“Fin du chemin, Irvington”
On est parti en début de matinée avec Thorgar. Quelques vivres dans le coffre, une idée approximative d'où on voulait aller. On s'est arrêté sur le chemin à une usine de bois dont il avait entendu parler je crois. Au final, y avait pas grand chose. On y a passé presque une journée à tuer des Zeds, se reposer, se remettre en marche, tuer d'autres Zeds. Thorgar a chopé une sacrée toux, ça fait des jours qu'on est sous la flotte en permanence tellement il pleut. Je l'ai un peu chambré sur sa tenue, s'il avait au moins une veste peut-être qu'il serait pas en train de cracher ses poumons.
On aurait pu s'arrêter là, mais ça fait des jours que ça me démange. Peut-être que j'ai l'espoir naïf et stupide que quelqu'un puisse avoir survécu à tout ce bordel. Que même si j'ai perdu Pa' et que je sais pas où sont Otis et Tucker, il reste peut-être quelque chose de familiers dans les parages.
J'aurais pu tourner à droite vers la maison, mais j'ai fait un choix. Thorgar a rien dit. Il s'est contenté d'hocher de la tête en recommençant à déchirer du tissu tranquillement malgré son rhume et ses quintes de toux. Il est solide. Increvable carrément.
On a commencé par nettoyer le voisinage un peu éloigné de la ville avant de s'arrêter au garage à l'entrée de la ville et le magasin lui faisant face. La nuit est tombée, mais c'est pas le genre de mon binôme de se cacher dans une maison jusqu'au levé du jour. Je me suis retrouvé une lampe torche dans une main, ma batte dans l'autre. C'est sacrément moins efficace, mais ça fait le taff. On a avancé comme ça tranquillement la majorité de la nuit. Il faisait tellement noir qu'on a raté la station de pompier et qu'on a finit par vider la mairie. Je l'entends déjà le vieux McCoy nous passer un savon sur la prise de risque inutile.
J'en rigolerai si la situation était différente.
Tout semblait facile, un peu trop facile. On a continué à avancer dans la ville en se reposant l'un après l'autre jusqu'à arriver à la station essence et au vidéo store installé derrière. On s'est fait le parking, puis le tour du magasin. Thorgar a vidé ses affaires dans le humvee le temps que je mange un bout. Y avait plus personne autour, ça semblait presque serein.
Si j'ignorais les trainées de sang sur le sol, les corps étendus de leur long ci et là, j'aurais pu imaginer revoir mes camarades de classe venus louer des cassettes pour le weekend. Comme si j'étais venu acheter de quoi manger avant de rentrer au ranch tout en faisant le plein du pickup de Pa'. Au lieu de quoi, la ville dégageait une puanteur insoutenable et ne résidait plus ici que les cadavres et nous.
J'ai perdu Thorgar une seconde de vue. Je pense que je me suis peut-être un peu perdu dans mes souvenirs. Je l'ai pas entendu. Ils font tous un bruit si reconnaissable, le râle rauque et monstrueux s'échappant de leurs gorges putréfiées me tenant éveillé la nuit parfois. Là... Le silence.
J'ai même pas pousser un cri, rien. Malgré mon dégoût du sang, j'ai bandé proprement les trois morsures, la griffure aussi. Thorgar a du entendre la lutte, il est revenu sans que je doive l'appeler. J'ai rien dit.
Il a du comprendre à ma tête ce qui venait de se passer. J'avais pas la force de l'expliquer.
Putain. Je vais devoir l'annoncer à Chuck. Je sais pas comment lui dire.