“Une clou, une planche et une jambe cassée”
J'étais pas peu fière en voyant la baraque branlante en me levant ce matin. Bon, j'ai des courbatures partout, jusqu'à mes fesses, mais c'est moi que j'ai fait ça!
J'ai croisé brièvement Denis, mais je suis directement reparti travailler dans la grange. J'ai une furieuse envie de finir ce fichu projet. Ici, je mange à ma faim, je me découvre de nouvelles compétences. Je suis parti ce matin couper du bois. Du bois! Juste comme ça, une hache à la main et voila. Ca a été une plaie de tout ramener jusqu'à la grange, mais je l'ai fait tout seul. Puis, j'ai commencé à colmater les trous à l'étage. C'est usant, un brin répétitif, mais plutôt agréable. Faut dire qu'avec les trous de tous les côtés, il fait un froid de canard dans cette foutue grange et à chaque nouveau mur placé on se sent un peu mieux à l'intérieur.
La musique me manque un peu. On entend que les animaux gueuler du matin au soir. Je me serai jamais imaginer vivre dans une ferme avant, mais semblerait que ça me corresponde pas trop mal. Je dirais pas non à un petit morceau de Fleetwood Mac, même un vieux cd qu'écoutait mes parents. En attendant, je chantonne pour moi-même dans mon coin. Je me sens moins au bord du craquage, j'ai presque arrêté de me parler à moi-même. Après, je les croises pas beaucoup les autres pour le moment, puis je suis de bonne compagnie. J'essaye de faire attention quand ils sont autour.
Par contre, y a personne qui m'a entendu beugler à la mort quand je suis tombée de ce foutu escalier! J'ai bien cru que j'allais y passer. Y avait du sang, peut-être même que j'ai vu l'os, je suis pas certain, mais ça faisait si mal qu'il a commencé à faire tout noir. Tout noir en plein jour. Ca aurait été une mort conne. Ca fait même pas trois jours que je remange à ma faim, que j'ai un toit au dessus de la tête et je serai mort comme un con parce que j'avais fait le mariol sur un escalier tenu par deux clous et mon incapacité chronique à bouger mes dix doigts.
Y a personne qui est venu. Aucune idée d'où qu'ils sont tous, mais j'ai du me trainer jusqu'à une caisse où j'ai trouvé du tissu qu'avait l'air pas trop sale pour atténuer le saignement. Sinon, ils allaient me retrouver là, vider de mon sang au pied d'un escalier de malheur.
Aujourd'hui, je sors plus de cette maison, je vais profiter d'une journée de repos et ils ont pas intérêt à rigoler quand ils vont me voir avec ce bandage de fortune et cette attèle tenue par le désespoir.
Peut-être qu'il faudrait que je demande à quelqu'un de regarder ma blessure. Je risque pas de crever d'un truc pas top moi ?