“Mon bercail”


J’ai réussi à m’tirer d’Oakshire… pis j’peux t’dire que ça s’est joué serré en maudit. Si j’avais pas eu mon fusil sur moi, j’serais juste un autre corps à traîner dans la rue asteure.

J’longeais Riverside Road à pied, déjà brûlé raide, pu d’jus dans les jambes… pis là, comme si la journée était pas assez croche, j’me retrouve entouré. Une gang d'unee quarantaine facile. Peut-être plus !

Pas moyen de courir. Pas moyen de passer en douce. Faque j’ai fait c’que j’pouvais faire : avancer. Lentement. Pis tirer.

Chaque fois qu’y’en avait un qui s’approchait trop, bang. Dans la bouche. Pas d’hésitation. Juste… mécanique. Mais à chaque coup de feu, j’le savais ben que j’empirais l’affaire. Le bruit, ça les attire comme des mouches sur de la charogne.

Pis là, j’vois des phares.

J’te cacherai pas que j’ai pensé à Hunter en premier. Pis ça m’a pas fait du bien. J’étais pas mal prêt à régler des comptes sur-le-champ… Mais non.

C’était Jed.

Crisse que j’étais content de voir sa face.

Y m’a dit qu’y trouvait ça louche que Hunter rentre sans moi. Faque y’a pris son char. Pis j’dois lui donner ça : y s’est amélioré solide en conduite. Dans c’monde-là, conduire, c’est pu un luxe… c’est vital.

Y m’a ramassé juste à temps.

On est rentrés sans trop faire de bruit. Moi j’tenais à peine debout. Mais j’étais en vie.

Hunter, lui… pas là.

Pis honnêtement ? Tant mieux pour lui. Parce que si j’l’avais eu en face de moi à ce moment-là… j’pense pas que j’aurais pris le temps de jaser.

J’me suis écrasé en arrivant. Repos. Soins. Pis surtout… un bon coup à boire. J’dois ben avouer que j’en devais une solide à Jeb ce soir-là. Sans lui, j’écris pas ces lignes-là.

J’ai aussi croisé Bruce. Pis là… j’sais pas trop quoi en penser.

D’habitude, y part en expédition pis y revient comme si de rien n’était. On est habitués à ses allers-retours. Mais là… c’était pas pareil.

Y’est rentré en trombe. Pas un mot. Le regard weird.

Pis y s’est enfermé dans la remise au fond du jardin.

Depuis ce temps-là… y bouge pu de là.

Pis moi… j’aime pas ça pantoute.