1993-07-16 “Le Motel”


Je sais pas quel jour on est. Franchement, je sais même pas si ça a encore un sens.

Je me suis réveillé dans ce motel miteux, avec un goût de métal dans la bouche et le crâne fendu en deux. Le genre de réveil où t’as l’impression que ton cerveau a été passé à la forge. Sauf que cette fois, c’était pas la gueule de bois habituelle… c’était pire. Beaucoup pire. Le silence m’a frappé en premier...

Pas de voitures. Pas de télé. Pas de voisins qui râlent. Rien. Juste un silence lourd, presque vivant. J’ai ouvert la porte, encore à moitié défoncé par… je sais même plus quoi, et là… le vide.

Une rue morte. Littéralement.

J’ai compris assez vite. Trop vite.

Les corps. Les traces. Et surtout… ceux qui bougent encore sans être vivants.

J’ai pas réfléchi longtemps. J’ai marché. J’avais besoin de bouger, de rester en vie, c’est tout.

C’est là que je suis tombé sur lui.

Un type sorti d’un autre siècle. Barbe épaisse, chemise simple, regard calme. Il s’appelle Webediah. Amish. Oui, Amish. En pleine fin du monde.

Et le pire ? Il conduit.

Mal. Très mal.

Je suis monté dans sa carriole toute cabossée (je sais toujours pas comment ça tient), et j’ai cru mourir trois fois en dix minutes. Il roulait comme un dingue, et il s'est pris le premier arbre venu

À un moment, j’ai dit stop. Je préfère les zombies...

Je lui ai dit que je finirais à pied. Il a haussé les épaules, comme si c’était la décision la plus normale du monde.

Et c’est là que j’ai rencontré les deux autres.... Pas accueillants. (mais riches)

Le premier, un gars bizarre, en train de cuisiner comme si on était dans un resto cinq étoiles. Il m’a dit s’appeler… Ünthrr ? Un truc du genre. J’ai rien pigé à la moitié de ce qu’il racontait, mais il avait l’air sûr de lui.

Le deuxième, Denis. Canadien. Encore pire.

Entre les trois, j’avais l’impression d’être au milieu d’une radio mal réglée. Ça parlait, ça bougeait, mais j’étais complètement largué.

Pourtant… ils m’ont pas buté... C’est déjà ça.

Ils m’ont emmené à leur planque. Une maison paumée, loin de tout. Solide. Bien pensée. Et surtout… blindée.

Des armes. Des munitions. Des caisses entières. De quoi tenir longtemps. ET UN PUTAIN DE CAMTAR, METALLL

Et moi, au milieu de tout ça, je me suis senti… inutile.

Je suis forgeron. Enfin… stagiaire. J’ai passé des heures à frapper du métal, à apprendre à donner forme à des trucs qui servent… mais ici ?

Ils ont des flingues. Des balles à ne plus savoir quoi en faire.

Qui a besoin d’un type qui tape sur du fer quand tout se règle avec une détente ?

Mais au fond… peut-être que ça a encore une valeur. Réparer. Fabriquer. Adapter....

Dans un monde qui s’effondre… quelqu’un devra bien reconstruire.

On verra demain.

Si demain existe encore....