“Le dernier jour...”


On est parti à la recherche de bouquins avec Denis. Un truc banal. Une librairie à Mapplewood. C'était une journée comme les autres. On a pris la route, nettoyé des sentiers sur lesquelles erraient quelques zombies. Un jour ordinaire.

Quand on est arrivé à Mapplewood, on a commencé par fouiller l'église. L'endroit avait déjà été retourné. On a continué. Depuis qu'on est dans l'après, il n'y a plus vraiment grand chose de sacré. Denis a vadrouillé, comme d'habitude. Je l'ai rejoint pour faire tomber les Z qui traînaient derrière ceux lui collant à la semelle. Sans beaucoup de mots on arrive à se comprendre avec Denis. Je l'ai perdu de vue une seconde, j'ai fait tomber un corps, deux, l'odeur était infeste. Ca fait pourtant des mois qu'on vit comme ça, mais je m'y habitue pas.

On a commencé à descendre dans la ville, comme toujours Denis était méthodique. A croire qu'à force de réparer des moteurs, il aime les choses faites méticuleusement. Il m'a dit d'attendre, je crois. J'ai avancé vers la caserne, il me suivait de près, mais faut croire pas assez. Tout est allé très vite, ma batte qui a raté la mâchoire du Z, la main putride s'agrippant à ma veste et les dents... ces foutues dents qui se sont enfoncés dans le tissu de ma manche comme dans du beurre. Je crois que Denis il a pas tout de suite compris. Il a voulu regarder ce qu'il y avait sous le bandage. Rien de bon. Y avait pas besoin d'être un génie pour le comprendre.

On a continué à descendre en ville, fouillé la librairie et quelques maisons, mais le cœur y était pas vraiment. J'ai demandé, presque en riant, à pouvoir boire une fois pour de vrai. Denis a d'abord cherché un bar ou un tiroir avec de l'alcool. Finalement, il a repris le volant et le chemin du retour s'est passé en silence. En contemplant l'obscurité, je me demandais si j'allais rejoindre mes proches. Si j'ai vécu une vie qui me le permettrait. J'ai perdu espoir que quiconque de la communauté ait pu survivre à ça... Tout ça.

Une fois à la maison, Denis m'a donné une bouteille de vodka. Le goût était infame. Je l'ai fait passer en me grillant un cigare que j'avais gardé pour une grande occasion. Je m'attendais juste pas à ce que ça soit celle-là.s Ou peut-être que si.

Je me demande comment Hunter prendra la nouvelle quand il rentrera. Je regrette de pas avoir le temps de le voir une dernière fois.

Si tu lis ces mots, c'est la faute à pas de chance. On a passé de beaux moments ensembles, avec Denis et Bruce. Dans ce monde fait de monstres et d'horreurs, je suis heureux d'avoir croisé vos routes. Je pense pas que j'aurais survécu une fraction de ce mois que j'ai passé en votre compagnie. Il est temps pour moi de me reposer, j'ai déjà frôlé la mort une fois, j'allais pas pouvoir l'éviter indéfiniment.