“Le grand centre commerchiale rempli de rien.”
Ce matin, c'était Noël avant l'heure !
Denis était là, et Denis avait quelque chose. Une Mercedes. Noire. Vieille, mais belle ! Lle genre de voiture qui a de la gueule même après la fin du monde. Il me l'a cédée comme ça, simplement, parce que les autres en avaient pas besoin et que visiblement, ma relation chaotique avec la Ford avait été remarquée.
J'ai essayé de pas avoir l'air trop content.
J'ai eu l'air trop content. 
Mais franchement. Fini les trois pannes au kilomètre. Fini la négociation permanente avec un moteur qui décide de sa propre humeur. Ce truc démarre. Il roule. Le coffre est plus petit, certes, ce qui va compliquer le glanage, mais il est rapide, silencieux comparé à la Ford, et surtout il me donne pas l'impression de jouer à la roulette russe chaque fois que je tourne la clé.
Les autres sont repartis en expédition. Encore. Je me demande parfois si c'est une coïncidence ou si y'a un planning que personne m'a montré.
Peu importe. J'avais un objectif.
Le centre commercial.
J'ai pris la batte avant de partir, une de celles que Webediah fabrique en série, je sais toujours pas comment il fait ça aussi vite et aussi bien, mais c'est un outil formidable. Simple, solide, sans chichis. Le genre de chose qu'on sous-estime jusqu'au moment où on en a besoin.
L'autoroute était dans un état… difficile. C'est le mot poli. Les cadavres jonchent la chaussée par dizaines. J'ai slalomé as bien que possible. La Mercedes a pas aimé certains passages. Moi non plus d'ailleurs.
Mais j'y suis arrivé.
Et là, la grille.
Haute. Très haute. Le genre de clôture qui dit clairement : t'as pas été invité. J'ai laissé la voiture à distance raisonnable, j'ai escaladé, en laissant tout ce qui était trop lourd de l'autre côté, ce qui m'a déjà mis de mauvaise humeur et j'ai atterri dans le parking.
Quelques zombies erraient par là, sans conviction particulière. J'ai sorti la batte.
C'était pas propre propre. Mais efficace.
Et puis j'ai poussé les portes du centre commercial.
Immense. Vraiment immense. Les plafonds hauts, la lumière naturelle qui filtrait encore par les verrières, les allées larges…
... Un Magasin d'ameublement.
....... Un putain de magasin d'ameublement.

Des canapés. Des tables basses. Des bibliothèques en kit. Des coussins décoratifs dans des tons "naturels et apaisants". Des cadres avec des citations sur le bonheur imprimées dessus.
J'ai regardé ça un long moment en silence.
Rien de tout ça nous sert à court terme. Pas une boîte de conserve. Pas un litre d'eau. Pas une cartouche. Juste du mobilier pour un appartement qui n'existe plus, dans une vie qui n'existe plus, pour des gens qui n'existent plus.
J'ai le seum, comme dirait personne dans ce groupe à part moi.
J'ai quand même fouillé la réserve avant de repartir. Toujours fouiller la réserve — c'est la leçon numéro un que j'ai apprise tout seul. Les gens pillent ce qu'ils voient, oublient ce qui est caché.
trois pauvres outils, du matériel de manutention et d'installation.
Retour à la grille. Re-escalade. Re-mauvaise humeur.
La Mercedes m'attendait où je l'avais laissée.
J'ai posé les outils dans le coffre, j'ai regardé une dernière fois le centre commercial derrière moi.
Tout ça pour des outils et une immense déception. j'ai tué 50 de mes semblables en décomposition pour trois tournevis et une serpillere....
Le chat du voisin ramène des tournevis
Putain c'est ouf je sert tellement a rien
Je rentre. Je suis seul a la planque, comme toujours mais cette fois ci ça m'arrange, j'ai vraiment l'air con.