“Ekron - Le message”
Je me suis abrité dans une maison au bord de la route, juste avant la voie ferrée. J’ai tout cloisonné et barricadé, autant que possible. Je ne suis clairement pas le premier à avoir visité cette maison, ni même le premier à être passé par cette ville, ça se voit assez vite quand on prend le temps de regarder autour de soi.
J’ai rencontré deux personnes dans la ville.
Après la casse, je suis rapidement tombé sur une école et sur des cadavres. Je veux dire, des cadavres bien morts cette fois-ci. J’ai suivi la piste discrètement à l’intérieur, puis par la sortie de secours à l’arrière, et là j’ai découvert une vraie traînée de macchabées qui jonchait les rues. Je ne savais pas bien à quoi m’attendre, mais je n’ai pas non plus eu beaucoup de temps pour y penser. Il y avait des corps, c’est sûr, mais encore énormément d’errants avec eux.
Je me suis battu jusqu’à m’en blesser à la jambe. C’était envisageable, alors je n’ai pas paniqué. J’ai simplement marché pour récupérer des forces et surtout pour ne pas aggraver la plaie. Les Z sont généralement plus lents que moi, c’est une bonne chose, et tant que je garde le dessus comme ça, je peux continuer à avancer.
J’ai donc traversé la ville en évitant les grosses hordes et, surtout, en évitant les zombies qui s’approchaient de trop près. Ils se sont entassés derrière moi au fur et à mesure, et j’ai fini par réussir à les semer en passant par les jardins. Les clôtures les ralentissent, finalement. Plus que moi en tout cas, et c’est déjà ça.
C’est là que tout s’est enchaîné.
J’ai vu une voiture sur un parking et j’ai tenté ma chance. Les dieux m’ont répondu : les clefs étaient sur le contact. J’ai démarré et je suis reparti en arrière quand la présence du matériel sur les sièges m’a fait réaliser que c’était probablement la voiture de ceux qui avaient vidé l’école.
J’ai hésité à prendre la caisse et à me barrer. Mais le mauvais œil m’aurait suivi.
D’ailleurs, rien que d’y penser, il m’avait déjà suivi. Les zombies étaient déjà agglutinés contre les vitres.
C’est incroyable comment le temps se compresse dans ces moments-là. Beaucoup de choix s’offrent à nous, mais il faut pourtant en faire un, et j’ai choisi, une fois encore, le plus honorable.
Je suis sorti.
J’ai laissé la voiture là et j’ai fait le tour des commerces, en repoussant les zombies qui s’approchaient toujours un peu trop près. C’est là que j’ai entendu la voiture repartir. Je savais que ce n’était pas un zombie, alors j’ai appelé à l’aide, et forcément, les quelques zombies qui m’ignoraient jusque-là se sont retournés vers moi.
J’ai commencé à fuir la horde et c’est comme ça que je suis tombé sur eux.
Un jeune qui avait l’air surpris de voir un autre survivant, et un moins jeune qui semblait surtout inquiet. J’ai à peine eu le temps de les prévenir du danger qu’ils m’avaient déjà laissé sur place.
Alors j’ai attiré ce que je pouvais sur moi. Il ne fallait pas que les zombies les prennent en chasse, et puis, peut-être comme un signe, j’ai retrouvé ma force et ma fougue au pied d’une église. J’ai éliminé une bonne poignée de ces affamés avant de les semer à nouveau pour aller me reposer sur la banquette arrière d’un taxi isolé.
À la tombée de la nuit, je suis reparti et j’ai suivi une nouvelle piste de corps jusque-là, au coin de la rue et au-delà. Après ça, c’est la campagne, jusqu’au moins Rosewood, je pense. Ils vont probablement repasser par ici.
Alors je leur ai laissé un message.
Ça m’a pris la nuit entière. Le soleil se lève maintenant, mais je vais les attendre.
Je ne sais pas vraiment ce que je leur dirai s’ils reviennent. Peut-être rien de particulier. Je ne sais même pas s’ils se souviendront de moi, ou s’ils comprendront pourquoi je les ai suivis jusque-là.
Mais s’ils repassent par cette route, ils sauront au moins qu’il y avait quelqu’un ici qui les attendait.