1993-07-??? “La Cabane”
Toujours aucune idée de la date.
Aujourd’hui… rien de spectaculaire. Et c’est peut-être ça le pire. Je me suis réveillé dans la planque. Silence encore. Mais pas le même que dehors. Ici, c’est un silence habité. Des traces de vie : des outils, des restes de bouffe, des affaires posées un peu partout. Mais pas eux. Webediah, Ünthrr et Denis étaient déjà partis.
Expédition, j’imagine. Ils ont laissé aucune note. Rien. Je crois que je fais pas encore partie du groupe. Alors j’ai fait ce que je pouvais : j’ai attendu un peu… puis je suis sorti. J’ai pris un bouquin au hasard avant de partir. Mauvaise idée. J’ai essayé de lire deux pages dehors, assis contre un mur, mais j’arrivais pas à me concentrer. Chaque bruit me faisait lever la tête. Chaque ombre devenait suspecte.
J’ai quand même exploré un peu plus loin que hier. j'ai emprunté une voiture dans leur jardin, c'est a peine si elle roule....
Et je suis tombé sur une armurerie. La devanture était explosée, porte arrachée. À l’intérieur, un foutoir monstre. Mais encore pas mal de stock. J’ai hésité. Puis je me suis servi. Des balles, surtout. Beaucoup de balles. Et un fusil. Pas trop lourd, pas trop compliqué. J’ai essayé de me rappeler les bases… j’ai jamais été tireur, moi. Ça m’a fait bizarre, d’ailleurs. Tenir ça en main. C’est froid, direct, sans nuance. Rien à voir avec le marteau et l’enclume. Mais bon. On choisit pas le monde dans lequel on survit. Je suis rentré avant la tombée de la nuit. Fatigué. Plus que je l’aurais cru.
Et la maison… vide. Encore.
J’ai posé le fusil. J’ai rangé les munitions avec le reste. Y’en a déjà tellement… ça change rien, au fond. J’ai mangé un truc vite fait. Froid. des corn flakes
Je suis là… mais c’est comme si j’existais pas vraiment. Ils m’ont recueilli, ouais. Mais ils m’ont pas parlé. Pas vraiment. Pas intégré. Je suis une présence en plus. Une bouche à nourrir. Peut-être un poids. Même dans un monde rempli de morts… j’arrive encore à me sentir invisible.
Demain, je ferai peut-être plus.