans son abdomen… Bordel, je ne suis pas médecin.

Mais… le pire est passé. Son état s’est stabilisé.

Bon sang… on n’est pas passés loin.

1993-07-29 “La tranquillité, une croisière et des armes”


J'ai profité de quelques jours tranquilles. Si tranquilles, j'ai presque cru être de retour chez moi, dans ma communauté. J'ai commencé par tailler du bois pour faire quelques objets autour de la maison. Hunter semble content d'avoir une nouvelle batte même si elle était trop petite selon lui.

Le lendemain, on est à nouveau partis à Brandenburg avec Hunter. On a progressivement nettoyé les alentours de la caserne des pompiers avant de s'arrêter dans un magasin d'outils et puis un de livres. On ne se comprend pas toujours avec Hunter, mais on forme un bon duo. On a trouvé un bateau en ville, il y avait encore des Z à l'intérieur, puis pas mal de bouteilles. A croire qu'avant les gens n'avaient que ça comme passe temps. Hunter en a prises quelques unes dans son sac, au cas où qu'il a dit.

Il était trop tard pour rentrer avec tous les Z dans les parages, c'était compliqué de dormir dans la voiture, mais malgré l'anxiété j'ai réussi à dormir une heure ou deux. Quand j'ai remarqué un magasin de munition et d'armes, Hunter était en joie. Je comprends pas vraiment la vie qu'il a pu avoir avant. On a du trouver des outils pour ouvrir la grille de l'entrée, ça a rameuté des zombies qu'on a du traiter. Il était tellement heureux qu'il s'est mis à tirer dans le tas. Tous les Z de la ville ont entendus le tintamarre et se sont dirigés vers Hunter. J'avais tellement de trucs dans mon sac que je savais à peine me déplacer. J'ai fini par prendre la bagnole qu'on avait trouvé pour m'enfuir, quand je suis revenu, Hunter était entouré d'un tas de corps en décomposition, son arme à la main, l'air fier de son travail. J'ai un peu de mal à le comprendre, mais j'étais heureux qu'il ait survécu. Je croyais que j'allais juste retrouver son corps. On a repris le volant, chacun dans une bagnole pour retourner à la maison, c'est Denis qui va être content avec toutes les voitures en bon état qu'on lui a ramené.

1993-07-29 “Quatre jours au bord de la rupture”


Ces derniers jours ont été éprouvants. Jedediah et moi sommes partis en expédition jusqu’à Brandenburg. Au moins une demi-journée de route depuis notre position.

On a avancé lentement, méthodiquement, en se frayant un chemin jusqu’au centre-ville. Trop de ces… choses. À chaque rue, à chaque détour. C’est usant, autant pour le corps que pour l’esprit.

On a fini par trouver une caserne de pompiers pour se poser un peu. Un abri temporaire, mais suffisant pour reprendre notre souffle.

Sur la route, on a vidé un magasin de bricolage, une bibliothèque, un ferry… et même une armurerie. J’avoue… vers la fin, je me suis un peu laissé emporter avec le double canon. Comme si tirer aidait à faire taire le reste.

Malgré tout, ça se passe bien avec Jedediah. On est différents, ça ne fait aucun doute… mais je peux compter sur lui. Et, étrangement, je me sens plus en sécurité quand il est dans les parages.

1993-07-25 “Exploration à la caserne de Brandenburg”


On s'est retrouvé à deux avec Hunter. Il est un peu mutique le gaillard, mais pas de mauvaise compagnie.

On est retourné à Brandenburg à deux. Sur le trajet, je pouvais sentir mes nerfs me tordre les boyaux. Hunter, lui, avait l'air serein. Il m'a laissé grillé une clope à l'entrée de la ville avant d'arrêter la voiture au sud d'un site de construction. On s'est frayé un chemin millimètre par millimètre. Un Z a réussi à m'attraper par la veste, j'ai cru que j'allais y passer. Je commençais à l'apprécier cette veste, je l'avais rembourrée et tout. Bref, elle était bonne à jeter.

On est remonté dans la voiture et on est monté jusqu'au truck qu'on avait remarqué la dernière fois. Sans étonnement, il était plein à craqué d'armes, mais impossible de le faire démarrer. On s'est arrêté à la caserne des pompiers et là, un miracle, j'ai trouvé un trousseau de clés sur le corps d'un Z. Y avait les clés de la caserne et d'une voiture. Après avoir nettoyé petit à petit les alentours, on a fini par rentrer dans la caserne, c'était le paradis, j'ai pu changer de veste, me retrouver une arme pour remplacer ma pelle cassée et même trouver une fourgonnette de pompiers.

Avec deux voitures, Hunter a du repartir avec la sienne et il m'a laissé au volant de la camionnette. Pour rire, il m'a dit de me rappeler que c'était comme un chariot, sauf que les chevaux sont sous le capot et plus petit. J'ai pas lâché le volant jusqu'au moment de couper le moteur, ma nuque était couverte de sueur froide, mais j'ai réussi à ramener cet engin de malheur au beau milieu de la nuit.

Peut-être qu'un jour on pourra nettoyer Brandenburg, pour Chuck...

1993-07-23 “Une routine s'installe...”


Au fait, je n’ai pas encore vraiment parlé de mes nouveaux camarades.

Il y a Denis, un étranger… enfin, je crois. Il ne parle pas notre langue, Français ou Canadien. Malgré ça, on arrive à se comprendre. Et puis, il est sacrément doué avec les véhicules — ça, dans ce monde, ça vaut de l’or.

Il y a aussi Jedediah, un Amish qui a quitté sa communauté pile au moment de l’effondrement. C’est assez déroutant, il est complètement perdu face à la modernité, mais étonnamment débrouillard dès qu’il s’agit de plantes, de systèmes simples, de tout ce qui ne dépend pas de la technologie. Par contre, les voitures et les groupes électrogènes… ça le met dans des états pas possibles. De vraies crises de panique.

En parlant de groupe électrogène, on en a trouvé un dans un quartier plutôt aisé le long de la KY-60. Un coup de chance… surtout que l’électricité à fini par lâcher peu après.

J’imagine que ceux qui faisaient tourner les centrales ne s’en sont pas sortis.

Quel monde…

1993-07-21 “Le grand centre commerchiale rempli de rien.”


Ce matin, c'était Noël avant l'heure !

Denis était là, et Denis avait quelque chose. Une Mercedes. Noire. Vieille, mais belle ! Le genre de voiture qui a de la gueule même après la fin du monde. Il me l'a cédée comme ça, simplement, parce que les autres en avaient pas besoin et que visiblement, ma relation chaotique avec la Ford avait été remarquée.

J'ai essayé de pas avoir l'air trop content.

J'ai eu l'air trop content.

Mais franchement. Fini les trois pannes au kilomètre. Fini la négociation permanente avec un moteur qui décide de sa propre humeur. Ce truc démarre. Il roule. Le coffre est plus petit, certes, ce qui va compliquer le glanage, mais il est rapide, silencieux comparé à la Ford, et surtout il me donne pas l'impression de jouer à la roulette russe chaque fois que je tourne la clé.


Les autres sont repartis en expédition. Encore. Je me demande parfois si c'est une coïncidence ou si y'a un planning que personne m'a montré.

Peu importe. J'avais un objectif.

Le centre commercial.

J'ai pris la batte avant de partir, une de celles que Webediah fabrique en série, je sais toujours pas comment il fait ça aussi vite et aussi bien, mais c'est un outil formidable. Simple, solide, sans chichis. Le genre de chose qu'on sous-estime jusqu'au moment où on en a besoin.


L'autoroute était dans un état… difficile. C'est le mot poli. Les cadavres jonchent la chaussée par dizaines. J'ai slalomé as bien que possible. La Mercedes a pas aimé certains passages. Moi non plus d'ailleurs.

Mais j'y suis arrivé.

Et là, la grille.

Haute. Très haute. Le genre de clôture qui dit clairement : t'as pas été invité. J'ai laissé la voiture à distance raisonnable, j'ai escaladé, en laissant tout ce qui était trop lourd de l'autre côté, ce qui m'a déjà mis de mauvaise humeur et j'ai atterri dans le parking.

Quelques zombies erraient par là, sans conviction particulière. J'ai sorti la batte.

C'était pas propre propre. Mais efficace.


Et puis j'ai poussé les portes du centre commercial.

Immense. Vraiment immense. Les plafonds hauts, la lumière naturelle qui filtrait encore par les verrières, les allées larges…

... Un Magasin d'ameublement.

....... Un putain de magasin d'ameublement.

Nouvel arrivage de SÈRVÀRÏEN et de KELPERTDETÂN au rayon literie

Des canapés. Des tables basses. Des bibliothèques en kit. Des coussins décoratifs dans des tons "naturels et apaisants". Des cadres avec des citations sur le bonheur imprimées dessus.

J'ai regardé ça un long moment en silence.

Rien de tout ça nous sert à court terme. Pas une boîte de conserve. Pas un litre d'eau. Pas une cartouche. Juste du mobilier pour un appartement qui n'existe plus, dans une vie qui n'existe plus, pour des gens qui n'existent plus.

J'ai le seum, comme dirait personne dans ce groupe à part moi.


J'ai quand même fouillé la réserve avant de repartir. Toujours fouiller la réserve — c'est la leçon numéro un que j'ai apprise tout seul. Les gens pillent ce qu'ils voient, oublient ce qui est caché.

trois pauvres outils, du matériel de manutention et d'installation.

Retour à la grille. Re-escalade. Re-mauvaise humeur.


La Mercedes m'attendait où je l'avais laissée.

J'ai posé les outils dans le coffre, j'ai regardé une dernière fois le centre commercial derrière moi.

Tout ça pour des outils et une immense déception. j'ai tué 50 de mes semblables en décomposition pour trois tournevis et une serpillere....

Le chat du voisin ramène des tournevis

Putain c'est ouf je sert tellement a rien

Je rentre. Je suis seul a la planque, comme toujours mais cette fois ci ça m'arrange, j'ai vraiment l'air con.

1993-07-20 “Trouelle caraïl pastes de nata”


Ce matin, Wedediah m'a donné quelque chose.

Une truelle. En bois. Taillée à la main, visiblement. Pas parfaite, légèrement asymétrique, le manche un peu plus épais d'un côté, mais faite avec soin. Avec intention. Il me l'a tendue sans cérémonie, sans discours, juste un regard tranquille et un petit hochement de tête.

J'ai failli pleurer.

Je dis bien : failli. J'ai serré les dents, j'ai regardé ailleurs une seconde, et j'ai dit merci d'une voix à peu près normale. Mais j'étais pas normal. Personne m'avait rien offert depuis… depuis que tout s'est effondré. Et là, cet Amish sorti de nulle part, avec ses mains calleuses et son silence de cathédrale, il avait pris le temps de fabriquer un truc pour moi.


Je suis reparti explorer. Seul, comme d'habitude. C'est devenu le rythme ici, chacun sort, chacun glane, chacun rentre avec quelque chose ou pas. Le groupe survit par accumulation. D'ailleurs c'est vraiment le foutoir cette planque quand j'y repense.

J'ai pas voulu toucher aux réserves de munition des autres. Déjà que je me sens comme une pièce rapportée dans ce puzzle… m'emparer de leurs munitions, ça les aurait achevé de me convaincre de ma propre inutilité. Alors je suis repassé par une armurerie que j'avais repérée quelques jours avant. La devanture était déjà explosée, mais il restait au fond quelques boites.

J'ai récupéré des balles, le bon calibre cette fois, j'apprends, il y a des tonnes de livres dans la planque.. et j'ai pris un fusil. Pas le plus beau. Pas le plus neuf. Mais le plus simple et surtout, le mien. Personne m'en redevra rien.


Et puis j'ai roulé.

La Ford toussait, calait, repartait dans un sursaut d'orgueil mécanique avant de recaler trente secondes plus tard. Conduire ici, c'est une négociation permanente entre toi et ton ex toxique sur le partage des affaires après un divorce.

Mais je l'ai vu au loin.

Le centre commercial.

Énorme. Immense, même. Un de ces temples du consumérisme d'avant, trois étages, parking à perte de vue, enseigne à moitié tombée qui se balançait dans le vent comme une vieille dent. Mon premier réflexe, c'était l'excitation. Les ressources qu'il pourrait y avoir là-dedans…

Mon deuxième réflexe, c'était les zombies.

Des tonnes de zombies droit devant.


Je sais pas ce qui m'a pris. L'adrénaline, peut-être. L'envie de pas rentrer les mains vides encore une fois. Ou juste un coup de folie douce, va savoir.

J'ai sorti le fusil.

Et j'ai tiré.

C'était pas propre. C'était pas précis. C'était surtout bruyant — et évidemment, le bruit en attire d'autres, je le sais maintenant, mais j'ai tenu. J'ai reculé, j'ai rechargé, j'ai bougé, j'ai tiré encore. Une sorte de danse très moche avec des partenaires très moches.

J'ai failli mourir dix fois. Je compte plus vraiment. Il y a eu le moment où j'ai trébuché sur un plot d'autoroute. Le moment où j'ai cru la voiture morte pour de bon. Le moment où un zombie était déjà a côté de la denetre passager.

. La Ford a calé, j'ai juré, j'ai relancé, on s'en est sortis elle et moi, dans une espèce de solidarité mécanique désespérée. Comme un grand père qu'on ne laisse pas mourir même après sa 7 eme crise cardique.

Je suis pas entré dans le centre commercial. Pas aujourd'hui.


Je suis rentré à la nuit tombante.

La planque était silencieuse. Les autres pas encore là, je sais jamais vraiment ou ils sont. J'ai posé le fusil. J'ai posé la truelle à côté, sur le rebord de la fenêtre.

Le silence pèse. J'ai l'impression d'être le chat du voisin dans ce groupe...

On me nourrit, on me tolère, on me remarque à peine. Peut-être que c'est provisoire. Peut-être que ça changera rien.

Mais demain, il y a un centre commercial à explorer.

1993-07-19 “Je suis un horrible monstre”


Bon… visiblement, j’ai commis un crime.

J’ai mangé des corn flakes.

Ce matin, Ünthrr m’est tombé dessus comme si j’avais saboté toute leur opération. Il parlait vite et j’ai juste retenu deux mots : métabolisme lent. Apparemment, ces céréales étaient pas juste des céréales. C’était… stratégique ?

J’ai rien capté. À un moment, il a commencé à me faire un discours sur les apports, l’énergie, le corps… j’te jure, j’avais l’impression d’écouter une version post-apocalyptique de jujufitcats. Dans une maison remplie de munitions, de flingues et de types qui parlent avec 15 accents, le problème, c’est les corn flakes...

D’accord.

Bref. Ils se sont barrés très tôt en expédition. Encore. Et Denis… ça fait un moment que je l’ai pas vu. Trop longtemps. J’espère qu’il va bien. Même si je pige rien à ce qu’il raconte, sa présence rassurait un peu. Un repère dans ce chaos. Aujourd’hui, je suis ressorti. Et pour une fois… j’ai pas été inutile. Je suis tombé sur un ancien magasin de sport. Dévasté, mais pas vide. Et là, jackpot : un banc de muscu encore en bon état, démonté mais récupérable. J’ai aussi pris des outils. Des vrais. Solides. Pas juste du bricolage de fortune. Ça, au moins… ça me parle. Le retour a été… compliqué. J’ai calé six fois avec leur foutue bagnole. Six. Je commence à comprendre pourquoi je préfère marcher. Et disons que… j’ai croisé quelques “cibles mouvantes”.

J’ai testé le fusil. C’était pas propre, pas élégant… mais ça a marché. Je commence à comprendre la logique de ce monde. Je suis rentré entier. C’est déjà une victoire.

Ensuite, j’ai monté le banc. Ça m’a pris du temps, mais ça m’a fait du bien. Travailler avec mes mains, assembler, comprendre… c’est là que je me sens le plus vivant. Puis j’ai essayé de Faire du sport. Comme Ünthrr disait... J’ai souffert... Mais je vois l’idée.

Dans un monde comme ça, faut tenir. Physiquement, mentalement. Peut-être qu’il a raison, au fond. C’est pas un mauvais bougre. Un peu taré sur les bords… mais pas mauvais.

Ce soir, j’ai lu un peu. J’arrive mieux à me poser maintenant. Et pour la première fois depuis que tout a commencé… j’ai l’impression d’avoir servi à quelque chose.

C’est pas grand-chose. Mais c’est un début.

1993-07-18 “Des balles”


Je dois dire que j'suis pas un fana d'armes en temps normal, mais dans cette affaire-là va falloir se méfier des morts pis des vivants, pis rien de tel qu’un peu de plomb pour décourager les plus téméraires.

J'ai malgré tout eu du flair en voyant arriver ce G.I dans notre petite base, à Jedediah pis moi… et à Chuck si je peux dire.

Il se tenait tellement droit dans ses bottes que j’ai compris qu’il avait pas encore viré fou comme celui qui avait volé mon truck. Ah… si je l’attrape celui-là… Faque le nouveau s'appelle Hunter.

J’ai cru à une joke venant d’un as du fusil comme lui, mais nan… c’est vraiment son nom. Il avait déjà pris ses aises pis il nous a rencardés sur une bonne affaire qu’il avait repérée : une exposition d’armes à feu.

Pour sûr que c’était risqué, mais je pense qu’il valait mieux qu’on mette la main là-dessus plutôt que de laisser ça aux pilleurs ou autres bandits.

Comme j’avais le truck à rafistoler, je les ai rejoints plus tard au volant d’un char qu’on avait récupéré pour les pièces.

Quand j’suis arrivé sur les lieux, ils se battaient déjà au milieu de la rue. J’ai écrasé deux-trois walkers avant de laisser le char dans le fossé.

Faut dire que j’avais pas eu l’information que c’était une mission d’infiltration ou je sais pas trop quoi… faque j’ai tiré sur le premier Z qui s’est jeté sur moi. Après ça, y’avait plus vraiment de discrétion ...

On a réussi à dégager une bonne partie de la rue, mais la place en vomissait toujours d’autres.

On aurait pu continuer… mais la nuit approchait pis on voulait pas rester coincés là quand ça deviendrait noir.

Hunter pis Jedediah avaient repéré une petite ferme isolée pas trop loin, alors on s’est repliés là pour la nuit.

Jedediah avait l’air secoué.

J’pense que tout ça, c’est encore nouveau pour lui.

Le lendemain matin, on devais repartir à l'exposition. Mais rendu là, Jedediah est resté à la ferme pour garder un point sûr au cas où les choses tourneraient mal.

Moi pis Hunter on est retournés finir la job.

Le chemin qu’on avait ouvert la veille était encore relativement clair.

On a avancé prudemment jusqu’à la boutique de l’exposition.

À l’intérieur, y’avait encore pas mal d’équipement.

Des munitions surtout.

Des boîtes derrière le comptoir, dans les présentoirs, pis même dans des caisses encore fermées.

On a commencé à charger ce qu’on pouvait. Mais même pendant qu’on fouillait, on entendait les morts revenir dehors.

Le bruit des coups de feu, des vitres, des moteurs… ça attire toujours du monde...Pis pas le bon monde.

Quand on est repartis, j’les voyais encore dans le rétroviseur...

1993-07-18 “La Cabane”


Toujours aucune idée de la date.

Aujourd’hui… rien de spectaculaire. Et c’est peut-être ça le pire. Je me suis réveillé dans la planque. Silence encore. Mais pas le même que dehors. Ici, c’est un silence habité. Des traces de vie : des outils, des restes de bouffe, des affaires posées un peu partout. Mais pas eux. Webediah, Ünthrr et Denis étaient déjà partis.

Expédition, j’imagine. Ils ont laissé aucune note. Rien. Je crois que je fais pas encore partie du groupe. Alors j’ai fait ce que je pouvais : j’ai attendu un peu… puis je suis sorti. J’ai pris un bouquin au hasard avant de partir. Mauvaise idée. J’ai essayé de lire deux pages dehors, assis contre un mur, mais j’arrivais pas à me concentrer. Chaque bruit me faisait lever la tête. Chaque ombre devenait suspecte.

J’ai quand même exploré un peu plus loin que hier. j'ai emprunté une voiture dans leur jardin, c'est a peine si elle roule....

Et je suis tombé sur une armurerie. La devanture était explosée, porte arrachée. À l’intérieur, un foutoir monstre. Mais encore pas mal de stock. J’ai hésité. Puis je me suis servi. Des balles, surtout. Beaucoup de balles. Et un fusil. Pas trop lourd, pas trop compliqué. J’ai essayé de me rappeler les bases… j’ai jamais été tireur, moi. Ça m’a fait bizarre, d’ailleurs. Tenir ça en main. C’est froid, direct, sans nuance. Rien à voir avec le marteau et l’enclume. Mais bon. On choisit pas le monde dans lequel on survit. Je suis rentré avant la tombée de la nuit. Fatigué. Plus que je l’aurais cru.

Et la maison… vide. Encore.

J’ai posé le fusil. J’ai rangé les munitions avec le reste. Y’en a déjà tellement… ça change rien, au fond. J’ai mangé un truc vite fait. Froid. des corn flakes

Je suis là… mais c’est comme si j’existais pas vraiment. Ils m’ont recueilli, ouais. Mais ils m’ont pas parlé. Pas vraiment. Pas intégré. Je suis une présence en plus. Une bouche à nourrir. Peut-être un poids. Même dans un monde rempli de morts… j’arrive encore à me sentir invisible.

Demain, je ferai peut-être plus.

1993-07-17 “L’odeur de la revanche”


Je m’entends bien avec le groupe. Ils m’ont vite avoué avoir récupéré des armes, et m’ont même confié un bel engin : un fusil à double canon.

De mon côté, je leur ai raconté un peu mon histoire… et surtout que je savais où trouver encore pas mal d’armes à Echo Creek. Ni une ni deux, on a pris la route pour une expédition de nettoyage.

C’est… étrange. J’ai l’impression de vivre une forme de revanche sur mes premiers jours. Comme si reprendre le contrôle effaçait, un peu, le chaos.

Ça nous a pris du temps, mais on y est arrivés.

J’ai vu des choses sombres à la guerre… mais jamais autant de corps jonchant le sol. Tout ce sang. L’odeur… Les corps démembrés…

Même pour un vétéran comme moi, ça laisse des traces.

1993-07-16 “L'enfer du Gun Mart”


Un type a remonté l'allée sans prévenir, il avait rien avec lui. Pas de baluchon, pas d'armes. J'ai sorti mon flingue sans vraiment y penser, depuis la mort de Chuck je me sens tendu, trop prompt à réagir. C'est finalement Denis qui s'est occupé des présentations, en baragouinant quelques mots d'anglais, me jetant des regards quand il arrivait pas à articuler sa pensée. J'ai comblé les trous comme je pouvais, je sais pas ce qui me prend ou pourquoi j'ai réagit comme ça. Je m'en veux un peu, c'est pas comme ça qu'on m'a éduqué. Mais le monde dans lequel on m'a éduqué n'existe plus.

Hunter s'est aisément inséré dans notre groupe, comblant maladroitement un vide qu'on ne voulait pas nommer. Dans cette nouvelle vie, les journées sont sans fins, les nuits sans repos. Le monde a vraiment plus de sens. Je me suis retrouvé au volant d'une voiture, paraît que y a des chevaux sous le capot, j'ai été cherché des clopes et des vivres. Les clopes pour mes nerfs. Qu'est-ce que dirait mon père de ce que je suis devenu. Ca fait même pas une semaine que je suis parti.

Y avait un mec, un peu bizarre, au motel. On s'est retrouvé bloqué ensemble à cause d'un boucan d'enfer attirant les zombies. Je l'ai ramené, je pense pas que j'aurais pu le laisser derrière, même s'il sentait un peu bizarre. Il est venu avec Hunter et moi visiter les alentours, déblayer de nouvelles zones. Il est pas très adroit, mais il fait de son mieux.

On a été au Gun Mart avec Hunter, on a laissé notre nouvel arrivant à la maison, il était pas prêt pour une mission comme celle-là. Y avait tellement de Z que j'ai abandonnée l'idée de les compter. On s'est mis à taper, les attirant les uns après les autres. Puis on l'a entendu, Denis, au volant d'un bolide rugissant qui attira une horde nous prenant de revers. Pendant une seconde je pouvais me remémorer la fatigue de ce jour-là, c'était y a si peu de temps. On s'est éloigné avec la voiture puis on a recommencé à se frayer un chemin. On a eu beau déblayer l'entrée, il en restait toujours plus. On s'est même fait quelques frayeurs.

Finalement, on a battu en retraite, retournant à la voiture avant de se trouver une maison le long de la route de retour. Je suis rentré en premier, le cœur au bord des lèvres. Y avait un étage, ça paraît naïf, mais j'avais besoin d'y aller. Besoin de m'assurer que y avait personne, que ça n'arriverait à personne. L'étage était vide, la vie à continuer. Ca ne fait pas une semaine que j'ai quitté la communauté et je ne me reconnais déjà plus.

1993-07-16 “Le Motel”


Je sais pas quel jour on est. Franchement, je sais même pas si ça a encore un sens.

Je me suis réveillé dans ce motel miteux, avec un goût de métal dans la bouche et le crâne fendu en deux. Le genre de réveil où t’as l’impression que ton cerveau a été passé à la forge. Sauf que cette fois, c’était pas la gueule de bois habituelle… c’était pire. Beaucoup pire. Le silence m’a frappé en premier...

Pas de voitures. Pas de télé. Pas de voisins qui râlent. Rien. Juste un silence lourd, presque vivant. J’ai ouvert la porte, encore à moitié défoncé par… je sais même plus quoi, et là… le vide.

Une rue morte. Littéralement.

J’ai compris assez vite. Trop vite.

Les corps. Les traces. Et surtout… ceux qui bougent encore sans être vivants.

J’ai pas réfléchi longtemps. J’ai marché. J’avais besoin de bouger, de rester en vie, c’est tout.

C’est là que je suis tombé sur lui.

Un type sorti d’un autre siècle. Barbe épaisse, chemise simple, regard calme. Il s’appelle Webediah. Amish. Oui, Amish. En pleine fin du monde.

Et le pire ? Il conduit.

Mal. Très mal.

Je suis monté dans sa carriole toute cabossée (je sais toujours pas comment ça tient), et j’ai cru mourir trois fois en dix minutes. Il roulait comme un dingue, et il s'est pris le premier arbre venu

À un moment, j’ai dit stop. Je préfère les zombies...

Je lui ai dit que je finirais à pied. Il a haussé les épaules, comme si c’était la décision la plus normale du monde.

Et c’est là que j’ai rencontré les deux autres.... Pas accueillants. (mais riches)

Le premier, un gars bizarre, en train de cuisiner comme si on était dans un resto cinq étoiles. Il m’a dit s’appeler… Ünthrr ? Un truc du genre. J’ai rien pigé à la moitié de ce qu’il racontait, mais il avait l’air sûr de lui.

Le deuxième, Denis. Canadien. Encore pire.

Entre les trois, j’avais l’impression d’être au milieu d’une radio mal réglée. Ça parlait, ça bougeait, mais j’étais complètement largué.

Pourtant… ils m’ont pas buté... C’est déjà ça.

Ils m’ont emmené à leur planque. Une maison paumée, loin de tout. Solide. Bien pensée. Et surtout… blindée.

Des armes. Des munitions. Des caisses entières. De quoi tenir longtemps. ET UN PUTAIN DE CAMTAR, METALLL

Et moi, au milieu de tout ça, je me suis senti… inutile.

Je suis forgeron. Enfin… stagiaire. J’ai passé des heures à frapper du métal, à apprendre à donner forme à des trucs qui servent… mais ici ?

Ils ont des flingues. Des balles à ne plus savoir quoi en faire.

Qui a besoin d’un type qui tape sur du fer quand tout se règle avec une détente ?

Mais au fond… peut-être que ça a encore une valeur. Réparer. Fabriquer. Adapter....

Dans un monde qui s’effondre… quelqu’un devra bien reconstruire.

On verra demain.

Si demain existe encore....

1993-07-15 “Brandenburg”


Chuck est mort.

2 jours plus tôt, on était tombés sur un truck de l’armée à une station-service. Le genre de machine que tu remarques tout de suite : gros, solide, avec masses d’armes et de munitions. C’était pas mon camion, mais maudit que ça faisait du bien de reprendre un vrai volant, pas juste ce p’tit char qu’on traîne depuis que'que jour.

J’ai accroché une remorque derrière pis on est partis vers Brandenburg. Officiellement pour faire un peu de reconnaissance… mais aussi pour inaugurer la bête, si on veut dire ça de même.

Le problème, c’est que l’axe principal était en travaux. Barré net. On a dû faire demi-tour pis passer par une petite route secondaire. C’est là qu’on s’est retrouvés coincés à côté d’une école.

Chuck nous a fait signe d’entrer dans le bâtiment. On l’a suivi mais les walkers arrivaient de partout. Des couloirs et des salles de classe… on entendait cogner et traîner les pieds. À un moment donné, on s’est séparés sans même s’en rendre compte.

Moi, j’ai enfoncé une porte de sortie de secours pour me sauver dehors… pis je me suis retrouvé face à face avec un zombie. À deux pieds de moi. Y m’a pas eu… mais c’est passé proche. J’ai fini par retrouver Chuck pis Jedediah dans la cour de l’école. On a fracassé des crânes pendant des heures, on dirait. Jusqu’à ce que la nuit tombe.

À un moment donné j’ai continué à me battre… mais eux, je les voyais plus. Je pensais qu’ils étaient partis en retraite.J’ai trouvé une petite maison pas loin pour me planquer pis attendre le jour. Mais dans la nuit, j’ai entendu un cri. Juste à côté. La maison voisine.

Alors j’ai couru.pis c’est là que je les ai vus.

Chuck était assis par terre, le dos contre un mur, une main sur la nuque. Jedediah était à côté de lui, en train d’essayer de lui mettre un bandage.

Chuck s’était fait mordre.

On sait tous ce que ça veut dire. On l’a tous vu arriver.

J’vais être honnête… pendant une seconde, j’ai pensé le laisser là.

Ça me fait mal de le dire, mais je voulais pas risquer qu’il se transforme dans le truck pendant qu’on roulait.

Mais au fond… j’étais pas capable de faire ça.

Je sais pas trop ce que Jedediah en pensait. Il a rien dit.

On est juste retournés au camion.

On est montés dedans rapidement… mais sans faire un bruit. Juste le son des roues sur l’asphalte. Rien d’autre.

Pis je sais pas si c’était la fatigue… ou le poids de la situation… mais j’ai pas vu une voiture stationnée sur le bord de la route faque qu'on l’a frappée.

Le truck a pris le choc, mais il a quand même roulé jusqu’à l’abri.

Va falloir que je le répare.

Quand on est arrivés, Jedediah s’est mis à creuser un trou.

Chuck, lui… y’a rien dit. Il s’est juste assis à côté pis il a attendu.

J’en ai rarement vu un aussi stoïque. J'pense qu'il était suffisamment reconnaissant qu'on l'abandonne pas la bas et quand c’était fini… on l’a enterré là.

Jedediah a planté une croix. Je sais même pas si Chuck croyait à ça… mais Jebediah, lui, ça comptait. Fait que j’ai rien dit.

À la fin, j’ai posé son béret dessus.

1993-07-15 “La légende de Chuck McCoy”


2 Samuel 1:25

" Comment des héros sont-ils tombés au milieu du combat?

Comment Jonathan a-t-il succombé sur tes collines? "

Y a à peine deux jours qui se sont passés depuis le début de cet enfer, mais c'est comme si toute une vie s'était écoulée. On se parlait de pas grand chose avec Chuck, c'est un peu difficile de comprendre Denis, mais ça fonctionnait. On avait beau ne pas se connaître 48h plus tôt, on arrivait à ce que ça roule.

Chuck a trouvé un camion à une station essence, il m'a laissé avec la voiture à l'attendre. Je savais pas quoi faire, mais je doutais pas du fait qu'il reviendrait. Il avait l'air tellement serein quand il est parti. Il est revenu avec un truck, on aurait dit un objet sorti tout droit des enfers. Il était sincèrement heureux à l'idée de surprendre Denis avec, faut dire qu'il était rempli d'armes. On avait aucune idée de comment attacher la remorque par contre, mais il aura pas fallu longtemps à Denis, une fois au volant, pour aller récupérer sa remorque et revenir triomphant.

C'est triomphants qu'on a pris le camion pour aller à Brandenburg. J'avais jamais vu que les abords de la ville avec ma famille, ça m'a fait bizarre de rentrer dedans. Voir tous ces corps, sans âme. Ces gens errants sans salut.

On s'est retrouvé bloqué par des travaux sur la route, il a fallu sortir précipitamment en repoussant les zombies qui nous acculaient en masse. Je me suis retrouvé à contourner l'école, seul, avant de retrouver Chuck et Denis dans la cours. A partir de là, je me souviens de rien juste d'avoir donné des coups jusqu'à ce que l'épuisement ne me donne des crampes au bras. Je n'avais jamais vu autant de violence, jamais été source d'autant de violence. La nuit tomba, le reste de notre énergie aussi, on s'est retrouvé dans une maison avec Chuck, sans savoir ou Denis avait filé. Sans un mot, je suivais Chuck le temps qu'on sécurise la maison, on a fait le tour du rez-de-chaussée. Puis on est monté, ça a été si vite.

Il a ouvert la porte, on a pu entendre le claquement de dents si distinctif des Z, puis la porte s'est refermée sur lui. Quand elle s'est rouverte, le Z était à terre et il se tenait le cou pour que le sang cesse de gicler partout. J'ai fait un bandage avec ce que j'avais dans le fond de mon sac, mais je pouvais pas ignorer la marque de dents qui était maintenant gravée dans sa chair.

Je sais pas vraiment comment on est rentré. Comment Denis nous a retrouvé. On est rentré dans le silence, quand on est arrivé je savais pas quoi faire de mes mains à part tailler un semblant de pelle pour faire un trou décent. Assez grand pour qu'on ait la place de l'allonger confortablement, assez profond pour que des animaux aient pas l'idée de le déterrer. Il méritait mieux que ça.

Je sais pas s'il croyait en quelque chose, mais c'était un homme bien. Je sais pas s'il aurait aimé ça, mais je pouvais pas laisser sa tombe sans stèle. Je lui ai fait une croix avec son nom, pis un verset de Samuel.

Le silence a un autre goût depuis qu'il est plus là.

1993-07-15 “Un refuge ?”


Après une nouvelle journée de marche, j’ai fini par trouver leur repaire. Ils n’avaient pas l’air hostiles… plutôt abattus, même.

Après trois jours à errer, je ne pensais plus qu’à une chose : trouver un endroit où me reposer. Et puis, au fond, il vaut mieux se rapprocher d’inconnus que de rester seul, livré à ces… choses.

Ils m’ont finalement accueilli sans méfiance, malgré la lourdeur qui pesait sur les premières heures. J’ai vite compris pourquoi : ils venaient de perdre l’un des leurs un peu plus tôt. Ça explique l’atmosphère.

Bon… on verra bien où tout ça nous mène.

1993-07-14 “Le jour où tout a dégénéré”


C’est le chaos partout. Ça fait des jours que j’erre entre la route KY-144 et la KY-60…

Le congrès de la NRA ne s’est pas du tout déroulé comme prévu. Trop de monde. Une foule compacte, agitée, incontrôlable. Puis la panique — soudaine, brutale — avec des gens lourdement armés de fusils. J’ai eu énormément de chance de m’en sortir en un seul morceau.

J’ai tenté de rejoindre mon magasin, mais au croisement de DeerHead et Leaffall, j’ai aperçu un camion qui s’éloignait. Des pilleurs, sans aucun doute…

Tant pis. Je vais les suivre. On verra bien où ça me mène.

1993-07-13 “La Géhenne”


Je ne sais pas comment elle a réussi à se procurer des billets, mais elle m'en avait donné assez pour payer une semaine au motel. Juste de quoi trouver un travail en ville, commencer une nouvelle vie. Honnêtement, les premiers jours, je n'ai pas quitté ma chambre. Je contemplais le plafond et la tâche d'humidité en forme de croissant de lune au dessus de mon lit. Dehors, il y a le monde. Un monde auquel je ne comprends rien.

Le troisième jour, j'ai émergé, espérant trouver le courage de recommencer. De l'autre côté de la porte, ne m'attendait que le chaos. J'ai abandonné mon monde, pour être témoin de la chute d'un autre.

Des êtres désincarnés, des horreurs arrachés à nos histoires d'enfants, sont sortis du bois derrière le motel. Dans la cohue, un couple m'a bousculé et je suis tombé tête la première. Un bougre aux cheveux longs, les traits amiables biens qu'un peu bourrus m'a aidé à me relever. Sans réfléchir, je l'ai suivi avant qu'on tombe sur un gars à l'accent incompréhensible. Très vite, ils ont pris les choses en main sans même se parler. Face à l'indicible y a pas vraiment de mots. Rapidement, je me suis retrouvé une arme entre les mains, on a fait le plein de ressources. On m'a donné des vêtements un peu trop grand, un peu épais, de quoi passer la nuit.

On s'est trouvé une maison... Pour quoi faire ? Je sais pas vraiment.

1993-07-13 “Motel”


J’te jure que si j’attrape le gars qui m’a piqué mon char, y va passer un sale quart d’heure. Pas une petite chicane là… un vrai règlement de comptes.

En attendant d’avoir d’autres instructions du central, je m’étais arrêté din' p’tit motel miteux sur la route qui mène vers Brandenburg. Rien de bien fancy : un vieux néon qui grésillait, un comptoir en faux bois pis une réceptionniste qui avait l’air aussi fatiguée que la bâtisse.

Pendant que j’étais en train de louer la chambre, j’ai entendu le moteur de mon camion partir dehors.

Au début j’ai pas trop réagi. Je me suis dit que j’avais peut-être mal entendu… mais non. Par la fenêtre j’ai vu mon propre camion s’éloigner sur la route.

Là j’peux te dire que le sang m’a monté à la tête.

J’suis sorti en trombe… mais c’est là que tout a viré au bordel.

Les gens se sont mis à courir dans tous les sens. Y’avait des cris, du monde qui trébuchait dans le stationnement. Pis là j’ai compris pourquoi : des morts-vivants sortaient du bois derrière le motel.

Pas deux ou trois. Une gang.

Heureusement que je me débrouille un peu en anglais, parce que sinon j’aurais été dans la marde solide. J’ai fini par faire équipe avec deux gars qui traînaient dans le coin : un grand gaillard qui devait peser facile deux cents livres, pis un autre type qui disait venir d’une famille mormone. Pas trop jasants, mais dans ce genre de situation, ça prend pas un doctorat pour se comprendre.

On a sécurisé le motel comme on pouvait mais on est vite arrivés à la même conclusion : rester là, c’était une mauvaise idée.

Un peu plus loin sur la route, y’avait une station-service. On s’est dit qu’on aurait peut-être une chance d’y trouver de la bouffe, de l’essence… pis idéalement quelque chose pour se défendre.

On a pas perdu de temps.

La route était étrangement silencieuse, sauf pour les gémissements qu’on entendait parfois sortir des arbres. Arrivés à la station-service, on a fouillé chaque recoin. Pis là, pour une fois, la chance était de notre bord.

On a trouvé de quoi se ravitailler comme du monde : conserves, bouteilles d’eau, quelques outils… pis même des armes ! Assez pour tenir tête à ces affaires-là.

Heureusement que j’suis un habitué de la chasse. Un fusil, j’sais comment m’en servir.

Ce qui est drôle — enfin, drôle… façon de parler — c’est qu’on s’est compris assez vite, même sans trop parler. Les priorités étaient claires pour tout le monde :

de la bouffe, des armes, pis de quoi survivre une autre journée.

On a aussi trouvé des cartes routières derrière le comptoir. Le problème, c’est que j’comprends pas grand-chose aux indications écrites. Mais les routes, ça… ça je les reconnais.

Pis une chose est sûre :

Faut vraiment que je sacre mon camp de ce pays infernal.