“Des survivants, de l'espoir et un ventre plein”


Je raconte vraiment n'importe qu

Hier, j'ai cru humer les effluves enivrantes d'un burger. Je commence à me demander si je suis pas en train de perdre la tête.

Pa' et Ma' m'ont dit de les attendre, j'ai fini par perdre le fil. Ca fait combien de temps? Une semaine? Deux? Ils sont où ? Je commence à avoir faim moi. J'espère qu'ils se sont pas perdus.

J'ai faim. Faim comme j'ai jamais eu faim. Faim au point de me demander si je pourrais pas vivre sans un morceau de ma main, voir un doigt. Honnêtement, même s'il est plus court, c'est le pouce qui a l'air le vachement plus alléchant.

Ce matin, j'ai du me rendre à l'évidence, il y avait plus rien à boire. Ca fait des jours que j'ai plus rien à manger. Même les souris qui infestaient les murs ont disparues. Rester dans cette cave, c'était une lente mise à mort. J'ai laissé un mot derrière moi, la direction général dans laquelle je comptais aller.

Tout est bruyant. Si bruyant.

Quand j'ai finalement réussi à ouvrir la porte, j'ai été aveuglé par la lumière du jour, les sons, les odeurs. Tout était insoutenable. J'étais tellement désorienté que je n'arrive même pas à me souvenir combien de temps je suis resté là à contempler la rue de mon enfance, puis le silence. Pas un bruit, pas une âme. Personne.

C'est la faim qui m'a poussé à avancer, la peur aussi. J'ai entendu des coups de feu au nord-ouest, y avait pas le choix, j'ai rebroussé chemin pour partir en sens inverse.

Je sais pas combien de temps j'ai marché. J'ai l'impression d'avoir perdu la fin de ma lucidité. J'ai l'impression d'avoir erré des jours, mais peut-être que pas du tout. J'ai finalement reconnu une odeur, quelque chose de différent. Pas une odeur acre de sueur, ni la putréfaction se dégageant d'un zombie. Non, quelque chose de doux, de fragrant, comme le poulet roti du dimanche matin que Ma' préparait après avoir visité l'église.

J'ai pas réfléchi. Faut dire, mes profs d'école aimaient bien me dire que je réfléchissais pas beaucoup.

J'ai remonté l'allée, fouillé une carcasse de voiture et trouvé un fusil. Je sais même pas comment on charge cette affaire, mais je l'ai pris. Même si je sais pas comment me défendre, j'allais pas en plus avoir l'air sans défense! C'est un peu tremblant que je suis arrivé à la barrière, je pointais mon fusil partout jusqu'à ce qu'un gars avec une moustache impeccable et un drôle d'accent m'accoste. J'ai pas eu le temps de comprendre qu'il pointait son arme sur moi et pour sur la sienne devait être chargée! Il tirait une drôle de mine, je sais pas, il avait l'air triste. Quand j'ai fini par déposer le fusil en lui disant que je l'avais trouvé dans l'allée, il m'a dit de le suivre dans la maison. J'avais beau crever de trouille, j'avais encore plus faim. Quand je suis rentré dans sa maison, leur maison, je me suis rendu compte que je devenais pas fou. Y avait un rôti qui refroidissait dans le four et de la nourriture plein le frigo. Puis de l'électricité! Denis m'a servi une assiette bien généreuse en me parlant des trois autres gars avec qui il vit, il m'a donné un endroit où dormir et j'ai pas posé de question sur le tas de terre fraiche au fond du jardin. J'arrive qu'à penser au petit-déjeuner malgré mon estomac plein à craquer.