“Le dernier jour de ma vie...”


Pendant une seconde, j'ai cru qu'aujourd'hui était le jour où j'allais rencontrer Dieu...

Les derniers jours étaient calmes, je me suis occupé de la grange. J'ai aménagé l'étage. Un travail répétitif, mais satisfaisant.

Hunter et Denis sont rentrés, j'étais content de les voir après quelques jours sans nouvelles. On a partagé un repas. C'est bizarre d'être ému pour si peu, mais Hunter avait installé la table dans le jardin, Denis avait récupéré une lampe dans mon atelier. On a partagé le pain, un bon ragout. C'était simple, mais qu'est-ce que ça m'avait manqué. Denis nous avait même préparé une boisson alcoolisée, quelque chose de doux, mais qui réchauffe en dedans.

La suite des évènements n'en a été que plus brutale.

Comme on l'a déjà fait de nombreuses fois, on s'est préparés chacun de notre côté. J'ai fini de travailler sur des séchoirs, Bruce à besoin de peau et de faire sécher des herbes. J'ai pas eu le temps de finir. C'est con, mais quand ils m'ont encerclés, je pensais qu'à ça. J'aurais même pas eu le temps de finir ça.

Quand j'étais enfant, mon père me disait que dans nos derniers instants, si on a vécu une belle vie, les meilleurs moments de celle-ci défilent devant nos yeux jusqu'à ce qu'apparaissent le portail de l'après. J'imagine que dans ce nouveau monde, il ne nous reste même plus ça. Même plus l'idée d'un après meilleur que l'enfer d'ici. J'ai rien vu. Que du noir et les bruits de mâchoires claquant sèchement. A ce moment-là, j'étais rongé par les regrets. Le principal : qu'Hunter et Denis soient en danger par ma faute.

On est parti en expédition peu avant midi. Hunter nous a rempli le coffre de nourriture et on a fait le plein d'eau. Denis à pris le volant et au début tout se passait bien. On a nettoyé les abords d'un commissariat, vidé un magasin de cassettes. Bien qu'on n'aient pas trouvé ce qu'on cherchait, la journée s'annonçait comme belle. On a continué notre chemin, on s'est même trouvé une maison pour dormir. Après avoir nettoyé la zone des Z errants, ils ont dormis dans la maison et je me suis installer dans la voiture. Même si je me suis habitué à cette vie, je préfère quand même rester dehors. Certaines choses ne changent pas.

On est allé à la rivière pour se laver. Je pense que ça devait faire une semaine que je m'étais pas lavé. L'odeur était infecte dans la voiture. Mais, comme pour tout, on s'habitue.

C'est en allant à la rivière que Denis a vu quelque chose. Un bateau transformé par une communauté. On voyait au loin des conteneurs. Hunter m'a soufflé que ça servait à transporter des choses, comme le camion de Denis. Avant, il transportait surement des conteneurs avec ce qu'il appelle son char.

Confiants, la suite des évènements nous apprendra que nous l'étions trop, on est monté sur le premier bateau après nous être occupés des Z à l'entrée. On a eu vite fait le tour, il n'y avait rien d'intéressant. L'avidité nous consumant, on a poussé jusqu'au second. Habitués, on a réalisés les mêmes actions, attendus les Z en bas de l'escalier, les traitant les uns après les autres. Une routine bien rodée, les excursions passées avec Hunter m'ayant rendu familier avec ses tactiques.

Je me souviens plus trop bien, peut-être que j'étais en train de dire un truc ou juste que j'avançais silencieusement. J'étais entre Hunter et Denis et j'ai pas vu le bord du pont. J'ai pas eu le temps de comprendre que je me suis écrasé un étage plus bas. J'ai senti directement que quelque chose n'allait pas, mon pied était entaillé et de toute évidence je m'étais tordu la cheville. En faisant le tour d'un conteneur, j'ai remarqué un troupeau de zombies pendant que Denis et Hunter me parlaient de l'étage au dessus en me demandant de rester caché. C'est alors que j'ai entendu les coups de feu. Je me suis rapproché avec mon pistolet, mais y avait tellement de Z et j'étais lent. Heureusement qu'Hunter me collait à la semelle, j'ai bien senti que si c'est un homme de peu de mots, dans cette vie ci c'est un ami comme on en a peu. Denis était à l'étage, égal à lui-même, faisant tomber des Z à gauche et à droite avec un calme olympien malgré l'ampleur de la tâche. Tout semblait gérable à cet instant. Mais les astres en avaient décidés autrement.

En sortant du bateau, surement à cause de mon équilibre précaire, peut-être dans la précipitation, je suis tombé avant même d'atteindre les escaliers. Cette fois-ci, j'allais pas avoir autant de chance qu'avant. Je l'ai senti directement, la douleur. Je voyais des étoiles et mon pantalon était maculé de sang. En me relevant, y avait pas de doute, ça devait être une foutue fracture.

A partir de là, il était trop tard pour prier.

Hunter et Denis criaient des indications en me trainant avec eux jusqu'à la voiture. J'essayais d'avancer, mais j'avais si mal, j'arrivais presque pas à poser ma jambe gauche sur le sol. Autour de nous, les Z apparaissaient en masse, à chaque fois que Denis en faisait tomber un, trois nouveaux apparaissaient derrière. J'ai senti l'haleine putride d'un randonneur me dévoilant ses canines quand Hunter ou Denis m'a attrapé par le col avant de lui planter une balle entre les yeux. Plus les secondes passaient, plus j'avais mal, moi je comprenais ce qui m'arrivait. J'ai entendu quelqu'un crier de se rabattre vers la forêt, j'avais l'impression d'avancer comme immerger dans de la molasse. J'avançais de toutes mes forces, mais c'était comme si j'étais bloqué sur place. Les silhouettes commençaient à s'apparenter à des ombres et je voyais les Z gagner du terrain sur moi.

Puis...

Plus rien...

Pas de lumière au bout du tunnel, pas de diaporama de mes souvenirs les plus glorieux. Rien que l'intense regret de savoir que j'avais foutu Hunter et Denis dans la merde. Que s'ils en réchappaient pas eux aussi, ça serait de ma faute. Et dire que hier soir on partageait un repas de fête, profitant un instant d'autre chose que de survivre. Aujourd'hui était le jour où j'allais mourir et peut-être même les tuer aussi.

Quand je suis revenu à moi, Denis et Hunter étaient couverts de sang de la tête aux pieds. Ils avaient l'air soulagés malgré la fatigue tirant leurs traits. Ils ont pas compris comment, j'ai pas vraiment compris pourquoi. J'étais derrière eux une seconde, puis la seconde d'après ils me voyaient plus. Ils étaient persuadés que j'avais raccroché le marteau et peut-être dans les fonds qu'ils étaient revenus sur leurs pas pour me donner une fin digne. Au moins, ne pas me laisser errer sans but comme ces choses là.

On est retournés à la voiture, ils me collaient tellement que j'avais l'impression d'avoir mes gardes du corps personnels. On a vu un film avec des gardes du corps y a une semaine ou deux, je trouvais le concept étrange, mais soudainement ça me rassurait de les avoir ces deux gars-là.

On est rentrés à la maison en silence, il faisait noir et y avait personne dans la bagnole qui causait. Je pensais que je me suis endormi un instant ou peut-être que je me suis évanoui. Y avait des Z autour de la baraque, j'ai laissé les deux autres s'en occuper pendant que je me trainais la patte derrière. Je vais devoir rester quelques jours à la maison, après une blessure comme ça je suis pas prêt de repartir de si tôt.