“Deux cadavres”


La Mercedes commence a faire des bruits qui semblent couter cher

Je lui en veux pas. Je lui avais fait faire des choses pour lesquelles elle était pas conçue. Ramener des kilos de glaise dans une route boueuse et pleine de débris, c'était pas le meilleur pour une citadine haut de gamme.

Donc il me fallait autre chose. Quelque chose de plus gros, de plus haut, de plus solide. Quelque chose qui rigole des chemins forestiers et des charges lourdes

Je suis allé explorer vers l'ouest.

J'ai trouvé une ferme au bout d'une heure. Une vraie, avec du bétail encore vivant qui errait dans les enclos, des vaches qui me regardaient comme si j'allais leur expliquer ce qui s'était passé.

J'avais pas de réponse pour elles.

j'ai trouvé ce que je cherchais, le dieu de la bagnole est avec moi, Une magnifique GLC Noire intact avec la clé sur le contact et encore du carburant, quel hasard ! décidément, le survivant Bruce Brass roule en Mercos de mafieux !

J'ai fait le kéké, enorgueilli par ce que je croyais être de la chance, qui n'était en fait que la lanterne d'un dieu sombre m'attirant vers une fin certaine...

A côté de la ferme, un bâtiment long et bas que j'aurais pu ignorer. J'aurais dû l'ignorer.

J'ai ouvert la grande porte coulissante du bâtiment... Une usine à œufs. Des dizaines de milliers d'œufs. Des millions peut-être, Tous pourris. dans leurs alvéoles en plastique verdâtre, gonflés par les gaz de putréfaction, avec les asticots et des mouches par poignées. De la pourriture à perte de vue dans la pénombre.

AAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHHHHHH

Avant que je ne réalise ce que je voyais, L'odeur m'a assommé net à l'entrée comme un coup physique, quelque chose de chaud et de sucré et d'absolument innommable. tout mon être avait envie de dégueuler J'ai reculé en titubant et en fermant les yeux. sous le choc et traumatisé.

Et c'est là que j'ai fait une erreur.

Un zombie dans l'angle mort du bâtiment, que j'avais pas vu, que j'aurais dû voir si j'avais gardé les yeux ouverts. Faux mouvement en reculant, le pied qui glisse sur quelque chose, le bras qui part dans le mauvais sens au mauvais moment.

Sa bouche sur mon avant-bras.

J'ai senti les dents.

J'ai hurlé, je crois. Ou peut-être pas. Peut-être que j'ai juste repoussé et couru et claqué la portière et appuyé sur l'accélérateur du GLC sans vraiment réfléchir, le cerveau en mode panique pure, les mains qui tremblaient sur le volant.

J'ai roulé jusqu'au bâtiment de la forge...

Celui que j'avais commencé à construire, pierre par pierre, les jours d'avant. Pas terminé. Pas grand chose encore, en vérité. quelques murs à mi-hauteur et beaucoup d'ambition. qui deviendront sans doute des rêves brisés

Je me suis pris un arbre, le GLC s'est arrété net. je m'en branle.

Je suis entré en courant, j'ai même pas pris le temps de dire bonjour a Denis qui m'a vu détaler les yeux fous, Je me suis enfermé, j'ai posé mon dos contre la maçonnerie fraîche, et j'ai regardé mon bras.

Une éraflure. La peau légèrement ouverte sur deux ou trois centimètres. Du sang, pas beaucoup. Les dents avaient pas traversé vraiment. Ou si ? Je sais pas. Je sais plus. Je distingue plus ce que j'ai senti de ce que j'ai imaginé sentir, j'ai envie de pleurer.

Est-ce que c'était une morsure ?

Je sais pas.

Je pleure pour de vrai

Je sais pas et c'est la phrase la plus terrifiante que j'ai jamais pensée.

Je vais sans doute crever.

J'ai attendu là, dans la pénombre de ma forge inachevée, à regarder mon bras comme s'il allait me donner une réponse. À me demander combien de temps ça prend. Si ça fait mal. Si on le sent venir ou si ça arrive comme un sommeil...