“La route”
Quand Hunter est revenu à la cachette… j’te mentirai pas, le sang m’est monté direct à tête. À croire que passer la nuit sur mon truck, ça m’avait rien fait pantoute.
J’ai même pas réfléchi.
J’ai pris mon fusil pis j’ai tiré dans sa direction.
J’sais pas si j’voulais vraiment le toucher… ou juste lui faire comprendre. Mais calisse que ça m’a fait du bien sur le coup.
Lui, y’a pas hésité longtemps. Y’a détalé comme un lièvre pis y s’est réfugié sur le toit. Après ça, ça s’est mis à tirer dans tous les sens. Pas un vrai combat… plus deux caves trop en colère pour lâcher prise.
Pis là — CRAC.
Notre barrique d’eau.
Éclatée.
Le silence est tombé d’un coup. Pas besoin de se parler pour comprendre qu’on venait de faire une ostie de connerie. Dans ce monde-là, l’eau… c’est pas juste précieux. C’est la vie.
J’suis monté voir les dégâts. Y restait pu grand-chose. Notre chicane venait de coûter cher. Pas juste à nous deux… mais à Jeb pis à Bruce aussi.
J’suis redescendu sans dire un mot.
J’ai pris la bouteille de vodka qu’on gardait pour les “occasions”. J’ai servi deux verres. J’lui en ai tendu un.
On s’est assis.
On a bu.
Pis à un moment donné… on s’est mis à rire.
Un rire un peu nerveux, un peu fatigué. Comme si toute la pression des derniers jours sortait d’un coup. La mort de Chuck, les runs, la fatigue… tout ça nous pesait plus qu’on voulait l’admettre.
—
Après ça, on s’est repris.
Plan simple : retourner à Brandenburg, trouver un truck en bon état, pis filer à Oakshire pour vider l’armurerie comme du monde.
On a pris le pickup que j’avais rafistolé. Pas parfait, mais y faisait la job. La route était tranquille, presque trop. Brandenburg aussi… quelques Z qui traînaient, rien de bien méchant.
J’ai trouvé un truck. J’suis monté dedans pis j’l’ai démarré aux fils.
Le moteur roulait comme un charme.
Trop comme un charme.
Le bruit a attiré des zombies de partout. En quelques secondes, la rue s’est mise à bouger. Faque on a pas niaiser : j’ai embrayé pis j’ai roulé pendant que Hunter couvrait la sortie.
On s’était donné rendez-vous sur Otter Creek Road, en face d’un country club.
Pis on s’est retrouvés.
—
C’est là qu’on a eu notre “bonne idée”.
Le truck faisait trop de bruit. Trop risqué pour Oakshire. Faque on s’est dit qu’on allait le laisser là, le temps d’aller faire la run avec le pickup… pis revenir le chercher après.
Quelle erreur.
Quelques kilomètres plus loin, en essayant de bouger une remorque, on a réussi à embourber le char comme des champions.
Pris là.
Pas le choix : demi-tour. À pied pis de nuit.
On a retracé la route jusqu’au truck. Le pont ferroviaire était pas mal le seul passage… quelques silhouettes qui traînaient, mais rien d’ingérable.
Pour une fois… ça s’est bien passé.
Mais j’te cacherai pas que j’commence à trouver que chaque décision qu’on prend… elle nous coûte un peu plus cher que la précédente.